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Laïcs, ils seront tous !

Jacques Martin
Publié dans Bulletin PAVÉS n°31 (6/2012)

Laïcs, elles l’étaient, et femmes par surcroît ! Le sabbat écoulé, Marie de Magdala, Jeanne, Marie de Jacques, Salomé et quelques autres se rendirent au sépulcre et le trouvèrent abandonné, pierre roulée et corps absent, alléluia, alléluia ![1] ─ Jésus ressuscité se montre à Madeleine en lui disant : « Pourquoi pleurer ? Qui cherches-tu ? Marie ![2] – Je vous salue, n’ayez pas peur, allez trouver les frères, ils me verront en Galilée où je leur fixe rendez-vous, alléluia, alléluia ! »[3]

Laïcs, ils l’étaient tous, cinq cents personnes nous dit Paul, et selon Luc quelques cent vingt, témoins du Christ levé des morts[4], alléluia, alléluia !

Laïcs, ils l’étaient tous, chargés d’annonce évangélique en direction du monde entier[5] : celle d’un Règne de justice, de nations réconciliées[6], de paix et de fraternité. Univers pressenti, inauguré déjà à travers les paroles et gestes de Jésus ratifiés par Dieu dans la résurrection[7] : priorité aux pauvres et liberté pour tous[8], relèvement des accablés, amour venant à bout des discriminations[9], fondement et ferment d’un humanisme neuf[10], très clairement non-religieux : ni dogme ni piété, ni rituel ni dévotion, une façon de vivre et un rapport aux autres découlant directement de la paternité offerte, universelle, du Dieu de Jésus : « Ce que vous avez fait au plus petit des miens, c’est à moi, Fils de l’homme, que vous l’avez fait ! »[11]

L’Histoire cependant a fait qu’en quelques siècles cet élan si généreux s’est transformé en RELIGION, encadrant strictement le monde occidental sous la rude férule d’un pouvoir sacré : Pape de Rome, évêques, diacres et presbytres, clercs qui monopolisaient la plupart des services que l’Église nécessite[12] et privaient de parole ces fameux laïcs, aptes à répondre Amen et désormais soumis, dépossédés de leur mission, irresponsables et passifs. Oh certes ce système a transmis l’Évangile, élaboré une culture impressionnante en tous domaines et suscité, chemin faisant, tant de figures incontestables d’authentique sainteté. Sans oublier, bien entendu, le lourd bilan correspondant d’horreur, de stupre, de mensonge, de richesse et de violence, de coriace hypocrisie. ─ Mais parallèlement un tel état de choses sécrétait les résistances et provoquait la réaction. Il travaillait en profondeur à l’émancipation des personnalités, enseignait la valeur infinie de tout homme et délivrait l’individu de ses liens ancestraux à la société et à la tradition. D’où l’actuel déclin du christianisme en nos pays, l’effondrement spectaculaire des antiques habitudes : églises désertées, crise des vocations, dislocation ultra-rapide des structures séculaires, effacement concomitant des attitudes de la foi tragiquement lié à ce retrait complexe de la religion dans lequel les chrétiens récoltent et engrangent ce qu’ils ont semé !...

Quand de nombreux acteurs, myopes et le nez contre, s’en vont déplorant cette imparable évolution, il y a peut-être lieu d’apprendre à rendre grâces et de savoir interpréter les signes et les appels du temps que nous vivons : Christ est vraiment ressuscité et la Promesse de la Vie surmonte assurément l’agonie et la mort des civilisations ![13]

L’avenir de l’Église appartient à l’Esprit[14]. N’ayons donc pas la prétention de dessiner dès à présent la configuration future et incertaine du Corps de Jésus. Un jour, le roi David voulant tester ses forces et dénombrer son peuple fut tancé par le prophète et sommé de choisir entre peste, famine et extermination[15]. ─ Quelle chance pourtant d’avoir à mettre au monde un visage d’Église inconnu jusqu’ici ! Paradoxe inouï d’une situation qui nous dépasse infiniment tout en nous convoquant à l’Imagination, dans la fidélité critique et exigeante à l’essentiel de notre Foi[16]. N’attendons rien d’en-haut : la hiérarchie, comme on l’appelle, ne saurait se saborder ; un ordre de pouvoir aussi bien verrouillé ne peut spontanément renoncer à lui-même et se sacrifier ─ Quant aux moyens alternatifs envisagés ou mis en oeuvre, ils montrent vite leurs limites : appel de prêtres étrangers, paroisses regroupées jusqu’à épuisement des chrétiens concernés et des ministres en fonction : nulle assemblée vivante ne subsistera où le géographique néglige l’humain…

