Publications

Rechercher les articles
par mot du titre ou mot-clé :

présentés par :

année et n° (si revue):

auteur :

Plus de 17 000 détenus sortent chaque année de prison… Comment ?

Claire Capron
Publié dans Bulletin PAVÉS n°29 (12/2011)

C’est dans le cadre des remous provoqués par l’annonce de la sortie de prison de Michèle Martin et ses difficultés de réinsertion que nous avions programmé une réflexion sur cette problématique. Plusieurs personnes contactées dans ces circonstances ont estimé que c’était utile, opportun, bienvenu,… et trop difficile. L’une d’elles a pourtant accepté de relever le défi, sur base de son expérience comme on le verra, mais sans négliger l’analyse et les pistes concrètes dont elle aimerait qu’on tienne compte davantage. Merci à Claire Capron (1) pour ce témoignage plein de lucidité. Et profitons de l’occasion pour saluer au passage nos amis flamands qui viennent de consacrer le numéro de septembre de ‘Kenteringen’ à cette même question. (P.C.)

La société attend des détenus qui sortent de prison du jour au lendemain, qu’ils travaillent, prennent leurs responsabilités et puissent vivre une vie familiale et sociale sereine après un temps de ‘non-vie’ et façonnés qu’ils sont par la violence, les combines, les peurs ou l’oisiveté qu’ils vivent en prison.

En réalité, les difficultés sont multiples et laissent peu de chance à une réelle réinsertion des détenus. Les nuances de ces impossibilités sont aussi nombreuses que les personnes et les raisons.

Bien entendu, la réinsertion, quand un détenu a fait huit jours, un mois, six mois, un an, trois ans ou plus de dix ans de prison, ne présente pas les mêmes difficultés majeures, mais déjà après huit jours les personnalités peuvent être broyées, cassées et en porter les traces bien longtemps.

1. Les observations de base

- Le travail reste rare en prison, moins de la moitié des détenus en obtiennent et dans les maisons d’arrêt il s’agit de moins du quart des détenus qui peuvent effectuer quelques travaux peu valorisants. Ils sont pendant des mois sur une liste d’attente. Ainsi une journée bien remplie est considérée comme une faveur, une récompense.

- Les formations y sont seulement parsemées, rares ou trop souvent inadaptées, et souvent décevantes.  

- L’aide psychologique très insuffisante est indispensable à la reconstruction de la personne, mais n’est certes pas une priorité dans l’organisation carcérale. Pour les prisons de Bruxelles, moins de 10 psychologues d’ASBL extérieures peuvent travailler avec quelques 1200 détenu(e)s pendant leur  séjour en prison.

La surpopulation est une cause d’aggravation de cette situation.

2. Voyons comment les détenus vivent leur prochaine sortie

Voici le genre de réflexions entendues en prison à propos de la réinsertion ou le reflet de quelques mentalités de détenus à ce sujet.

Jef se pose de bonnes questions

Il prend un air posé et réfléchit tout haut : il est déjà passé au Tribunal d’Application des Peines. Il espère très fermement obtenir sa libération conditionnelle la prochaine fois. La date n’est pas encore arrêtée. On lui a dit : compte six mois… !

« À certains moments, j’arrive à me poser de bonnes questions :… je sais qu’il faut vouloir préparer sa sortie et reconnaître ce qu’on a fait d’inacceptable. J’essaie de me découvrir moi-même et d’accepter mon expérience carcérale, sans évacuer la pression sur d’autres. Quand on me traite mal, je suis vite déchaîné, quand on me dit : « tu n’es quand même qu’un bon à rien », je suis découragé et veux à nouveau tout foutre en l’air. »

Il se ravise sur sa chaise : «  Je sais que je dois me fixer un objectif, être optimiste et constructif, prendre du recul et croire en moi. Est-ce que j’aurai cette volonté ?  Car c’est comme cela que je pourrai avancer …

Il me faudra être vigilant, faire confiance, mais pas trop. Je devrai  m’écarter de mes anciens complices, donc ne plus habiter mon ancien quartier, et aller où ?  Ici on ne peut compter sur personne ! Vous parlez de réinsertion… ce n’est pas difficile à comprendre : on a fait une grosse connerie, d’accord et on doit payer, on est puni, c’est normal, mais on vous enfonce tous les jours un peu plus, on vous laisse pourrir des mois ou des années sans rien faire. »

Jef a un petit sourire : « et après quand vous sortez… Vous croyez que c’est facile de sortir angélique ? Allez… Ici, en prison ils s’en foutent tous… et nous on peut crever ! »

Fabian a perdu la perspective de son boulot, ses efforts de formation ne sont pas pris en compte.

