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En 2018, la théologie de la libération aura 50 ans

Dictionnaire historique de la théologie de la libération

Marie-Astrid Collet-Lombard
Publié dans Bulletin PAVÉS n°54 (3/2018)


 

C’est en 1968 qu’est apparue l’expression théologie de la libération (TdL), en lien avec la 2e conférence du Celam (Conseil épiscopal latino-américain) à Medellin. Publié en février 2017 et comptant 655 pages,  ce Dictionnaire historique de la TdL –  le premier sur ce thème, toutes langues confondues – est un magnifique outil qui offre 280 entrées pour découvrir et comprendre l’origine, le développe-ment, les acteurs et le devenir de cette théologie dont l’Église a tant besoin, aujourd’hui encore. Le Concile Vatican II et son appel à discerner les signes du temps furent un fameux encouragement, mais il aura fallu attendre le pape François pour défendre une Église pauvre pour les pauvres. Ses deux prédécesseurs ont mis beaucoup de temps avant d’entendre les attentes de ce mouvement pourtant fidèle aux Évangiles en nous annonçant la libération de chacun-e, en réaction aux trop nombreuses exclusions.

Destiné à un large public, ce dictionnaire comprend « 12 entrées qui concernent des thèmes phares, 25 des pays (surtout latino-américains, nord-américains, européens, mais aussi africains et asiatiques), 178 des personnes (théologiens et acteurs) et 65 des institutions et des revues. À la suite, est proposé un large panorama historique de la théologie de la libération, des origines à nos jours. »

Déjà en 1965, l’Église du Chili inscrivait les communautés de base dans ses « options pastorales ». Directeur de l’Institut pastoral créé au sein du Celam,  le théologien Segundo Galilea (1928-2010) « fournit un important travail pour diffuser les nouvelles orientations pastorales de l’Église latino-américaine, surtout pour élaborer une pastorale populaire ». Considéré comme un des ‘rameaux’ de la TdL, il visitera presque tous les pays du continent et se rendra également aux États-Unis, en Europe, Asie et Afrique. Il sera un des premiers à utiliser le terme de « libération » dans ses écrits.

Le choix des pauvres est le moteur de cette théologie : il ne s’agit pas de faire «  pour » les pauvres, mais « avec » eux, en s’appuyant sur les communautés ecclésiales de base, qui regroupent d’abord mais non exclusivement les chrétiens d’un quartier. Vivant le partage des responsabilités, ils élisent leur responsable, ce qui remet en question l’ordre vertical de l’institution. 

Du côté des acteurs, constatons que s’ils ou elles proviennent « de toutes ces zones culturelles, les personnes faisant l’objet d’un article (178) forment le groupe le plus important du Dictionnaire. Peu de femmes (une douzaine), mais elles sont parmi les plus jeunes, et leur nombre va croissant. Peu de laïcs (une vingtaine), car ce sont surtout des clercs qui ont donné l’impulsion et développé les grandes intuitions de la TdL. Une quinzaine de protestants, assez isolés mais qui, pour la plupart, via les pays anglo-saxons, ont su faire école ». Ne sont évidemment pas oubliés les Belges dont le cardinal J. Cardijn, fondateur de la Jeunesse ouvrière chrétienne, et les théologiens J. Comblin et G. De Schrijver, ce dernier ayant fondé le Centre de la Théologie de la libération à Leuven

Cette théologie est l’une des rares qui a toujours voulu agir sur l’histoire des peuples,  d’où son intérêt également pour l’émancipation des femmes, des indigènes ou des Noirs et aussi la question de l’écologie…

Rappelons que cette aspiration à « libérer les pauvres » en paroles et en actes a eu des répercussions sur tous les pans de la société, y compris ceux fort éloignés du christianisme. Il est intéressant aussi de noter que ce Dictionnaire permet de saisir la diversité, la richesse, et parfois les tensions au sein d’un courant dont on devrait plutôt parler au pluriel comme celui « des théologies de la libération ».

Cinq ans de travail pour une pareille somme ! Ce beau challenge en valait la peine. Merci aux 180 auteurs et aux nombreux collaborateurs de ce bel ouvrage et bravo aux trois directeurs !

Développant sa collaboration au Dictionnaire, L. Martínez-Saavedra[1] précise la réception de cette théologie en Europe francophone. Pour la Belgique, il souligne la place de l’Université de Louvain où Fr. Houtart, notamment, est devenu une référence, et celle de l’Institut Lumen Vitae où sont venus étudier plusieurs théologiens et acteurs de la pastorale libéra-trice. Le Cefoc n’est pas oublié, qui se base sur le voir-juger-agir, héritage de Cardijn oblige ! Et de citer aussi les communautés de base qui résistent comme autant de petits laboratoires pour un autre modèle d’Église.

Leonardo Boff, sur base des recherches du franco-brésilien M. Löwy, souligne l’importance de l’héritage judéo-chrétien en insistant sur le fait que  « la préoccupation pour les pauvres est une tradition ancienne de l’Église qui remonte aux sources évangéliques du christianisme ». Au nom de la foi biblique, il nous invite à un christianisme de libération.[2]

Ces 50 ans seront l’occasion de célébrations diverses, à Medellin en août, à Aparecida en novembre : des témoins vous les raconteront en leur temps.


Marie-Astrid Collet-Lombard (Hors-les-murs)

Notes :

[1]  L. Martínez-Saavedra,  La réception de la théologie de la libération en Europe francophone in Voices, 2017, 2 : volume consacré à  Liberation Theology in Europe. À télécharger sur http://eatwot.net/VOICES/VOICES-2017-2.pdf

[2]  Leonardo Boff : https://leonardoboff.wordpress.com/




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