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Joseph Wresinski, un prophète du 20e siècle

Andr Denayer
Publié dans Bulletin PAVÉS n°29 (12/2011)

Le 18 octobre dernier, FR3 a diffusé le téléfilm Joseph l’insoumis consacré à l’action du Père Joseph Wresinski et à la lutte contre la misère.  Mais qui était donc cet homme peu connu aujourd’hui ?

Il est né en 1917 à Angers d’un père réfugié polonais et d’une mère réfugiée espagnole. En pleine guerre avec l’Allemagne, les réfugiés venus de l’Est étaient mal considérés. Son père s’étant très vite évanoui de l’horizon familial, ce gosse rachitique grandit dans la violence, les moqueries, le manque, la honte.

À 5 ans, le petit Joseph sert la messe au couvent du Bon Pasteur contre un bol de café au lait, une tranche de pain beurrée le dimanche et surtout 2 francs par semaine. Il n’a comme habits que ceux qui sont trop courts ou trop longs que donnent les dames patronnesses.

Le logis glacé est habité par les courants d’air. Dans ce sombre tableau, sa mère fut une lumière : « On a été humilié, mais elle nous a toujours remontés et grâce à elle, nous avions une identité… Ma mère imposait la force des pauvres. »

Devenu jeune, il découvre la JOC et devient prêtre. En 1956, il se retrouve dans le camp des sans logis de Noisy-le-Grand où 252 familles vivent dans un climat de désespoir et de violence. Ce camp a été installé par le Mouvement Emmaüs et son fondateur l’abbé Pierre.

Joseph Wresinski va devenir le porte-parole d’un peuple en haillons, son peuple, qu’il entend libérer. Certains l’appellent le curé de la racaille. Il loge comme les autres dans un ‘igloo’, un abri en fibrociment en forme de demi-cylindre.

Il commence par renvoyer tous ceux qui viennent distribuer soupes et vêtements, puis s’attache à faire prendre conscience aux habitants qu’ils peuvent collectivement refuser leur sort. Il donne à son peuple un nom : le Quart-Monde, un terme qui fait écho aux Cahiers du Quatrième Ordre, celui des pauvres journaliers, des infirmes, des indigents, l’ordre sacré des infortunés, rédigé lors des États généraux de 1789 par Louis-Pierre Dufourny de Villiers.

Autant dire qu’en offrant aux plus exclus une communauté, un honneur, quasi une noblesse, celle des militants du Quart Monde, cet héritier tout à la fois des Évangiles et des Lumières, des Droits de l’Homme et de la doctrine sociale de l’Église, dépassa les ambitions révolutionnaires.

C’est dans ce terreau qu’est né le mouvement «ATD Quart-Monde » avec ATD  pour « Aide à toutes détresses » devenu  plus récemment « Agissons Tous pour la Dignité » ou « All Together for Dignity ». Ce mouvement est présent dans une trentaine de pays et dispose d’un statut consultatif auprès de l’ONU, l’Unesco, l’Unicef, le BIT, le Conseil de l’Europe...

Ce mouvement place au centre ceux qui subissent la misère : les militants Quart-Monde. Ce sont eux qui sont les premiers acteurs de leur promotion. À côté de ces militants, il y a des volontaires, engagés à plein temps, et des alliés bénévoles qui font alliance avec les militants dans la lutte pour l’éradication de l’extrême pauvreté.

Vous l’aurez compris, l’objectif du Père Joseph et du mouvement ATD Quart-Monde n’est pas la charité, du moins celle qui se limite à une aide matérielle. C’est probablement pour cela que Joseph Wresinski est moins connu que l’Abbé Pierre, Coluche, Mère Térésa ou Sœur Emmanuelle. Pour Joseph Wresinski, la charité entretient la misère, enfonce les pauvres dans l’indignité. Son discours est très net : la pauvreté ne se soigne pas, elle se détruit.  Plutôt que de fournir de l’argent ou des vivres, il aide ses ouailles à trouver un travail, à accéder à la culture. L’abbé Pierre disait : « Là où mon action s’arrête, commence celle du Père Joseph. Moi, je suis d’un milieu aisé et lui d’un milieu pauvre. Il a une connaissance que je ne peux pas avoir. »

Le 17 octobre 1987, à l’initiative du Père Joseph, 100 000 défenseurs des droits de l’homme sont réunis sur le Parvis du Trocadéro à Paris, et rendent honneur aux victimes de la faim, de la violence et de l’ignorance. Ils inaugurent une dalle où l’on peut lire : « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’Homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré ».

