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Je veux redevenir laïc. Témoignage d’un prêtre du Québec

auteur anonyme
Publié dans HLM n°141 (9/2015)


 

 

Je veux redevenir laïc, c’est parce que je ne veux plus être membre du clergé. Cette décision a mûri pendant cinq années, baignée dans la prière et une relecture de l’histoire du christianisme.

Un motif essentiel justifie cette décision : la séparation des chrétiens entre fidèles laïques et membres du clergé : séparation qui a modifié le mouvement évangélique, lancé par Jésus, en une religion dont les membres ordonnés ont tout pouvoir, y compris celui de présider le Repas du Seigneur, lequel a perdu son sens de repas pour devenir une célébration religieuse. [...]

Si j’ai retracé brièvement les grandes lignes de mon parcours, c’est pour dire que j’ai toujours été très heureux dans ce ministère de prêtre où j’ai voulu être un frère parmi les membres de la communauté. Être chrétien au sein de petites communautés en étant inséré dans le monde par le travail traçait, pour moi, un chemin de vie qui répondait à ma sensibilité.

Ces petites communautés naquirent, comme l’écrivait Paul VI dans Evangelii nuntiandi, « de la recherche d’une dimension plus humaine que des communautés ecclésiales plus grandes peuvent difficilement offrir, surtout dans les métropoles urbaines contemporaines favorisant à la fois la vie de masse et l’anonymat.»

Si j’ai pu, au sein de l’Église catholique, vivre avec bonheur ce ministère de prêtre, ... pourquoi décider, après 50 ans de prêtrise, de quitter le clergé ?

Au 21e siècle, pour bien des raisons, les petites communautés ne sont plus à l’ordre du jour dans la plupart des diocèses. La diminution drastique des prêtres, des religieux et religieuses, dans les pays ‘sécularisés’, conduit plutôt à regrouper les chrétiens pratiquant la liturgie dominicale dans des grandes assemblées. C’est le nombre de prêtres qui dicte le nombre des assemblées. La religion prend le pas sur la communauté évangélique.

Ce ne sont pas les circonstances actuelles – pouvant changer dans l’avenir – qui dictent ma décision. Mais elles m’ont amené à penser que nombre des fautes de l’Église catholique tiennent à sa structure même qui en fait une religion avec un clergé dont la hiérarchie (autorité sacrée) a un pouvoir absolu et exprime seule la pensée des chrétiens. Plusieurs théologiens expriment ma réflexion. Je les cite en annexe parce qu’ils traduisent, mieux que je ne peux le faire, ma pensée.

L’histoire me semble avoir conduit l’Église à devenir une sorte de monarchie où la hiérarchie des clercs a copié celle des rois de ce monde. Cela n’est-il pas contraire à la prescription de Jésus à ses disciples : « Les rois des nations agissent avec elles en seigneurs... Pour vous, rien de tel. Mais que le plus grand parmi vous prenne la place du plus jeune, et celui qui commande la place de celui qui sert. » (Luc 22, 25-26).

La constitution des «serveurs de la Parole» en un clergé composé d’hommes célibataires (à l’exception récente des diacres mariés) a éloigné nombre des clercs d’une vie conviviale avec les chrétiens. Lesquels ne forment plus guère communauté mais se retrouvent au sein d’assemblées où beaucoup sont des anonymes.

Les seules appellations de clercs et de laïcs traduisent cette séparation dans la communauté issue de Jésus. On ne retrouve ces appellations ni dans les Évangiles où Jésus donne le nom d’amis à ses disciples, ni dans les textes de Paul où tous sont appelés frères.

Je n’ignore pas qu’une communauté a besoin de leaders, mais ceux-ci pourraient être élus par la communauté, sans avoir un caractère sacré. Le seul Maître de la communauté est Dieu, le Père Éternel, comme le dit l’Évangile : « Ne vous faites pas appeler ‘Maître’ : oui, votre maître est unique et vous êtes tous frères. N’appelez personne sur terre ‘Père’ : oui, il est unique, votre Père éternel. » (Matthieu 23,8-9)

Les assemblées dominicales regroupent les chrétiens autour d’un rite (l’Eucharistie, nouveau nom de la Messe) qui n’a plus grand-chose à voir avec l’origine de ce rite : le Repas que Jésus célébrait avec ses disciples.

