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L'Europe pour les nuls ?

Jean-Marie Culot
Publié dans Bulletin PAVÉS n°38 (3/2014)

Nous vous l’annoncions dans nos bulletins précédents : c’est notre petit réseau qui est chargé d’organiser la prochaine rencontre annuelle du réseau européen Églises et Libertés. Ce sera à Drongen (Gand) du 1er au 4 mai prochain. Nous avons déjà publié quelques articles pour mieux préparer à l’événement.

Vous trouverez encore ici plusieurs approches complémentaires : d’abord une présentation générale de nos engagements à ce niveau, ensuite une invitation à venir nous rejoindre au moins pour la journée du vendredi 2 mai et partager avec nous un débat autour des questions éthiques qui se posent avec une acuité toujours plus grande. Les informations pratiques suivent immédiatement.

La question du « vivre-ensemble » dans un contexte résolument – et heureusement… – interconvictionnel est aussi rencontrée de manière plus générale dans les deux comptes rendus qui suivent : à propos de la remarquable enquête de Face2Faith et à propos du dernier livre de Jean-Marc Ferry. Merci de votre bonne attention. (P.C.)

 

Viens-tu, rédacteur prétentieux, nous expliquer comment fonctionne l’Union européenne ?

-  Doux Jésus ! Le titre est (laborieusement) accrocheur, j'avoue. Je veux simplement vous avertir. Mais il s'agit bien de l’Europe… et de vous.

Avertir de quoi donc ? Sommes-nous en danger ?

-  Pas vraiment. Encore que. L'Union européenne se propose, comme vous ne l'ignorez pas, de peser sur les législations nationales, y compris dans les questions morales ou de société[1]. Inévitablement, sous la pression de lobbies. Et voici : dans l'un de ces lobbies, on parle en votre nom, cher lecteur et sympathisant PAVES, et vous apprécierez, je présume, d'en être averti et, mieux, de pouvoir vous faire entendre.

Mais n’avons-nous pas de 'chers' parlementaires qui se plient en quatre pour nous représenter, pour qui nous allons bientôt voter ?

-  Absolument. Et tâchez cette fois de faire le bon choix ! Mais l'Union, dans sa sagesse – disons dans l'article17 du Traité de Lisbonne ratifié en notre nom par notre parlement fédéral – impose à ses institutions de mener un dialogue ouvert, transparent et régulier sur les sujets de société et de conviction avec les Églises, les associations ou communautés religieuses ainsi qu'avec les organisations philosophiques et non confessionnelles.

Et, concrètement, dans cette usine à gaz, dans cette foire d'empoigne, qui dialogue avec qui ?

-  Vous passez le portail du Parlement européen : au centre du système qui nous occupe[2], vous reconnaissez le vaste hémicycle – gîtant plutôt à droite, mais c'est là une autre histoire. Vous poussez ensuite la porte d'une des salles contiguës, vous y trouvez table et sièges, c'est l'EPPSP[3] – prononcez yPiPi-EsPy', on s'appelle comme on peut.

Le lobby qui nous intéresse, j'imagine. Et on y 'dialogue' ?

-  De temps à autre, autour de cette table, viennent s'y concerter … ou s'y confronter' des parlementaires qui ont choisi de travailler ces sujets de société et, formant un Conseil consultatif, des représentants d'associations qui y ont obtenu un siège[4].

Nous aurions donc un représentant autour de cette table ?

-  Plusieurs même, jusqu'à cinq à six, selon les disponibilités ; en ce moment, à Strasbourg François Becker, et à Bruxelles Didier Van Houtte, nos deux délégués du Réseau Européen Églises et Libertés[5]. Vous en fûtes informé à l'époque : regroupant essentiellement HLM, les CCB et le MCP, PAVES s’était affilié au Réseau, comme vingt-cinq autres associations européennes ayant des préoccupations et convictions analogues.

Mais pourquoi avoir créé une nouvelle association, un nouveau Réseau ?

-  Trop évident ! Sur les matières extrêmement sensibles de morale et de conviction, vous sentiriez-vous correctement représenté par la hiérarchie de l’Église catholique ? Il importe de faire entendre notre voix, distincte. Le Réseau européen Églises et Libertés se dit, dans sa charte, "une convergence spontanée d’organisations – associations, communautés, groupes et réseaux informels – de chrétiennes et de chrétiens majoritairement catholiques d’Europe partageant la vision d’une Église prophétique, œcuménique, solidaire, aimante qui n’exclut ni ne discrimine et qui marche dans la voie de Jésus le libérateur. Et la volonté d’œuvrer dans le respect de la diversité culturelle et religieuse pour la paix, la justice, la liberté, les droits humains et la démocratie, y compris dans l’Église Catholique."

