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À propos de volontariat : deux échos...

Jacqueline De Cat - Hansen
Publié dans Bulletin PAVÉS n°53 (12/2017)


 

Comment développer l’engagement citoyen ? C’est évident qu’il y aurait beaucoup à gagner dans cette voie pour remédier à divers maux actuels, en particulier la méfiance et le désintérêt à l’égard du politique – je pense au tableau inquiétant de notre société qu’a révélé l’enquête Noir Jaune Blues du journal Le Soir, dont Jean-Marie Culot nous a rendu compte récemment. (Noir, Jaune, Blues… et vert , Pavés n°50, mars 2017, pp 5-9). Comment imaginer de nouvelles collaborations, de nouvelles façons de vivre ensemble ?

Le parcours d’une amie, Marie-Flore Jallay, m’a paru fort riche d’enseignements à cet égard. Voici comment elle me l’a expliqué.

Tout a commencé en 2008, quand Marie-Flore, pensionnée active et organisée, s’est investie dans le volontariat. Elle a intégré le Conseil Consultatif Communal des Aînés à Nivelles. Elle y a pris connaissance des problématiques des personnes âgées, moins valides, moins capables de trouver seules des solutions à leurs difficultés. L’équipe du CCCA s’est attelée à la question de la mobilité en ville. Ses membres se sont rendus sur le terrain, pour identifier les endroits mal adaptés. En concertation avec les instances qui gèrent le plan de circulation (la Région Wallonne, la Province, la Ville), ils ont participé à quatre plans de mobilité de 2009 à 2016. Des travaux ont été consentis, apportant des améliorations notables, d’autres sont encore en attente, notamment à la gare. D’autres projets ont mobilisé le CCCA, comme la protection des personnes en état de faiblesse, des personnes âgées maltraitées, ou privées des soins élémentaires. D’où une invitation à un séminaire organisé par « Respect Senior » à Namur. Cette expérience au CCCA a été le début de l’intérêt de Marie-Flore pour la vie sociale de Nivelles.

En 2011, le Guichet Social de la ville, abordé par des candidats au volontariat en recherche d’activité, s’est adressé à l’équipe du CCCA pour explorer la possibilité de remettre en place un Centre du volontariat à Nivelles, une première expérience étant restée sans suite. Tout était donc à refaire. Avec le Guichet social, les personnes intéressées ont invité des membres du Centre du volontariat de Braine-l’Alleud, fonctionnant depuis dix ans déjà, pour profiter de leurs compétence et expérience. Un groupe de sept personnes au profil requis a été mis en place, et ce groupe a mis en avant Marie-Flore en tant que coordinatrice – charge qu’elle a accepté de prendre, en y mettant toute son énergie. Dès janvier 2012, le Centre a été opérationnel. Il s’est fait connaître et a ouvert des permanences. Le but était évidemment de pouvoir mettre en rapport l’offre des candidats avec la demande des associations à but social. Cette première année, le Centre a reçu 42 personnes candidates au volontariat, et pu les orienter avec succès. Préalablement, il a fallu cadrer les choses et se documenter auprès des associations à but social de la ville – il y en a environ 60, mais le Centre travaille avec 35 d’entre elles. Des fiches de base ont été établies pour chacune, avec leurs besoins, les profils souhaités de volontaires et aussi les profils non souhaités. Le volontariat reconnu par le Centre devait aussi être clairement défini : c’est un acte libre, gratuit, ouvert à tous, geste de solidarité qui ne peut en aucun cas remplacer un emploi rémunéré, qui ne peut se pratiquer à temps plein ni mi-temps – seulement quelques heures par semaine, par mois ou ponctuellement. C’est un acte citoyen, porteur de changement, d'innovation et d'inclusion sociales dans des secteurs diversifiés. Des frais encourus peuvent toutefois être remboursés et les volontaires sont couverts par une assurance en RC pour tout problème pouvant survenir au cours de leur mission.

Début 2013, Marie-Flore s’est rendue au Salon du Volontariat organisé par la ville de Namur, et elle a trouvé que cette initiative était géniale ! Les gens étaient directement mis en relation, le public avec les associations, et les associations entre elles. Au fil des rencontres avec des candidats à Nivelles, l’équipe du Centre du volontariat avait pu constater que les personnes n’avaient aucune idée du tissu associatif de la ville. Qu’y faire ? Organiser un tel salon à Nivelles apporterait de grands avantages. Mais l’ampleur de cette entreprise interpellait le Guichet social. Marie-Flore a relevé le défi, lourd en effet, et elle s’est déplacée pour rencontrer personnellement les 35 associations concernées. L’accueil fut excellent, et 32 associations ont répondu présentes pour un premier Salon du volontariat en 2014. Pour y avoir passé un bon moment, je peux témoigner que c’était une ruche bourdonnante bien sympathique, et que j’y ai beaucoup appris. L’année suivante, 36 associations étaient au rendez-vous.

