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Luther nous parle-t-il encore aujourd’hui ?

Marie-Astrid Collet-Lombard
Publié dans Bulletin PAVÉS n°53 (12/2017)

Luther nous parle-t-il encore aujourd’hui ? [1]

  

Le regard que porte Vincent Tonnon sur les 500 ans de Luther est celui d’un pasteur engagé dans la concertation œcuménique liégeoise depuis 15 ans. Pour mieux comprendre et situer l’indignation de Luther, il s'intéresse aux découvertes qui ont marqué la fin du 15e s. et le début du 16e s., à la naissance de Luther et de sa révolte : les grandes découvertes possibles grâce à l’invention des caravelles, le globe terrestre du portugais Behaim en 1492, la réalisation des premières lunettes et, évidemment, l’invention de l’imprimerie par Gutenberg qui permettra la diffusion de la Bible. L’Église catholique est ébranlée dans sa Vérité et oscille entre une farouche opposition et une tentative de récupération des bénéfices de ces progrès.

Et Luther là-dedans ? Lui qui croit à la présence maléfique de la sorcellerie, au soleil qui tourne autour de la terre...; qui demande qu’on envoie garçons et filles à l’école, tout en estimant que la place de ces dernières est au foyer ; qui vit de manière angoissante la peur de la mort et du jugement de Dieu ! Confronté au basculement radical de son monde encore médiéval, pétri d’idées reçues et de peurs, il va ressentir des intuitions remarquables. Moine augustin à Wittemberg depuis 1505, il se demande quel est le fondement de notre existence par rapport à la volonté et au plan de Dieu ? Il se remet en question. Quand il apprend que le dominicain J. Tetzel vient dans sa ville prêcher les indulgences, dans l’intention de renflouer les caisses du pape en train de construire la basilique de Rome, il n’en peut plus et … ses 95 thèses sont affichées en latin sur la porte de la chapelle du château de Wittemberg, le 31 octobre 1517  ! On le comprend : cet appât du gain lié au salut et cette théologie des œuvres, ce n’était plus supportable ! 

En 1523, dans la ligne de cette indignation, il va décliner une vision opti-miste de la foi en quatre "soli" :  Christus solus ; Sola scriptura ; Sola gratia ; Sola fide. La foi est une expérience personnelle fondée sur la Bible seule ; pour la comprendre, Luther en publie la première traduction en allemand, prône l’abandon du latin à la messe au profit de la langue du peuple et com-pose des cantiques en allemand à la place du grégorien ! Et la Parole va trans-former le cœur de ses disciples : chaque matin, vis la grâce de ton baptême.

Aujourd’hui la parole de Luther résonne toujours en particulier dans son appel à une foi personnelle, intériorisée, et surtout réfléchie et libre. C'est ce qui a caractérisé la Réforme du 16e siècle, "renaissante", et "humaniste", et cette approche a finalement contaminé tout l'Occident jusqu'aux Lumières, et plus tard les catholiques : le 31 octobre 1999 à Augsbourg, luthériens et catholiques romains s'accorderont sur une "Déclaration commune" concernant leur principal différend, la doctrine de la justification par la foi.

Mgr J.-P. Delville rejoint V. Tonnon pour répondre aux questions lors de l’échange. On nous confirme qu'en Belgique il n'existe que trois paroisses luthériennes et que les protestants sont plutôt des Réformés, qui suivent ce que Jean Calvin a formulé, 20 ans après Luther. Tous deux indignés, ils sont spécifiques : Luther est un moine et un théologien ; Calvin est un juriste qui va systématiser la réforme et radicaliser les positions de Luther.

L'Église catholique sera très marquée par la Réforme protestante, mais il faut souligner que l’époque était aux réformes, comme le prouve la création des Jésuites en 1540 : l’intuition de saint Ignace pour la priorité de la grâce et ses exercices spirituels exigent une foi personnelle, une foi plus indivi-dualisée : Ignace et Luther, même combat !

Enfin, si Luther a été un véritable initiateur qui a permis l'émergence de l’individu et de la liberté de pensée dans un monde où tout était bien relié, programmé, imposé, où Dieu et le cosmos se tenaient et s'expliquaient mutuellement, les choses ont bien changé aujourd'hui. L'individualisme est bien là ; ce qui fait problème, c'est plutôt le sens de l'autre, de la différence, de la responsabilité sociale, d'une part, et notre relation à la nature et au cosmos, d'autre part. Les progrès scientifiques et techniques que nous vivons provoquent notre foi et lui imposent une nouvelle évolution pour retrouver le sens du collectif face à ce monde complexe. Luther, le lanceur d’alertes d'hier, devrait nous rappeler de ne pas oublier le "solus Christus" dans ce travail de "Nouvelle Réforme"...  


Marie-Astrid Collet-Lombard (Hors-les-murs)

Notes :
[1]  C'est le titre de la conférence du pasteur Vincent Tonnon programmée l’après-midi du 18 novembre dernier au temple de Liège. Organisée par le Conseil interdiocésain des laïcs (CIL), elle se voulait une relance des activités pour ses membres et un public plus large.


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