Il se souvient  de ses qualifications anciennes.

« J’enrage ! J’avais enfin trouvé une bonne place dans un garage, je m’entendais bien avec mon patron. J’ai tout fichu en l’air, j’ai tout perdu. Je travaillais bien avec lui, on se comprenait. J’avais enfin un bon contrat. Il ne me reprendra plus ! Il me faudra recommencer tout à zéro. Je ne me fais aucune illusion, ce sera encore plus difficile… J’ai encore tourné tout cela dans ma tête cette nuit, mais avec tout ce qui se passe ici, les rackets, la drogue qui vous nargue… Je ne sais plus… J’essaie de penser à d’autres possibilités, mais chaque fois, il y a un incident en cellule où nous sommes trois…  alors, je glisse, j’abandonne… vous voyez ce que je veux dire ?

C’est souvent décourageant. Ainsi vous savez que j’avais été à l’école jusqu’en troisième secondaire ? J’espérais pouvoir améliorer mon flamand en prison. Un cours y est organisé. J’étais convaincu que le flamand m’aiderait en Belgique pour ma réinsertion. Je me suis donc inscrit à ce cours. On me  fait passer un test des connaissances acquises et j’obtiens 40 sur 48 à l’écrit et 9,2 sur 12 à l’oral. Dès lors, je suis considéré comme trop avancé et ne peux recevoir l’amélioration espérée dans l’apprentissage de cette 2e langue… vous voyez ! »

 Ce matin son ton se durcit et il  m’exprime sa rage :

« Vous ne pouvez pas savoir combien je suis dévoré par la haine, mais surtout je ne vois plus comment la contenir. Tout ce qui se vit ici est effrayant, je ne vois plus d’issue nulle part sauf de tuer… ce serait une bonne raison de me retrouver en prison ! Rien n’est juste, c’est irrespirable, je n’en peux plus. Si vous aviez entendu cette nuit les pleurs, mais aussi les hurlements et nous devons rester calmes, vous pensez, c’est révoltant ! »

Marco et sa famille : du rêve au cauchemar

Je le vois chaque semaine. Il a fait tellement de bêtises qu’il est lâché par sa famille. Il  me parle ce matin de ses rêves :

« Dès ma sortie je rêve d’aller directement au parc, je sentirai l’odeur de l’herbe coupée, j’écouterai les oiseaux, je toucherai à la liberté, j’avance-rai en plein soleil, mon fils à la main. Ce sera formidable, je serai rempli de joie, vous imaginez, je verrais des gens simplement se promener, rire ensemble…»

Très vite le regard de Marco s’est rembruni :

« Je vous parle de mon rêve, mais j’ai aussi fait de terribles cauchemars  en pensant à ma prochaine sortie. Je ne peux même pas aller chez mes parents. À certains moments, je ne me reconnais plus, tout se mélange dans ma tête, tellement je suis à cran, sur la défensive. Je ne fais plus confiance à personne. Comment puis-je m’en tirer dehors ?

« Madame Claire, je vous en ai souvent parlé de mon divorce demandé par ma femme il y a plus de trois ans déjà. Je ne m’y habitue pas. Je viens de recevoir des nouvelles par mon cousin : je déteste le type avec qui elle vit pour le moment. Elle ne va pas être bien avec lui ; dans le fond c’est un bon à rien… Et nos enfants ne peuvent plus parler de moi. Comment faire à la sortie. J’ai le cœur gonflé. Ah, si je pouvais reprendre tout comme avant ? Je suis un sentimental ! Comment faire pour retrouver de l’affection. Et mes enfants, comment arriverais-je à les revoir, j’en suis malade. »

Alfred surprend par sa dureté

« Moi je vais sortir bientôt. J’arrive à fond de peine, mais je n’ai pas peur : j’ai assez de côté (bien en sécurité). A la sortie, je pourrai me procurer tout ce que je veux. Fini d’être parmi les malheureux. J’ai un bon plan. Je referai du business et avec les nouvelles adresses reçues ici en prison ce sera parfait. Et cette fois,  je serai plus malin… je ne me ferai plus prendre. Je sais où je dois aller. »

Yassine, le grand drogué

Il  arrive au bout du temps de détention annoncé. Pendant des mois enfoncé encore plus dans la drogue, il a fait appel en fin de peine à l’ASBL Capiti  car à sa sortie il veut aller en désintoxication. Après tous ces mois, il sent que c’est la seule issue s’il ne veut pas y rester comme cet autre qui est ‘parti’ par une overdose. « Je vais changer, annonce-t-il. Je voudrais tellement revenir dans la vie sans cette crasse qui vous bouffe la tête. » Mais les yeux de Yassine traduisent encore ‘une prise’ bien récente. Est-ce une velléité de sa part ? Quand on est accroc, c’est bien difficile, mais il se défend avec un tel espoir.

