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Et pourtant, ils étaient deux…

Albert Lepièce
Publié dans Bulletin PAVÉS n°29 (12/2011)

On se souvient bien de ce tollé qui a suivi l’annonce faite en août dernier par l’archidiocèse de Madrid avec l’approbation papale : les femmes qui viendront se confesser d’un avortement pendant les festivités des JMJ pourront se voir pardonner leur péché avec indulgence plénière… Et les autres… ? Nous avons publié le cri de scandale d’Ivone Gebara : « l’impression que nous avons éprouvée est que le pape, le Vatican et certains évêques s’amusent à des jeux de mauvais goût avec les femmes. »

Un de nos lecteurs renchérit sur cette grave question qui touche autant au mépris des femmes par l’Église officielle – au bénéfice des hommes, toujours – qu’à sa compréhension et à sa gestion de ce qu’elle appelle le péché.

(P.C.)

Ils étaient deux… C’est ainsi que j’intitulerais ma réaction, lorsque je reçus la traduction française de l’article d’Ivone Gebara, écrivaine, philosophe et théologienne, publié en portugais sur le site Adital au Brésil le 22 août 2011 : Deux poids et deux mesures à Madrid (JMJ)

« Merci, MP, pour cette traduction-partage. Gageons que la plupart des hommes, qui ont eu les relations sexuelles fécondantes qui se sont terminées en avortement, n’étaient ni à Madrid ni fidèles à leur chérie et déjà en train de voltiger autre part. De toute façon eux ne songeaient probablement pas à aller se confesser…

Enfin, ça ce sera pour le prochain article d’Ivone, car c’est l’éternelle histoire : toujours le ‘péché’ des femmes et jamais la faute des hommes… Il y a tellement de choses à dire sur cette soi-disant miséricorde condescendante de la hiérarchie pour les femmes. » (AL, 23-08-2011).

La rédaction de la revue m’a demandé si je pouvais un peu développer ce qui est souligné en italique. Voici :

Les sermons et admonestations de la hiérarchie, qui se veut miséricordieuse, ont souvent leur source dans le fameux épisode de Jésus qui pardonne à la femme adultère en lui disant : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t'a condamnée ? » Elle dit : « Personne, Seigneur. » Alors Jésus dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas.  Va, désormais ne pèche plus. » (Jn 8,10-11).

Si Jésus revenait aujourd’hui, il ajouterait : « Ces hommes t’accusent d’adultère, et pourtant vous étiez deux pour cette relation. Pourquoi s’en prennent-ils à toi seule ? » Quand Jésus réagissait face à cet aspect de la lapidation, loi de Moïse, il ne pouvait pas régler tous les problèmes. On le mettait à l’épreuve et il a réagi de manière merveilleuse. Mais cela ne résout pas tous les problèmes. Nous devons faire preuve aujourd’hui d’inventivité et de mise à jour, face à la société d’aujourd’hui. Jésus nous a dit lui-même : « L’Esprit que vous allez recevoir vous conduira vers la vérité tout entière et vous ferez même des choses plus grandes que moi ».

Or l’Église institutionnelle s’est figée dans cette fixation sur les femmes. Pour une relation sexuelle, ils sont deux. Or, quand il y a des problèmes, c’est très souvent la femme qui se retrouve seule sans son compagnon pour y faire face. Dans ce domaine, il ne faut pas s’attendre à de grands pas de la part de l’Église Catholique Romaine. Il faudra que ça démarre à la base.

Après plusieurs années d’opposition à une hiérarchie conservatrice et machiste, je suis de plus en plus persuadé qu’il ne faut pas nous laisser piéger par une attitude de contre dépendance, comme celle d’un jeune vis-à-vis de l’autorité parentale. Nous avons un travail à faire : celui de faire Église, de femmes et hommes, dans un travail constructif à la base.

Il nous faut ensemble faire équipe, hommes et femmes, dans nos communautés, nos paroisses et autres lieux humains. Si la hiérarchie a envie de monter dans le train avec nous, tant mieux, mais il ne faut pas l’attendre. Si Jésus avait attendu la réforme du Temple, rien du christianisme ne serait parvenu jusqu’à nous. Si vraiment nous ne sommes pas d’accord avec la « miséricorde condescendante de la hiérarchie pour les femmes », formons des équipes de femmes et hommes dans l’Église et dans la société qui reflètent ce que nous désirons : des personnes égalitaires et complémentaires.

N’oublions pas que les réformes de Vatican II ont eu leur base dans le renouveau théologique et liturgique à la base, surtout en Europe de l’Ouest et aux Philippines. Il était souvent accompagné d’initiatives formellement désobéissantes. C’est ce terreau qui a fourni les matières nutritives pour l’aggiornamento de 1965.

Donc, si nous voulons que les femmes soient considérées comme égales et complémentaires à tous les niveaux dans l’Église Catholique Romaine, à nous de le pratiquer à la base de toutes les manières possibles, y compris dans des célébrations où la présidence de l’eucharistie est assurée par des femmes et des hommes. Il ne s’agit pas de se focaliser sur ce dernier point, mais il est la pierre de touche pour beaucoup de personnes.

Pour prendre l’exemple des paroisses, la pénurie de prêtres entraîne l’entrée en fonction des femmes dans plusieurs domaines, dont les plus évidents sont animations de liturgies, aumônerie en maisons de soin et, récemment, la présidence des funérailles par deux laïcs. Elles font aussi de plus en plus partie des conseils paroissiaux, pastoraux et mêmes diocésains. Elles sont aussi agentes pastorales, rémunérées par le Ministère de la Justice et des Cultes.

Évidemment il ne faut pas s’attendre à des avancées fracassantes de la part de nos responsables ecclésiaux. Ils sont souvent à la traîne. Jésus s’en est attristé : « Les enfants de ce monde sont plus habiles que les enfants de lumière ». Mais ce qui est grave, c’est que nous sommes censés être la lumière du monde, les phares de longue portée et pas les feux rouges arrière.

Je sais que la société dans son ensemble arrive seulement à prendre conscience du fait que les femmes ont leur place à tous les niveaux de décision. Trop de lieux dans le monde participent encore à la ségrégation et à la mise en infériorité de nos sœurs, que ce soit des lieux religieux ou géographiques, mais ce n’est pas une excuse pour que les responsables ecclésiaux suivent ce mauvais exemple.

Où se trouve le nœud, la racine du problème ? Oh, probablement à des niveaux psychologiques et autres, mais surtout au fait qu’ils ne se sentent pas LIBRES d’innover par rapport à leur lecture littérale du Nouveau Testament et de la tradition. On ne se défera pas facilement d’expressions telles que « collège apostolique » qui, dans leur esprit, signifie les douze hommes choisis par Jésus et à qui il a été donné « pouvoir de lier et délier ». Nos sœurs et frères protestants en font une lecture autrement libératrice : c’est l’assemblée ecclésiale qui a reçu cette mission.

Viens, Esprit Saint, nous libérer de nos chaînes et de nos lectures étroites. Donne-nous cet esprit d’ouverture et d’initiative qui était celui de Jésus, le Fils Bien-aimé de qui le Père a dit : « Écoutez-le ».

La vérité nous rendra LIBRES.

Albert Lepièce (Communautés de Base)


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