Publications

Rechercher les articles
par mot du titre ou mot-clé :

présentés par :

année et n° (si revue):

auteur :

La Belgique veut-elle combattre la crise avec des avions de chasse ?

Gisèle Vandercammen
Publié dans Bulletin PAVÉS n°54 (3/2018)

Notre Mouvement Chrétien pour la Paix s’inquiète : en ce temps de restrictions budgétaires, notre gouvernement serait obligé d’engager le pays dans des dépenses faramineuses et pour longtemps.  Voyons donc !

La date est arrivée. Le 14 février 2018, les constructeurs des avions de guerre F35 (Lockheed Martin, États-Unis) et Typhoon (Europfighter, consortium européen) ont remis leur « Best and final offer » auprès du gouvernement pour tenter de décrocher le contrat de remplacement des F16 de l’armée belge. Plusieurs surprises nous attendent.

Un marché manifestement truqué

La première d’entre elles sera de voir si le gouvernement aura réussi à se mettre d’accord sur la prolongation des discussions avec le gouvernement français qui a proposé, en échange de l’achat d’avions rafale (Dassault), un partenariat stratégique et industriel avec la Belgique. Vu les déclarations contradictoires entre le Premier ministre et le Ministre de la « Défense », le gouvernement bottera probablement en touche encore quelques semaines. En tout cas, voilà manifestement un grain de sable dans le rouage d’une procédure manifestement pipée au profit du F35.

Au début du processus, en effet, cinq avions étaient dans la course. Quelques semaines après la publication de l’appel d’offre, l’avionneur Boeing (USA) jetait l’éponge, regrettant de ne pouvoir concourir « avec des règles du jeu véritablement équitables ». Ensuite, ce sera au tour de Saab d’abandonner la course à cause des restrictions de la « politique étrangère » imposées par la Suède. Il y a quelques mois, Dassault et le gouvernement français ont carrément, eux, décidés d’outrepasser les règles du jeu fixées par le gouvernement belge.

Quelles sont donc ces règles du jeu « inéquitables » ou même « contraires à la politique étrangère » d’un pays européen ? Il y en a au moins une, dont le débat public n’est malheureusement pas permis en Belgique : seul le F35 peut permettre à l’armée belge de continuer à transporter les bombes nucléaires stationnées à Kleine Brogel. Bombes nucléaires qui doivent d’ailleurs être « modernisées » d’ici à 2020. Demain. C’est donc aujourd’hui que le gouvernement peut nous dire s’il veut réellement travailler à un monde débarrassé de l’arme atomique.

Ceci dit, avant qu’elle ne fasse défection, l’entreprise Boeing aurait pu elle aussi prétendre à doter ses avions de la capacité nucléaire américaine. Il existe donc d’autres règles « inéquitables » qui poussent les uns et les autres à abandonner la course. Quelles sont-elles ? Les idées pleuvent, mais aucune certitude. Les discussions se déroulent entre rares initiés. Même les questions politiques de fond sur l’avenir de l’armée belge qu’engage un tel contrat (et tous les autres que le ministre de la défense accumule ces dernières semaines : avions ravitailleurs, drones, véhicules blindés et bientôt navires et chasseurs de mine) ont été éludées. Pourtant, la seule défection de trois concurrents sur cinq doit commander un abandon de ce marché manifestement biaisé. Rappelons-le, le gouvernement a budgété ce contrat du siècle un peu moins de 3,6 milliards d’euros. 575 € par contribuable.

Combien, en fait ?

Le site spécialisé defense-aerospace.com publiait le 22 janvier dernier, le montant que le département d’État américain allait proposer à la Belgique dans son « final and best offer » pour le F35 : 5,4 milliards d’euros ! Auquel il faudrait ajouter 1,2 milliard d’euros de frais de fonctionnement lors des premières années.

Du coup, que fera le gouvernement ? Acheter beaucoup moins ? Payer beaucoup plus ? Quoi qu’il en soit de la décision, les raisons qui ont poussé le gouvernement à fixer un tel budget de départ reste un mystère. D’autant qu’il s’avère quoi qu’il arrive insuffisant. Une raison supplémentaire pour toute reprendre à zéro et, pourquoi pas ?, abandonner la volonté de remplacer les F16 de l’armée belge.

