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Égalité des genres et religions : on est loin du compte...

Au 37e Congrès de théologie Jean XXIII, Madrid septembre 2017

Pierre A. Collet
Publié dans Bulletin PAVÉS n°53 (12/2017)


Croyant et féministe ? Il n'y a pas de contradiction ! C'est la conclusion du 37e Congrès de théologie de l'Association Jean XXIII, qui s'est tenu à Madrid du 7 au 10 septembre dernier sur Les femmes et la religion : de la discrimination à l'égalité des genres.

Le théologien Juan José Tamayo y a précisé d'emblée que la tenue du congrès coïncidait avec le dixième anniversaire de la Loi sur l'égalité effective des femmes et des hommes en Espagne. "Mais sur cette égalité entre les genres, les choses sont pires dans les institutions religieuses. [...] Sauf exception, dans les religions, il n'y a pas eu de progrès vers l'égalité, on stagne, quand on ne retourne pas en arrière." Et de dénoncer le discours androcentrique et le machisme moral de l'institution religieuse catholique.[1]

D'autres voix se sont fait entendre au Congrès, en particulier celle du théologien et philosophe Krzysztof Charamsa (ancien secrétaire de la Commission théologique internationale de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, jusqu'à ce qu'il ait déclaré publiquement son homosexualité et présenté son partenaire) : "Dans la culture occidentale, il y a eu un changement historique : dans le passé, le domaine de la sexualité était dominé par la religion, [...] aujourd'hui, les sciences humaines revendiquent leur compétence rationnelle, indépendamment des intérêts religieux." Changement qui plonge l'Église catholique dans une crise énorme : "l'objectif est maintenant l'acceptation par la religion de la compétence des sciences, la psychologie et la sociologie, pour conduire ainsi les fidèles vers une foi plus pure et plus adulte."

Parmi les nombreuses interventions de femmes, on remarquera particuliè-rement celles de Teresa Cortés et d'Andrés Muñoz, l'un des couples fonda-teurs du MOCEOP, le groupe des prêtres mariés espagnols, il y a 40 ans : un très beau témoignage sur le rôle joué par les femmes pour "humaniser" les hommes d'église et pour faire vivre le service et l'esprit de communauté; mais c'est un défi qui est loin d'être gagné et qu'il faut continuer de relever chaque jour...


Message final du Congrès

1. […]

2. Nous avons fait une analyse critique du patriarcat en tant que système de domination sur les femmes, les enfants et les personnes les plus vulnérables de la société. Ce système fonctionne en lien avec d'autres modes de domination : le capitalisme, le colonialisme, l'intégrisme, la destruction de la nature et il engendre la discrimination de genre, de classe, d'origine ethnique, de culture, de religion, d'origine géographique et d'orientation sexuelle, dans tous les domaines de la vie : la langue, la vie quotidienne, la politique, l'économie, l'éducation, le travail, les familles, l'espace domestique, la culture, la science, la création artistique, les loisirs, les médias, la publicité.

3. Notre critique s’est étendue aux religions qui ont une structure patriarcale, véhiculent une idéologie androcentrique, imposent une morale machiste et développent des pratiques sexistes. Dans la plupart des cas, les femmes ne sont pas reconnues comme des sujets religieux et éthiques, mais sont considérées comme inférieures, subordonnées, dépendantes. Elles sont exclues des espaces du sacré, des postes de responsabilité, de l'exercice du pouvoir et des sphères de prise de décision. Les religions génèrent chez les femmes les attitudes d'obéissance et de soumission qualifiées de vertus.

4. Nous avons critiqué et condamné la violence à l'égard des femmes et contre leur identité sexuelle dans ses multiples manifestations : corps colonisés, violence masculine comme arme de guerre,  viols, prostitution, traite des femmes, mères porteuses, abus sexuel des enfants, filles ou garçons, commerce d'organes, enfants volés, assassinats de femmes,  agressions d’homosexuels, garde confiée à des pères condamnés pour mauvais traitements.

