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Maurice Bellet, une pensée partagée

Myriam Tonus
Publié dans SONALUX n°79 (1/2012)

Depuis 5 ans, un groupe se réunit plusieurs fois par an autour de Maurice Bellet. Les échanges ont pour but de réagir aux recherches de l'auteur et nourrissent sa pensée tout autant que celle des participants. Une expérience originale.

"Paris est une ville immense. Mais on y est tout seul !"

Combien de fois Maurice Bellet m'avait-il partagé ce regret d'avoir trop rarement l'occasion de partager, confronter avec d'autres sa pensée et son travail ? Il avait le souvenir tenace de ces années passées à la revue jésuite Christus, du travail commun avec Michel de Certeau, François Roustang... C'est pourquoi lorsque je lui proposai - plus modestement ! - de rassembler quelques ami-es dont je savais l'intérêt qu'ils/elles portaient à son œuvre, son enthousiasme a été immédiat.

C'était en 2005. Après une année de tâtonnements, la formule se précise. Il s'agira de se retrouver une fois par trimestre, pendant une journée complète. Maurice Bellet parlera du travail de recherche et d'écriture (chez lui, les deux vont toujours de pair) qu'il est en train de faire, les participant-es réagiront, discuteront, contrediront peut-être. Rien à voir, donc, avec des conférences et encore moins avec un quelconque fan-club ! Aucune compétence requise pour participer à ces journées - sinon une "compétence humaine" à hauteur des enjeux travaillés.

Les trois règles qui guident les parcours (initiés, voici 20 ans, par M. Bellet) sont les seules obligations… librement consenties: on peut tout dire (excepté ce qui fait taire l'autre), on peut ne rien dire (le silence est accueilli par le groupe comme une modalité de présence) et l'on parle "pour arriver a dire" une parole propre. Pas de débats oiseux, de querelles de compétences et une bienveillance inconditionnelle envers chacun-e, quelles que soient les divergences,

L'esprit que diffusent ces règles est sans doute pour beaucoup dans la réussite du projet. Cela fait en effet cinq ans que le séminaire (entendez ce mot au sens de rencontre entre chercheurs !) accompagne, pour sa plus grande joie, notre auteur prolifique. Son séminaire, c'est désormais un noyau fidèle d'une dizaine de personnes, qui accueille chaque année de nouveaux visages remplaçant celles et ceux qui s'en vont. Venues des quatre coins de la Wallonie (et même de Flandre : notre anversois est parmi les fondateurs !), ces personnes viennent aussi de tous les horizons : jeunes et moins jeunes, laïcs (en majorité), prêtres, religieux, institutrice ou magistrat, mère de famille ou prof d'université, actifs et retraités - il n'y a plus, dirait St Paul, tel ou telle, ceci ou cela, mais des femmes et des hommes heureux de se retrouver autour, avec un chercheur jamais en repos… qui excelle à secouer leur pensée.

Sont-ils conscients de ce que ces journées, de ce que leur présence ont nourri La foi critique, l'Essai sur la violence absolue ou Translation ? Car en effet, Maurice Bellet est bien ainsi : il éprouve un besoin vital de partager avec d'autres l'objet de sa recherche ; il a besoin d'écouter les résonances, les objections, les idées nouvelles que ce partage fait naître. Même si, comme tout créateur, il accomplit un travail finalement solitaire, sa pensée s'enrichit comme malgré elle de ces rencontres précieuses, comme elle s'enrichit de l'écoute qu'il offre encore chaque semaine à quelques personnes.

Pour leur part, les participant-es du séminaire engrangent tout autant de richesses. Etre témoins actifs d'une pensée - et quelle pensée !- en cheminement, cela n'a pas de prix. Mais surtout, au fil des années, se donne à vivre au sein du groupe cet entre-nous si cher à Maurice Bellet, qui est pour lui la fine pointe de ce qui nous rend humains. Sans l'avoir cherchée, l'amitié est devenue une réalité et lorsqu'on se retrouve, après quatre mois (le rythme est désormais de trois rencontres par an), c'est comme si l'on reprenait tout naturellement le fil d'une passionnante conversation. Sans doute aussi les fruits ici semés et récoltés s'en vont-ils donner une nouvelle saveur dans les lieux et activités qui sont propres à chacun-e.

Ni groupe de partage personnel, ni groupe de prière (la foi n'est pas présupposée), le séminaire de Maurice Bellet ne ressemble finalement à rien de connu. La personnalité du "proposant" y est certainement pour beaucoup. Mais davantage encore, et sans même que ce soit l'objet de ces rencontres, s'y donne à vivre une expérience commune, tissée d'écoute, d'accueil, de bienveillance. S'y échangent des paroles à hauteur des enjeux d'humanité qui sont désormais les nôtres. S'y propose aussi un rapport radicalement neuf à ce qu'on appelle la foi, la religion, l'Eglise, sans que jamais la liberté soit contrainte.

Trop beau pour être vrai ? Aucune entreprise humaine n'est exempte de faiblesses. Mais lorsqu'on se dit au revoir, chacun-e repart avec la conviction qu'il est possible de travailler ensemble - et travailler dur ! - sans rivalité ni aigreur. Et l'on se prend à rêver, comme Maurice Bellet, d'autres groupes où l'on pourrait se dire que non, décidément, on n'est pas seul!


Myriam Tonus


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