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La lettre de H.L.M. (mars 2018)

Pierre Collet
Publié dans HLM n°151 (3/2018)

Le récent voyage du pape François au Chili et au Pérou a remis sur la table le sujet pénible  de la pédophilie de certains prêtres (15 % dans certains diocèses, prétend le dernier rapport pour l’Australie…) : ce n’est évidemment pas pour le plaisir que nous revenons là-dessus, mais il y a peut-être des leçons à tirer de l’événement.

À force de s’en tenir à des généralités, même tout à fait pertinentes, et en refusant la moindre critique concernant l’évêque d’Osorno, la crédibilité du pape François en a pris un coup, d’autant plus que son ami le cardinal O’Malley de Boston ne lui apportait aucun soutien en la circonstance…  Les médias se sont déchaînés et nos propres réseaux ont embrayé : le Mouvement International Nous Sommes Église et le Réseau Européen Églises et Libertés ont exprimé leur soutien à la protestation.[1]  L’opinion publique commencerait-elle à jouer son rôle aussi dans l’Église catholique ? Dès la fin janvier en tout cas, le pape envoyait un émissaire au Chili pour réévaluer les positions… Quant au fond de la question, nous ne pensons pas devoir revenir sur l’analyse que nous avions publiée en 2010.[2]

En Belgique puis en Suisse, les évêques et les pouvoirs publics ont su réagir et mettre en place les structures adéquates face à cette réalité tout à fait scandaleuse, mais c’est loin d’être le cas chez d’autres voisins comme la France. Face au manque de volonté des épiscopats nationaux, le Vatican de Jean-Paul II et Benoît XVI s’était dès lors attribué une gestion centralisée des cas de pédophilie, puis François avait créé une Commission vaticane pour la protection des mineurs qui vient de finir son mandat de trois ans.[3] On savait que cette Commission avait du mal à fonctionner, et que deux de ses membres les plus connus, les laïcs Peter Saunders et Marie Collins, avaient démissionné à cause des blocages, des lenteurs et des résistances rencontrées, et parce que les quelques propositions acceptées par le pape n’étaient d’ailleurs pas mises en application… On refusait par exemple de « concrétiser le projet d’un tribunal interne à la Congrégation de la Doctrine de la Foi pour juger les manquements des évêques dans la gestion des abus ». Une nouvelle Commission verra le jour en avril avec 8 membres anciens et 9 nouveaux. On sait aujourd’hui qu’un membre non retenu, la psychothérapeute française Catherine Bonnet, avait voulu démissionner en juin dernier parce qu’on refusait, entre autres, « d'inviter les victimes ou les groupes de soutien aux victimes pour donner leur avis avant ou pendant la réunion plénière de la Commission ». Il est plus efficace évidemment d’inviter les gens à partir – quand on ne les exclut pas tout bonnement – que de tenir compte de leur expertise au risque de se mettre en question… 

Une nouvelle perspective de décentralisation semble se dessiner après le dernier Conseil des cardinaux (C9), car il existe aujourd’hui 1800 cas d’abus sur mineurs en attente et que la Congrégation pour la doctrine de la foi se trouve dès lors « surchargée de travail »… Sans compter que les affaires sont complexes à traiter, selon la législation de chaque pays !

Nul besoin sans doute de s’étendre. Ce que tout cela nous démontre, c’est que le type de gouvernement de l’Église ne fonctionne pas bien, notamment dès que des autorités sont en cause. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de contre-pouvoir dans l’Église, parce que les clercs sont toujours entre eux e toujours convaincus d’avoir raison, parce que la survie des institutions compte infiniment plus que le sacrifice des personnes… Il est radicalement impossible et malsain d’être juge et partie, et la séparation des pouvoirs est quand même la meilleure formule pour faire fonctionner une société. Cette affaire, comme d’autres d’ailleurs, devrait être une bonne occasion de s’interroger sur le système monarchique et sur ses alternatives. Quand donc comprendra-t-on que l’Église ne doit pas fonctionner comme une entreprise  mais comme une société civile, comme un État. Sûr que l’Esprit s’y retrouverait mieux...  Et bon courage à François pour fêter ses 5 années de pontificat !

Une dernière nouvelle plus souriante avec la sortie du film Created Equal. C’est l’histoire d’une jeune femme, Alejandra Batista, qui intente un procès à l’Église pour discrimination… pour pouvoir entrer au séminaire et répondre à sa vocation de devenir prêtre. Une bonne occasion d’approfondir quelques questions théologiques et juridiques, mais aussi sociales et éthiques. Le film a déjà remporté 7 prix aux USA. Et il paraît que le DVD est disponible. On en reparlera peut-être…


Pierre Collet (Hors-les-murs)

Notes :

[1]  www.en-re.eu/images/pdf/Declaration_commune.pdf

[2]  www.pretresmaries.eu/pdf/fr/339-Pedophilie.2.fr.pdf

[3]  Voir par exemple les articles de l’agence www.adista.it 




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