Zoubir est à l’Annexe psychiatrique

Cet irresponsable séjourne depuis des mois dans cette aile de la prison. Parler de sa réinsertion, est-ce raisonnable de l’envisager pour cet homme qui semble si malade et qui peut au mieux espérer de vrais soins ?

Carlos m’explique dans la pratique la procédure de sortie

« Sortir avant la fin de la peine est un privilège accordé par l’Administration Pénitentiaire et décidé par la Tribunal d’Application des Peines. Il faut savoir que jusqu’à fond de peine on dépendra toujours de la prison, de la Justice. Donc nous n’avons pas intérêt à ne pas respecter strictement les obligations, sinon c’est le retour en prison.

Pour obtenir l’accord du Tribunal d’Application des Peines sur la libération conditionnelle avec l’accord de la direction de la prison qui fait état du comportement du détenu en prison,  il  en rappelle les exigences :

1. Avoir un bon plan de réinsertion, avec une occupation en journée, proposer un travail ou une formation, parfois une occupation utile en journée qui favorise la réinsertion ou mieux une promesse d’embauche, ce qui nécessite un rendez-vous pour et un entretien y aboutissant, pour y parvenir il faut bien entendu une sortie spéciale. Ce sont donc trois étapes importantes. Vous pouvez bien imaginer que ce n’est pas évident à obtenir. Ceux qui sont dehors ont bien du mal à trouver du travail donc pour nous c’est encore plus dur. Il peut se faire qu’une formation soit acceptée à la place d’une embauche. Nous sommes quand même un peu aidés pour ces démarches heureusement.

2. Une possibilité de logement autorisé. Là j’ai de la chance car je pourrai. Je pourrai loger chez mes parents déjà âgés. L’enquête sociale a été positive. Ils m’acceptent. Pour ceux qui n’ont pas cette chance, ils doivent envisager une maison d’accueil et obtenir aussi un accord écrit.

3. À la sortie, il faut informer régulièrement la Maison de Justice de notre développement personnel et avancement après la sortie.

Le Tribunal d’Application des Peines pour les peines de plus de trois ans peut donc accorder une libération conditionnelle, mais il nous faut beaucoup de patience car bien souvent la décision est postposée. Avant que tous les justificatifs soient rassemblés bien du temps passe.  « En ce qui me concerne, c’est la troisième fois que j’y passe. La première fois, le résultat de l’enquête sociale ne se trouvait pas au dossier. Une autre fois, c’était la preuve de mon entretien d’embauche… Vous le savez, le Service psychosocial interne à la prison est débordé. Ceci explique que bien souvent les détenus perdent patience et « vont à fond de peine ». Ils y voient alors tout à fait leur avantage et sortent entièrement libres sans obligation  de rendre des comptes à la justice si leur jugement ne mentionnait pas d’obligation particulière. À l’extérieur ils trouvent cela inquiétant, car le détenu se trouve alors avec une sortie ‘toute sèche’ sans filet de récupération ou réel contrôle.

Le sursis est également une faveur qui permet une sortie de prison plus rapide seulement quand les indices permettent à la Justice d’espérer une réinsertion convenable réunissant les moyens nécessaires pour permettre de se rendre indépendant avec dignité et prise de conscience de ses responsabilités. Si vous ne vous en montrez pas digne, c’est pour votre pomme et vous presterez ce temps de sursis en prison. Ce n’est pas évident d’y parvenir correctement. »

Abdel, récidiviste, nous dit son expérience

« Il est très difficile de se réinsérer. Sortir avec seulement 5 euros en poche et se trouver du jour au lendemain dans la société sans accompagnement, c’est vraiment une gageure. Rares sont ceux qui y parviennent seuls ! Et je pense qu’il y a mille raisons qui font que des personnes se retrouvent plusieurs fois en prison. Il faut dire qu’à l’extérieur, on ne nous facilite pas les choses à partir du moment où on sait que vous avez fait de la prison. C’est un point principal qui décourage la réinsertion, car il faut courir à gauche et à droite pour régler uniquement les papiers administratifs, se réinscrire comme demandeur d’emploi. Justifier l’absence sur le marché de l’emploi pendant une période, c’est difficile. Ceux qui n’ont rien dehors, pas de logement, pas de diplôme, ont encore de plus grandes difficultés à se réinsérer. Car pas de domicile, pas de CPAS, car pas d’adresse, et cela devient un cercle vicieux. C’est très décourageant, on finit par voler, vendre de la drogue ou alors on fait le choix de retomber à gagner de  ‘l’argent facile’ comme la prison nous en a souvent donné et appris l’occasion… mais vous comprenez, il nous faut vivre ! »