5. Les autorités religieuses se montrent prodigues dans la condamnation de l'avortement, du divorce, des relations avant mariage, des méthodes contraceptives, du mariage homosexuel, de la fécondation in vitro, des droits sexuels et reproductifs. Elles disqualifient la théorie du genre qu'elles appellent "idéologie du genre" et qu’elles considèrent comme la plus perverse de l'humanité. Elles condamnent les mouvements féministes et LGBT et manifestent leur opposition aux lois d'égalité réelle entre les hommes et les femmes. Avec leurs documents et leurs déclarations publiques, elles alimentent souvent diverses formes de violence sexiste : sexuelles, symboliques, religieuses et psychologiques, et encouragent les attitudes et les comportements homophobes masculins et féminins chez les croyants et dans la société. Elles se montrent également insensibles à la violence de genre, au patriarcat, au sexisme et à l’homophobie. Dans l’Église catholique, on interdit aux personnes sexuellement différentes l’accès au ministère sacerdotal et la participation aux activités pastorales.

6. Nous avons donné la parole à des femmes militantes qui ont présenté la contribution de mouvements féministes de différentes régions géoculturel-les, en particulier en Amérique latine, en Afrique et en Espagne, et à des femmes croyantes qui ont parlé de leurs mouvements de femmes dans les religions, mouvements qui en synergie avec les mouvements féministes, luttent contre toutes les formes de discrimination et pour la défense de l'égalité entre les genres.

7. Nous avons évalué positivement la rencontre fructueuse entre le féminisme et le christianisme, qui a provoqué la rébellion des femmes contre le système patriarcal et la naissance de la théologie féministe, qui reconnaît la place primordiale des femmes dans le mouvement de Jésus, sur pied d’égalité dans la naissance de l'Église chrétienne, témoins de la résurrection, et ceci dans les premières communautés chrétiennes où les ministères et les charismes se pratiquaient sans discrimination, selon la déclaration de Paul de Tarse : "Il n'y a plus ni Juif ni Grec; ni esclave ni homme libre; ni homme ni femme, car vous êtes tous un en Jésus-Christ" (Galates 3,28).

L'exclusion des femmes du ministère ordonné ne correspond pas à des considérations bibliques, théologiques ou historiques, mais elle est le résultat de la persistance du patriarcat au sommet du pouvoir et de l'organisation des institutions religieuses. Nous dénonçons le fait que les femmes qui ont été ordonnées prêtres dans l'Église catholique soient punies d'excommunication.

8. Féconde est la rencontre entre le féminisme "décolonial" et les théologies féministes qui critiquent le féminisme occidental hégémonique, qui s’interrogent sur la colonisation du pouvoir, de la connaissance, de l'être et du genre, défendent la décolonisation des mentalités, du discours théologique et des pratiques de libération de la religion et se réapproprient les connaissances, les symboles et la spiritualité des peuples indigènes.

9. Nous avons découvert que la spiritualité et la politique sont deux réalités indissociables et nous avons pris conscience de la nécessité et de l'urgence d'une spiritualité politique qui conduise à écouter le cri de la terre et la clameur de millions d'affamés de pain et de justice pour se battre pour "un autre monde possible".

10. La leçon que nous avons apprise dans ce Congrès est qu'il n'y a pas de contradiction entre féminisme et religion et qu'on peut être croyant et féministe. C'est le défi auquel nous devons répondre. 


Pierre A. Collet (pavés)

Notes :

Source du Message final : Adista Documenti  n° 32 du 23.09.2017  traduction : Pierre Collet


[1]  On peut lire le texte de sa conférence de même que beaucoup d'autres communications, dont celle de Teresa Cortés et Andrés Muñoz sur le site de Redes Cristianas : http://www.redescristianas.net/?s=XXXVII+Congreso&searchsubmit 

Sur ce sujet, la "somme" en français reste sans doute le livre de Maud Amandier et Alice Chablis, Le Déni, que nous avons présenté en 2014 : http://www.paves-reseau.be/revue.php?id=1354





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