Avec le temps, les structures du volontariat ont évolué, et sont toujours sujettes à adaptations. Une loi sur le volontariat a été promulguée en mai 2005, et elle est toujours en vigueur. L’Association pour le Volontariat (AV) a fusionné avec la Plate-forme francophone pour le volontariat (PFV) dont le siège social se trouve à Namur (en instance de transfert vers Bruxelles). La PFV a un site internet très clair et bien documenté : www.levolontariat.be . La PFV fait partie au niveau fédéral du Conseil supérieur des volontaires (CSV). Le volontariat en Belgique représente 1,2 million de personnes qui sont concernées et participantes ! Au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles, cela représente environ 485 000 personnes.

Une dernière sollicitation s’est ajoutée aux activités de Marie-Flore : prendre part à la mise sur pied d’une Maison de la participation à Nivelles. C’est un projet lié à l'objectif de la cohésion sociale évoqué dans la déclaration de politique générale de la majorité. Il a également été repris dans les travaux de l’Agenda 21 (développement durable) approuvé fin 2014 par le Conseil communal. Un groupe constitué de citoyens, des associations et de l'Échevinat en charge s’y est attelé en tripôle depuis 2015. Concrètement, il s’agirait d’un espace accueillant les citoyens et les associations dans le centre-ville pour remplir deux fonctions principales. La première serait un rôle de centralisation de l’information : les citoyens pourraient s’y rendre pour poser des questions sur la vie associative, les clubs, les projets de la ville, etc. Et le cas échéant, ils seraient renvoyés vers les interlocuteurs les plus pertinents. L’autre fonction serait d'offrir un espace de rencontre sur le sujet de la participation citoyenne au sens large. Avec un personnel d’accueil et des salles de réunion, la future Maison de la participation serait un lieu où les citoyens et les associations pourraient construire des projets, partager leur expérience, interpeller la Ville à propos de dossiers sur lesquels ils ont des propositions à faire. Tout ceci ferait mieux vivre la démocratie locale, en rapprochant les citoyens de la machine administrative de la ville.

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Que conclure de ce riche parcours ? Obligée de s’informer, Marie-Flore a énormément appris. Elle a aussi dû mettre des limites pour garder la maîtrise de son temps, supprimer des activités incompatibles, tout en gardant le volontariat qu’elle aime faire comme écrivain public. La gratification personnelle, qu’on espère être la marque de toute activité de volontariat, est très grande. Marie-Flore a apprécié de rencontrer des gens formidables, qui font un excellent travail, sans esbroufe. Se trouver à l’intersection de l’institutionnel et du terrain est une position passionnante, dans un rôle de transmission et de vigie. Le volontariat est un creuset d'enrichissement personnel. Et elle insiste sur l’importance du contact direct avec les personnes qui reste le meilleur lien social, et sans lequel on n’obtient rien !

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Tout récemment, des proches impliqués m’ont fait découvrir la Plate-forme citoyenne de soutien aux réfugiés, initiative débutée il y a à peine trois mois, en réaction critique de la politique migratoire du Gouvernement belge et de l’Union Européenne. Un réseau de plus en plus large et très bien organisé de personnes bénévoles assure l’hébergement des quelque 300 réfugiés qui sans leur aide passeraient la nuit dehors, au parc Maximilien à Bruxelles. Grâce à Facebook, la répartition de la prise en charge se fait efficacement auprès des hébergeurs, des chauffeurs et des aidants. Un article du Soir du 21 novembre à ce sujet parle de plus de 16 000 personnes bénévoles impliquées ! Ce nombre toujours croissant incite à créer des sous-groupes par régions et même par quartiers, sans quoi le site principal s’engorgerait. La portée de cette action est malgré tout modeste, et ne va pas résoudre la problématique migratoire, mais elle permet de rendre un moment leur dignité à des personnes en détresse, et de manifester son désaccord avec le rejet inhospitalier et même brutal officiellement pratiqué. Un site internet http://www.bxlrefugees.be/ explique très clairement toute l’entreprise et aussi comment y prendre part. La page d’accueil s’ouvre sur des témoignages convaincants : les craintes vite oubliées ont fait place à un réel bonheur de vivre ces rencontres ressenties comme humainement justes. Quel bel éloge du volontariat !


Jacqueline De Cat - Hansen (Communautés de base)


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