Ces assemblées, dans la mesure où elles bénéficient d’une liturgie belle et nourrissante, peuvent apporter une réponse au besoin religieux. Besoin qui est essentiel chez les humains. Mais si elles se limitent à des célébrations où l’assemblée est passive, elles ne peuvent tisser les liens fraternels si importants pour vivre l’Évangile.

La raréfaction des vocations à la prêtrise me conduit à espérer qu’on en viendra à confier aux laïcs le rôle de rassembleurs de petites communautés et à permettre à celles-ci de célébrer l’Eucharistie, le rite essentiel qui engendre des humains comme disciples de Jésus. Le Repas de la Parole autour de Jésus est le Repas de notre fraternité en Dieu. Ce Repas est essentiel à notre devenir chrétien. C’est pourquoi la célébration eucharistique, telle qu’elle est célébrée actuellement, me semble un ersatz du Repas du Seigneur. Elle ne permet pas aux convives de se nourrir mutuellement de ce que la Parole de Jésus apporte à leur vie.

Empêcher les disciples de Jésus de célébrer le Repas du Seigneur parce qu’il n’y a pas la présence d’un prêtre est-elle conforme à la pensée de Jésus ? Les conditions actuelles pour être prêtre sont des préceptes humains : célibat, sexe masculin, niveau d’études universitaires... On pourrait peut-être appliquer à ces conditions la phrase de Jésus concernant les traditions pour le lavage des plats et des mains : « Vous mettez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à une tradition humaine » (Marc 7,8). Est-il, selon la pensée de Jésus, de voir, en Amérique latine par exemple, des communautés privées de célébration eucharistique pendant des mois parce que le prêtre ne peut venir les visiter que deux fois par année ? Dans les deux premiers siècles, il n’y avait pas de telles conditions pour célébrer la Fraction du pain. Il n’y avait pas de chrétiens consacrés pour présider le Repas eucharistique.

Dans un temps où l’on risque de voir le mouvement évangélique de Jésus se réduire à une religion minoritaire, ne faut-il pas revenir aux traditions des premières communautés chrétiennes ? Ne faut-il pas permettre aux petites communautés ecclésiales de célébrer l’Eucharistie en confiant la présidence à un des membres le mieux préparé pour cela ? Ces communautés pourront être visitées de temps à autre par un représentant de l’Évêque (ou mieux par l’Évêque lui-même) pour assurer la communion entre les communautés.

Pour bien des gens, le clergé – qui définit l’Église de Jésus comme une institution religieuse – est un contre-témoignage de l’Évangile. Même un certain nombre de baptisés ne se sentent plus concernés par l’institution religieuse. Combien de catholiques se définissent comme chrétiens et non comme appartenant à l’institution catholique ? Quel témoignage peuvent présenter aujourd’hui les cérémonies romaines avec leurs pompes et la ségrégation qui écarte les femmes de tous les ministères ordonnés ?

Plus j’avance dans la vie, moins je peux supporter d’être assimilé par ma fonction de prêtre à un christianisme devenu principalement une religion ? Je sais que bien des amis m’ont dit que je ferais plus en restant à l’intérieur du clergé : ma liberté de parole est limitée, mais elle n'est pas nulle. Si je quittais, elle serait plus grande mais moins efficace.

C’est peut-être vrai. Mais je n’en suis pas sûr. L’attachement des jeunes générations au christianisme – et encore moins au catholicisme – n’est plus le même qu’il y a 50 ans. Je vis quotidiennement en communion avec des adultes qui ont autrefois quitté l’Église et qui y sont revenus grâce à ces petites communautés non paroissiales; avec des jeunes-adultes qui ont découvert Jésus et l’Évangile à la fin de leur jeunesse, après avoir souvent fréquenté de nombreux groupes religieux. Le magistère leur importe peu. Je connais des amis, véritables disciples de Jésus, qui se refusent même à être baptisés pour ne pas être assimilés à l’institution religieuse catholique.