3. Constats après les rencontres des intéressés

- Il faut être super-fort, avoir une volonté et une force psychologique énorme pour conserver son humanité et sa dignité en prison.

- Les habitudes prises en prison trop souvent à ne rien faire, sans responsabilité, ni travail, ni formation suffisante sont un gros handicap de base que les ex-détenus retrouveront avec en plus un casier judiciaire.

- Les ruptures familiales sont des obstacles terribles à franchir à la sortie.

- L’argent facile que la prison a appris comme méthode qui éblouit les truands est tenace.

- La drogue dont on connaît mieux encore le goût et la saveur et l’argent qu’elle peut procurer, ils en sont encore plus imprégnés.

- Impossible d’ignorer le manque de thérapie par la parole, particulièrement indispensable pour les détenus condamnés pour délits à caractère sexuel.

- Les malades, soit 10 % de la population carcérale, ne sont pas correctement soignés en prison comme le respect du malade et les droits du patient l’exigent.

- Sortir de prison est souvent long et laborieux. Les détenus perdent patience, sont peu encouragés et préfèrent souvent aller à fond de peine.

- Comment envisager la réparation des torts causés aux victimes ? Oui, il faut payer ce que le jugement a décidé d’octroyer à la partie civile ; et cette contribution financière n’est pas réellement suffisante pour retrouver sa dignité.

- Les visiteurs de prison, citoyens bénévoles, s’efforcent dans cet univers rébarbatif d’être des traits d’union entre la Société et la prison. Ils s’efforcent par leur écoute et leur accompagnement d’apporter en prison une petite part d’humanité et témoignent à l’extérieur de la dure réalité et l’inhumanité de la prison, mais aussi de sa complexité.

- ‘Un autre regard’ est celui d’un directeur de prison : Gérard De Coninck (2)  qui a l’expérience de gérer ces questions nous apporte à ce propos les analyses suivantes :

‘Ce qui frappe, c’est la contradiction entre les discours (la loi) et leur traduction’.

‘Outre un réel immobilisme politique et administratif, je suis désespéré par le manque de la préparation de la sortie du détenu qui achève sa peine.’

‘La réinsertion difficile et presque impossible ne contribue-t-elle pas plus ou moins consciemment à la souffrance supplémentaire imposée au détenu et à son groupe familial ?’

4. Le cadre légal de la réinsertion peut nous éclairer

En Belgique, nous avons la chance de posséder des lois votées ces dernières années (2005-2008) qui devraient ouvrir aux détenus pendant le temps de la détention toutes les possibilités d’envisager sereinement leur réinsertion dans la vie et la société. Quelques arrêtés d’application viennent d’entrer en vigueur en septembre 2011 ; malheureusement les arrêtés  attendus depuis 2005 qui concernent ce plan de détention que je cite ci-dessous, ne sont pas encore pris.

A) La loi de principe du 12 janvier 2005 dite ‘loi Dupont’ a de très bons principes généraux.

Article 5 § 1 : « L’exécution de la peine ou mesure privative de liberté s’effectue dans des conditions psychosociales, physiques et matérielles qui respectent la dignité humaine, permettent de préserver ou d’accroître chez le détenu le respect de soi et sollicitent son sens des responsabilités personnelles et sociales. »

Des articles 35 et 38, retenons la planification de la détention et un plan de détention individuel :

Sur base de l’enquête sur la personne et la situation du condamné, retenons par exemple :

- Des activités axées sur la réparation du tort causé aux victimes en tenant même compte des transferts probables.

- Des propositions d’activités auxquelles le détenu participera telles que le travail, les programmes d’enseignement, de formation, de recyclage.

- Des programmes d’encadrement psychologique et de traitement médical.

Ce plan est intégré dans un protocole de collaboration signé par le condamné et le Directeur et peut être complété, concrétisé, adapté…   Bref, une merveille !

B) La loi du 17 mai 2006. Sur le statut juridique externe du détenu

Cette loi prévoit notamment : « des mesures d’encadrement légal aux premières sorties » afin de faciliter une reprise de la vie en société.  Que dire de mieux ?