Le Père Joseph meurt peu de temps après, le 14 février 1988. Mais chaque année, des personnes se rassemblent le 17 octobre un peu partout à travers le monde pour rendre honneur aux victimes de la misère et pour marquer leur refus de cette misère. Depuis 1992, l’ONU a reconnu le 17 octobre comme journée mondiale de refus de la misère.

ATD Quart-Monde est un mouvement sans affiliation religieuse parce que chacun peut y venir avec ou sans foi. Très vite le Père s’est entouré de volontaires, dont certains étaient non croyants. Mais le Père Joseph est toujours resté un prêtre d’une fidélité absolue vis-à-vis de l’Église, ce qui ne l’empêche pas de l’interpeller sur la place des pauvres dans l’Église. Il livre ce message dans son livre Les pauvres sont l’Église (Le Centurion 1983, nouvelle édition Le Cerf 2011) : «  Je veux rendre les pauvres à l’Église et l’Église aux pauvres. » Cette interpellation à l’Église est d’une actualité brûlante aujourd’hui. Notons encore qu’un procès en béatification est ouvert au Vatican.

Mais revenons au téléfilm  Joseph l’insoumis. Il est l’œuvre d’une femme passionnée, Caroline Glorion.  Journaliste, elle a rencontré dans les années 1980 Joseph Wresinski qui l’a fait changer de regard sur la lutte contre la misère. Il lui a dit : « Ta mission, ce sera de montrer la misère dans ce qu'elle a de plus dégueulasse, mais il faut que tu montres les gens beaux. » Elle a réalisé plusieurs documentaires sur le combat des familles du Quart-Monde. Mais elle a voulu aller plus loin en réalisant un film de fiction, car la force de la fiction est de pouvoir mettre en scène ce qui anime les personnages, leurs contradictions, leurs sentiments, leurs espoirs, leurs souffrances… tout ce qui ne se voit pas forcément ou ne se dit pas dans des interviews disons plus officiels. C’est entrer dans l’intime du personnage, que ce soit le personnage principal, Joseph, mais les autres aussi : les familles, celle de Jacques et Alicia, celle de Suzanne la jeune volontaire… La fiction, c’est l’émotion qui traverse une histoire et qui touche le cœur des spectateurs. En tout cas, c’est son objectif. Les convictions, l’action du Père Joseph passent ici moins par les mots, que par le tragique ou le romanesque des situations et des rencontres.

Pour réaliser ce film, Caroline Glorion a fait appel à des acteurs professionnels dont Jacques Weber dans le rôle du Père Joseph, Anouck Grinberg dans le rôle d’Alicia. Mais elle a aussi fait appel à une centaine d’acteurs non professionnels, qui ont été choisis parmi des militants du mouvement ATD Quart-Monde ou d’autres personnes ayant connu la misère. Elle a travaillé avec ces « figurants » pendant les deux mois qui ont précédé le tournage. Et lorsque les acteurs professionnels sont arrivés sur le lieu du tournage, il y a eu une interaction très forte entre les acteurs et les figurants. Anouck Grinberg livre à ce sujet : « J’ai eu la chance de rencontrer des acteurs immenses, mais je n’ai jamais été aussi impressionnée que par eux parce qu’ils avaient une si grande force de vérité. Ils n’avaient rien besoin de faire, et nous, les acteurs, c’est ce qu’on avait besoin d’apprendre. » Une vidéo « making of », disponible sur les sites mentionnés ci-dessous, nous montre cette rencontre entre ces deux mondes.

Bien que ce film relate des événements datant d’un demi-siècle, il reste d’une actualité criante dans une société où de plus en plus de personnes  sont touchées par la précarité. Si vous n’avez pas eu l’occasion de voir ce film, il sera bientôt disponible à la vente.

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter les sites suivants :

http://www.joseph-wresinski.org

http://www.atd-quartmonde.be


Andr Denayer (Réseau PAVÉS)


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