Je souffre quotidiennement avec celles et ceux que le magistère marginalise de l’Église, comme le sont les divorcés-remariés. Il est douloureux de voir des jeunes-adultes, catholiques pratiquants, contraints à quitter le catholicisme pour d’autres confessions chrétiennes où l’orientation homosexuelle n’est pas considérée comme une maladie ou un péché. Que de souffrances et de gâchis!

Ma situation dans l’Église

Certains me diront pourquoi j’ai tant tardé à prendre cette décision. En premier lieu, je l’ai dit, parce que des circonstances spéciales m’ont permis d’être davantage un frère qu’un prêtre au sein des communautés chrétiennes auxquelles j’ai appartenu. En second lieu, parce que je ne voudrais pas que cette sortie du clergé nuise à mes frères et sœurs des communautés dont je suis membre. Un troisième point ne m’est apparu fortement que récemment : je considérais inconsciemment que ce dont je souffrais dans l’Église était dû aux circonstances, aux fautes de tous et de chacun. Je considère maintenant que les schismes, les excommunications, les horreurs de l’Inquisition, la vision d’une Église despotique... tout cela vient, non des fautes des hommes, mais de la structure de l’institution. Tous ces scandales contraires à la pensée de Jésus viennent du pouvoir que détient un clergé que son style de vie a mis à part dans l’Église.

Ma sortie du clergé ne signifie nullement ma sortie de l’Église. Je continuerai à être – pauvrement – ce que je suis : un frère partageant sa foi en Jésus avec d’autres frères et sœurs, un catéchète (au sens que je continuerai à traduire mes recherches sur la pensée de Jésus). En restant prêtre, je ne vois pas comment mon évêque accepterait que j’encourage les laïcs à célébrer l’Eucharistie sans prêtre : ce que je considère actuellement comme la condition indispensable pour que le message de Jésus se réalise au sein de petites communautés. Je trouverai, je crois, une plus grande liberté de parole, avec sérénité.

Je continuerai – si cela est accepté par les frères et sœurs – à être membre de ces petites communautés qui me font vivre et ont donné la joie à ma vie de prêtre. Je ne quitte pas le clergé avec aigreur. Ma petite connaissance de l’histoire du christianisme me permet de relativiser certaines situations actuelles, comme la pédophilie, que je ne crois pas reliées à la structure de l’institution.

Je sais que ma décision ne sera pas comprise par certains de mes amis. Je m’excuse si cela les déçoit. Qu’ils sachent que cela me donne une paix intérieure en agissant selon ma conscience.

Pardon à tous les membres du clergé qui pourraient se sentir visés par mes propos. Je sais que nombreux se veulent proches de leurs frères et sœurs chrétiens. Je ne veux juger personne. Je ne parle que de la structure actuelle de l’Église.

Je dis merci à toutes celles et tous ceux qui gardent l’espérance car ils ont confiance que naîtront encore des François d’Assise, des Abbé Pierre, des Dom Helder Camara, des Émilie Gamelin et qu’un jour des communautés chrétiennes surgiront selon le modèle des communautés des années 50 pour témoigner du mouvement de Jésus et non de la religion chrétienne. Celles et ceux-là sont ma joie. [...]

Je termine avec cette phrase de Jacques Loew, écrite peu de temps avant sa mort :

« La foi, jamais décidée une fois pour toutes et chaque fois rencontrer la personnalité du Christ et son message : reprendre accès au Jésus de l’Évangile. Revenir aux sources de la Révélation et non à l’autorité des institutions chrétiennes. »

 

Un prêtre au Québec, 21 décembre 2010, décédé en décembre 2013


auteur anonyme

Notes :

transmis par Jean Reignard

Source : http://georgesheichelbech.blog.lemonde.fr/2015/02/25/je-veux-redevenir-laic-temoignage-dun-pretre-du-quebec/




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