5. Que faudrait-il pour aider réellement à la réinsertion ?

•    Que dès le premier jour de l’emprisonnement tout soit mis en oeuvre en parallèle à la privation de liberté. Que tous les acteurs qui travaillent en prison aient cet objectif de remettre ces personnes debout.

•    L’institution pénitentiaire donnant elle-même cette impulsion en octroyant les budgets nécessaires au travail, à la formation, à la reconstruction et à la réparation. Le plan de détention prévu dans  la loi  est une voie toute tracée.

•     Que soient pris les arrêtés d’application de cette loi Dupont concernant toute cette nouvelle philosophie pénale dont la majorité est attendue depuis 2005.

•     Que les agents pénitentiaires qui sont aux premières lignes y travaillent quotidiennement pour orchestrer cette volonté de réinsertion.

•     Que les psychologues (en plus grand nombre) et autres acteurs sociaux puissent se concentrer sur cette volonté d’aboutir en priorité à la réhabilitation possible après la sortie.

•     Que tout soit mis en œuvre pendant la détention pour que les détenus puissent travailler, se former et prennent conscience des exigences, des horaires, du sérieux dans le travail, du respect d’autrui et acquièrent la volonté de ne plus récidiver.

•     Que la place des victimes soit mieux réfléchie. Et que tout soit fait pour que les agresseurs prennent conscience et puissent réparer les dommages causés à leur(s) victimes(s).

•     Qu’un accompagnement citoyen puisse être mis en place à la sortie et que des moyens élémentaires (ils sortent parfois avec 5 euros en poche seulement) soient mis en place pour faciliter cette réinsertion.

•     Que les détenus puissent « faire appel » plus aisément à des personnes compétentes, si le besoin se fait sentir, ou à des organismes d’aide aux détenus afin de pouvoir se réinsérer progressivement et correctement dans la société.

En conclusion

L’exigence première d’une vraie réinsertion des détenus est bien l’existence  d’un plan de réinsertion individuelle tel que prévu par la loi Dupont, mais surtout sa mise en application pour chaque détenu dès le premier jour de son incarcération par l’ensemble des acteurs du système pénitentiaire. Au-delà des conditions nécessaires, il convient de se poser la question de la prison elle-même.

La Société s’est donné le droit depuis des décennies, par son code  pénal, de punir une majorité de crimes et délits par ‘l’emprisonnement’. Cette conception répressive devait, outre punir, également guérir de toute envie de récidiver. Bien sûr, certains détenus doivent parfois être éloignés pour protéger les membres de la société ; de même les crimes et délits doivent être sanctionnés, mais pas toujours par l’emprisonnement. La société ne devrait-elle pas prendre des mesures plus adéquates que l’incarcération en particulier :

- pour les prévenus, toujours présumés innocents dont le passage en prison s’avère plus destructeur pour la société ;

- pour de petits délinquants qui côtoient en prison le grand banditisme, apprennent à gagner de l’argent facile avec des carnets d’adresses de filières reçues en prison ;

- pour les malades qui n’y sont pas réellement soignés comme un malade doit l’être ;  

- pour les drogués qui trouvent plus facilement de la drogue en prison qu’à l’extérieur et qui ressortent  encore plus toxicomanes qu’avant ;

- pour les personnes incarcérées pour délits à caractère sexuels qui en ressortent sans avoir appris aucunement à gérer leurs pulsions.


Le constat d’échec de la prison est désormais un fait reconnu et devenu inacceptable.

Dès lors la société ne doit-elle pas aujourd’hui se donner le droit de revoir fondamentalement cette conception punitive ancienne et passer de cette justice répressive à une justice réparatrice et de réhabilitation des délinquants ?

4 décembre 2011

Claire Capron

Notes :
(1) Claire CAPRON est Présidente de l’Association de Visiteurs Francophones de Prison de Belgique. Courriel : clairecapron@hotmail.com
(2)  Gérard DE CONINCK et Guy LEMIRE, Être directeur de prison. Regards croisés ente la Belgique et le Canada. L’Harmattan. Champ pénitentiaire, 2011



retourner dans l'article


webdesign bien à vous / © pavés. tous droits réservés / contact : info@paves-reseau.be

Chrétiens en Route, Communautés de base, Démocratie dans l'Eglise, Evangile sans frontières, Hors-les-murs HLM, Mouvement Chrétien pour la Paix MCP, Pavés Hainaut Occidental, Sonalux