Mais de quoi y débat-on ?

-  De choses majeures pour notre 'vivre ensemble', comme on dit joliment, pour notre avenir. De choses qui nous importent, en matière d'égalité hommes-femmes, de statut de la femme et du couple (maternité choisie, contraception, procréation), de dignité de la vie humaine (avortement, euthanasie), de projets scientifiques (cellules souches), de convictions (enseignement de la religion, financement des cultes, signes religieux en public), de mariage gay, de respect des homosexuels, etc.

Bien ! On vient de le voir en France, en Espagne, chez nous, des droits et libertés peuvent être fragilisés. Mais comment connaître la position du Réseau et de nos représentants ?

-  Justement, simplement, parce que ce sont les membres belges (la cellule PAVES) qui reçoivent le Réseau pour sa session annuelle. Tour de rôle ! Et ce sera à Drongen, Gand, le week-end du premier mai. Et vous êtes invité. À entendre, en compagnie de la trentaine de délégués européens, les interventions, à participer aux débats, à conclure, si possible, par des convergences. Et à éclairer les deux représentants.

Mais la matière est si vaste, si sensible de plus.

-  La cellule belge, responsable de l'accueil pendant les 4 jours, l'est particulièrement de l’organisation d’une « journée d’études » le vendredi 2 mai. Et a opté pour focaliser les attentions sur deux sujets qui agitent particulièrement des opinions en Europe, l'euthanasie et l'avortement, et pour y entendre des conceptions variées, laïques comme catholiques.  Et conclure : quelles positions des chrétiens réformateurs peuvent-ils tenir sur ces deux sujets, et quels en sont les fondements et justificatifs ? Belle perspective de réflexions, de confrontations.

Et moi, là-dedans, comment me faire entendre ?

-  Voyez donc l'invitation ci-dessous, pour le vendredi sûrement, pour tout le week-end si vous avez envie de vous impliquer davantage…

Cool !

Jean-Marie Culot (Hors-les-murs)

Notes :

[1] Le 10 décembre dernier, le parlement européen a rejeté par sept voix le « Rapport sur la santé et les droits sexuels et génésiques », porté par l’eurodéputée Édith Estrela. Il s’agit d’un rapport très controversé, visant à faire reconnaître au niveau européen le droit à la contraception, à l’avortement et abordant des questions sensi-bles comme la procréation médicalement assistée ou l’éducation sexuelle. Une résolution alternative, portée par les partis conservateurs, a été mise au vote. Très courte, elle proposait que la rédaction et l’application des politiques sur la santé et les droits sexuels et génésiques ainsi que sur l’éducation sexuelle dans les écoles relèvent « de la compétence des États membres ».

[2] Des parlementaires ont implanté cette structure de dialogue. Le Conseil et la Commission sont plus opaques et ne procèdent que par convocations.

[3]Le site de l'institution est en http://politicsreligion.eu/home/: The European Par-liament Platform for Secularism in Politics. Key to Secularism in Europe (EPPSP) ou, en français, La Plateforme du Parlement européen pour la laïcité en politique.
[4] La liste des associations formant le Conseil consultatif, catholiques, juives et laïques, se trouve sur http://politicsreligion.eu/advisory-board/. N'y figurent pas, pour l'instant, d'instances protestantes, musulmanes, bouddhistes. La COMECE, organe représentatif de l'épiscopat européen, a choisi de se connecter, lui, à la Commission européenne, sans doute parce que c'est là que s'initialisent la plupart des projets de directives européennes. Des associations laïques et humanistes (regroupées depuis 1991 en Fédération Humaniste Européenne - FHE), sont emmenées par le Centre d'Action laïque belge. Avec son équivalent 'De mens.nu', le CAL constitue le Conseil Central laïque (CCL), organe représentatif de cette communauté en Belgique.
[5] L'appellation ne manque pas de panache. En y injectant un peu d'anglais, cela donne EN-RE (European Network, …) – on espère n'y avoir perdu ni les 'Églises' ni les 'Libertés'. Toute la documentation, multilingue, sur l'activité de l'association en http://www.en-re.eu/en25/. Dans la constellation des mouvements catholiques réformateurs, le Réseau européen s’occupe de politique et de société, IMWAC, des problèmes au niveau de l’Église institutionnelle, et les Communautés de base proposent l’expérience concrète du partage de la foi, voire de la vie en communauté. En somme, trois axes différents, mais complémentaires. À Drongen, un temps sera d'ailleurs consacré au cinquantième anniversaire du concile.    


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