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Ô Grand Saint Nicolas !

Philippe Liesse
Publié dans Bulletin PAVÉS n°53 (12/2017)


Décembre ! Voici revenu le temps des fêtes et des cadeaux. C’est Saint Éloi, le patron de la classe ouvrière, qui ouvre le bal. Cette fête veut honorer les travailleurs du métal en leur offrant un petit moment de relâche dans un travail dont la pénibilité est bien connue. Quel est donc son rapport au métal ? Éloi a d’abord été contrôleur des mines et métaux, ensuite grand argentier du royaume de Clotaire II. Il fut trésorier de Dagobert avant de devenir évêque de Noyon en 641. Il travailla surtout l’orfèvrerie pour un grand nombre de châsses destinées à contenir de saintes reliques.

Sainte Barbe prend le relais. Elle est la patronne des pompiers, des mineurs et des artificiers. Barbe est morte en martyre au 3e siècle à Nicomédie. Son histoire est celle d’une jeune fille d’origine perse qui embrassa la foi chrétienne malgré la désapprobation et le courroux de son père. Celui-ci l’enferma dans une tour à laquelle il mit le feu. Le culte de sainte Barbe s’est particulièrement répandu dans les régions minières, là où le danger dans le travail est permanent.

Et voici le troisième larron de ce début décembre, Saint Nicolas. On ne sait pas grand-chose de lui. Il fut évêque de Myre, en Asie mineure, emprisonné sous la persécution de Dioclétien, présent au Concile de Nicée en 325. Pour le reste, la légende en a fait le protecteur des enfants à la merci d’adultes cupides. Son culte s’est répandu en Occident avec l’arrivée de ses reliques à Bari lorsque la ville de Myre tomba aux mains des musulmans, au 11e siècle.

En réalité, l’échange de cadeaux est une coutume plus ancienne. Elle remonte à l’Antiquité lorsque les anciens voulaient fêter le renouveau, à l’occasion du solstice d’hiver. À Rome, c’est la déesse Strenia qui était mise à l’honneur par un échange d’étrennes. Dans les pays nordiques, Odin enfourchait son cheval posé sur un nuage et il récompensait les enfants sages en déversant en pluie des cadeaux à leur intention. C’est l’une des origines du Père Noël !

L’époque chrétienne a d’abord attribué cette mission-cadeaux à Saint Nicolas. Plus tard, l’Enfant Jésus prend la relève, dans la nuit du 24 au 25 décembre, mais sans éliminer totalement Saint Nicolas en Lorraine et dans les Flandres. Aux États-Unis par contre, Saint Nicolas fut transformé en lutin avant de retrouver sa vieillesse originelle en la personne du Père Noël. Celui-ci s’introduisit en Europe après la Première Guerre mondiale, et il s’y installa progressivement sous la pression du marketing et du besoin de plus en plus affirmé de pouvoir « fêter » sans référence religieuse.

Aujourd’hui ? La fête pour qui ? Les ouvriers… ceux qui ont du travail, les hommes du feu, les enfants, les nantis ? Et les autres ? Les sans abris, les sans revenus, ceux qui peinent à joindre les deux bouts, les migrants, les demandeurs d’asile, les demandeurs d’humanité ? Qui est Saint Nicolas ? Quel sens donner à Noël ?  

Il n’est pas question de renoncer à la fête, mais peut-être d’en avoir une certaine vision ! La fête qui exclut est une offre « soumise à conditions » ! Et si Noël était le passage au « sans conditions » ! C’est sans doute cette nouvelle vision qui habite tous ces bénévoles qui accueillent, nourrissent, hébergent, véhiculent tous les migrants qui squattent nos parcs. Un projet de couloirs humanitaires est mis en place à l’initiative de la communauté laïque chrétienne de Sant’Edigio. Il y a aussi, chez nous, tous ces volontaires, plus d’un million selon la presse, qui s’engagent dans des projets d’humanisation, de manière visible ou en toute discrétion. Peut-être un travail de colibris, mais il est et reste un engagement citoyen qui fait rimer hospitalité et vérité ! Avec Hors-les-Murs, les Communautés de Base et le Mouvement Chrétien pour la Paix, nous voulons nous engager dans cette voie d’humanisation, car « Être pauvre n’est pas un choix. Être solidaire, oui ! »[1] Alors, le Grand Saint Nicolas serait plus qu’une légende et les enluminures de Noël seraient plus que de simples décorations.

Bonnes fêtes de fin d’année.


Philippe Liesse (Evangile sans frontières)

Notes :
[1]  Campagne d’Avent Vivre ensemble


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