La logique voudrait que l’Église à venir renonçât au maillage territorial. Un réseau souple, aléatoire, de communautés restreintes relaiera le précédent. Dans chacune d’entre elles se pratiqueront partage d’Évangile et prière adaptée, animés par un membre idoine, mieux formé, tandis que des actions de solidarité conduites sans relâche avec des non-croyants sur fronts divers d’humanité signifieront cette recherche et concrétiseront les progrès des disciples dans le don pascal[17].

Se rassemblant parfois pour faire eucharistie autour de leur évêque, à l’occasion des fêtes ou pour d’autres motifs, ces cellules enfouies du Corps ecclésial[18] hâteront le moment où la question des ministères trouvera sa solution. Celle sans doute et pourquoi pas, de préposés non-clercs, hommes et femmes ordonnés à célébrer les sacrements, à présider surtout, en mémoire de Lui, le Repas du Seigneur, où se nourrir du Pain vivant auquel tous les croyants ont un droit absolu. Ils seraient désignés après consultation de frères et de soeurs qui les connaîtraient bien. Leurs missions circonscrites se cantonneraient à un public particulier et pourraient être temporaires comme leurs fraternités… Ils devraient être respectés dans leur service irremplaçable. On les protègerait contre l’instauration d’un pouvoir laïcal qui deviendrait l’inverse, tout aussi pervers, du modèle antérieur reconnu périmé !…

On voit qu’en tout état de cause un gros effort de formation, d’intelligence de la foi[19], s’impose à tous pareillement. Urgence également d’une transformation de nos mentalités, pour échapper au processus qui fit donner jadis aux tout premiers wagons de nos chemins de fer l’ancien profil des diligences et qui toujours, hélas, nous incite à entrer dans l’avenir à reculons !...

Remplies ces conditions, les chrétiens volontaires avanceront joyeusement, poursuivant les efforts déjà effectués, améliorant sans bruit ce qu’ils ont établi, accompagnant ce qui se cherche, avec patience et modestie. Ils marcheront résolument, en dépit des conflits et des oppositions, dans les tâtonnements, les risques, les erreurs, à petits pas discrets et parfois de travers[20]. Laïcs, ils seront tous, ces croyants de demain, témoins du Christ ressuscité. Sous le feu de l’Esprit, ils élaboreront pour les gens d’alentour une parole convaincante. « Allez, je vous envoie, agneaux parmi les loups, sel et levain de ce Royaume que la mondialisation cherche confusément et suggère déjà[21] ». Nouvelle Galilée des nations rassemblées[22], « voici que je programme un univers nouveau où il n’y a plus ni cri, ni peine, ni souffrance ni douleur. La mort, le deuil s’en sont allés »[23]. Christ est ressuscité, enfin manifesté, alléluia, alléluia !


Jacques Martin - France)

Notes :

[1] Mt 28,1 ; Mc 16,1 ; Lc 23,55 ; 24,1-3 ; Jn 20,1

[2] 2. Jn 20,11-16

[3] Mt 28,9-10

[4] 1 Co 15,5 ; Ac 1,15

[5] Mt 28,19 ; Mc 16,13 ; Lc 10,1

[6] 2 Co 5,16-18

[7] Mt 4,24

[8] Ga 5,1.13

[9] Ga 3,28

[10] Mt 10,7-9

[11] Mt 25,40.45 ; Jn 13,14 ; Mt 5,13 ; 7,21 ; Jc 1,27

[12]1 Co 12,4.28

[13] Mt 16,18

[14] Mt 6,33-34

[15] 2 S 24,12-14

[16] Lc 18,8

[17] Ep 4,15-16 ; Jc 1,27

[18] Mt 13,33

[19] Formation et intelligence de la foi : deux réalités différentes et à ne pas confondre !

[20] Cf. Joseph Moingt, Annonce de l’Évangile et structure d’Église, Golias Magazine, n° 137, p. 17-31

[21] Lc 10,3 ; Mt 5,13 ; 13,33 ; Rm 8,19-25

[22] Mt 4,12-17
[23] Ap 21,4





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