Pas d’avions de chasse

A-t-on réellement fait le bilan de l’action des avions F16 dans le monde ? En toute honnêteté ? Ce qu’on observe dans les endroits où ils sont utilisés mérite-t-il, presque sans autre forme de débat, qu’on décide de prolonger cette politique les 40 prochaines années ? Pour l’armée belge et nombre de représentants politiques, cet investissement est nécessaire pour que la Belgique puisse continuer à être entendue sur la scène internationale. « Être entendu » n’est pourtant pas une fin en soi. Et certainement pas à ce prix-là.

Soyons tout de même positifs, et prenons-nous à rêver. Plutôt que de compter les promesses de compensations économiques sur les doigts de nos mains, ne pourrait-on pas plutôt  imaginer ce que la Belgique pourrait faire de réellement constructif et constructeur avec de tels moyens ? Autre chose en tout cas que de prolonger l’action nocive ou destructrice des avions F16.

« Le gouvernement s’efforcera de mener une politique cohérente » (Ch. Michel)  Vraiment ?

Tous les services publics subissent ces coupes répétées et aucune politique de relance n’est proposée « faute de moyens » : la justice, la sécurité sociale, la SNCB, la lutte contre la pauvreté, les budgets pour la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique ou encore la solidarité internationale et l’aide au développement. Pour tous ces budgets, nous dit le gouvernement, il n’y a plus d’argent… Par contre :

·       En septembre 2014, le gouvernement s’engage à augmenter son budget militaire à 2 % du PIB belge (nous sommes à 0,9 % actuellement).

·       En 2015, il annonce que le budget annuel de la Défense sera de 6,5 milliards d’euros en 2030. Le double de ce qui est budgété actuellement.

·       En 2016, l’année où le gouvernement a concrétisé une ponction d’1,4 milliard d’euros dans la sécurité sociale, il signait un contrat pour l’achat de 2 frégates et de 6 chasseurs de mine. Coût : 2 milliards.

·       Cet été 2018, le gouvernement signera le contrat des avions de chasse.

Contre les besoins criants des populations, contre les services de base et le fonctionnement sain de notre démocratie, contre la justice sociale, contre le combat nécessaire contre les dérèglements climatiques et la dégradation de l’environnement, le gouvernement fixe sa priorité : l’armée et la militarisation.

Cette priorité ne répond pourtant même pas au besoin fondamental de sécurité de la population. Bien au contraire. Parce que la sécurité va de pair avec le développement humain. Viser la sécurité passe nécessairement par la protection de chacun contre tout événement brutal susceptible de per-turber la vie quotidienne. Travailler à la sécurité doit passer par l’expansion des capacités et des options de toute personne, ainsi que le retrait de tout obstacle à ce développement, tel que la pauvreté, les inégalités, l’exclusion sociale ou la discrimination. La recherche de la sécurité doit donc avant tout passer par le développement et non par les armes : les individus doivent pouvoir faire des choix, doivent pouvoir travailler à ces choix sans risques, et doivent pouvoir avoir des perspectives de futur.

Plus que jamais, continuons d’envoyer des messages à notre gouvernement.

D’ici à cet été 2018, faisons reculer notre gouvernement.

Plus que jamais, il faut DÉSARMER POUR PLUS DE SÉCURITÉ !

Gisèle Vandercammen (Mouvement Chrétien pour la Paix)

Notes :
avec l’éclairage du site de la CNAPD www.cnapd.be/belgique-persistera-t-a-vouloir-combattre-crise-avions


retourner dans l'article


webdesign bien à vous / © pavés. tous droits réservés / contact : info@paves-reseau.be

Chrétiens en Route, Communautés de base, Démocratie dans l'Eglise, Evangile sans frontières, Hors-les-murs HLM, Mouvement Chrétien pour la Paix MCP, Pavés Hainaut Occidental, Sonalux