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La simplicité volontaire

Notes prises à la journée de rencontre des CCB, 15 avril 2018

Gisèle Vandercammen
Publié dans CEM n°119 (6/2018)

Quelques notes prises lors de notre journée de Rencontre-Ressourcement

Nous avions choisi le thème en préparation à la rencontre européenne à Rimini : Des chrétiens engagés pour un monde plus juste, dans une Eglise pauvre.

La simplicité volontaire

 

Nous étions une bonne quarantaine de participants des CCB de Bruxelles, Charleroi, Ciney, Liège, Nivelles, Quaregnon, pratiquement toutes les communautés qui avaient répondu à la question en préparation à la rencontre : « Quel geste de simplicité (quelque chose que je fais ou que je renonce à faire) me semble contribuer à un monde plus juste ? » voici un petit échantillon de réponses courtes et parlantes :

- J’achète dans les magasins de seconde main.

- Je partage ma voiture, soit en conduisant, soit en prêtant les clés…
- Quand je croise un mendiant, je donne… et surtout je m’arrête et lui parle.
- Dans le bus, je choisis de m’asseoir à côté d’une personne étrangère.
- Chaque semaine, je rends visite à des personnes âgées, seules chez elles ou en home.

D’autres réponses encore : cultiver, réparer, trier, acheter local, utiliser les produits bio, fabriquer les produits de nettoyage, fabriquer son pain, récupérer l’eau de lavage, tendre vers le zéro déchet, se désencombrer de tout ce qu’on n’utilise pas, s’impliquer dans des coopératives, prendre les transports en commun le plus souvent possible, marcher, rouler à vélo…

Puis il y a les communautés qui ont pris un peu plus de temps, qui disent le sens de chacune de leur action, les difficultés d’aller tout le temps à contre-courant, les questions qui disent une longue militance. Pas simple ! Cela vaudra la peine d’y revenir.

« Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre »  (Gandhi)  Nous sommes invités à une première étape : nous désencombrer.

Dans notre société consumériste nous stockons une foule d’objets : de la garde-robe à la cuisine (tant d’appareils si peu utilisés) en passant par la bibliothèque et le coin bureau où s’entasse le matériel de télécommunications (T.V, smartphone, ordinateur, tout à tenir à jour)

Se désencombrer matériellement devient outil de changement aussi bien intérieur qu’extérieur, libère du temps pour l’offrir aux relations vraies, tant familiales que de voisinage, pour le consacrer au développement personnel, existentiel, durable, écologique. C’est une source de joie qui devrait être communicable mais qui est mise en sourdine parce que nous ne pouvons fermer les yeux sur ce qui se passe dans le monde et que nous voulons changer.

Que voulons-nous transformer ?

Notre société tout à l’économique, obnubilée par la croissance, l’accumulation illimitée du capital, y soumet les choix sociaux, culturels. En 2018, la politique entièrement dévouée à faciliter le commerce international fait de nous des citoyens consommateurs, isolés, oublieux de la transmission, désemparés face à notre finitude, la maladie, la confusion entre désir et besoin.

Conscients de notre appartenance à la planète et notre interdépendance du vivant, comment allons-nous nous engager ?

« Un humain est riche de tout ce dont il peut se passer » H.D. Thoreau

« L’avoir est tout ce que l’être n’a pu encore assimiler » R. Pannikkar

Prendre le temps d’être connectés à nous-mêmes, à nos vrais besoins, ralentir, et accepter que chacun vive à son rythme, sans jugement, s’aider mutuellement en partageant nos découvertes.

La simplicité rayonne dans nos relations, dans la culture, exemple : le plaisir du sport sans compétition, sans calcul il y a émulation entre génération.

Tendre vers le zéro déchet, acheter au plus près du producteur avec le moins d’intermédiaire possible. Bien conscient que cela n’a rien d’automatique, ne pas s’impatienter, l’humain avance par essai-erreur !

Certes, sensibiliser par les manifestations mais aussi s’éduquer en groupes d’achat bio, groupe de pression, valoriser notre rôle et pouvoir citoyen.

Mettre l’entraide au centre de nos vies.

Valoriser notre relation à la nature, s’engager pour l’écologie.

« L’énergie la plus verte est celle que l’on ne consomme pas. »

Emeline de Bouver a proposé l’image de l’arbre, les différentes strates en font l’harmonie, à chacun de se questionner à tous les niveaux, régulièrement au sujet de nos pratiques de simplicité :

·      Économique : vers la décroissance, nous n’avons qu’une terre limitée

·      Politique : valoriser notre pouvoir de citoyen

·      Social : attention au plus proche, famille, voisin, entraide, convivialité

·      Culturel : quel est l’héritage important, le magot à la banque ou les paroles échangées entre génération ?

·      Existentiel : distinguer et questionner nos envies, nos désirs, nos besoins… (Il existe un PowerPoint de cette présentation)

 

Emeline de Bouver nous propose des questions pour partir en carrefours :

Un premier petit tour de table de présentation donne l’occasion de commenter l’objet symbole exposé.

De la communauté du Kinket, un bocal de semences de roses trémières, symbole de la communauté, chacun pourra repartir avec sa petite poignée, il existe même un petit feuillet explicatif.

La communauté a aussi apporté des galettes « maison », les ingrédients provenant du terroir, économie d’énergie mais générosité dans le partage

De la communauté de l’Escaut qui se réunit autour de l’Eucharistie aussi simplement que possible, un petit pain rond en est le signe.

Des légumes de saison et le livret du Crédal joignent l’écologie, l’économique et le social.

Un vêtement récupéré (les vêtements en bon état qui sont oubliés par des clients d’un hôtel sont récupérés, nettoyés, repassés et donnés à une association (Oxfam, Télé-Service…)

De Quaregnon, le prospectus de la « Maison ouvrière », le lieu où plusieurs donnent leur temps, soit pour l’école des devoirs, soit par leur présence auprès d’un groupe d’aveugles qui viennent cuisiner.

Le dépliant de l’habitat groupé « le jardin du Béguinage », bientôt 20 ans d’existence, toujours à approfondir, avec les limites de l’âge.

Carottes multicolores, affiche et programme du « Forum des simplicité », tous ces signes se retrouveront lors de la célébration.

Comment vous sentez vous par rapport à l’idée de simplicité ? familier / étranger ; à l’aise / plutôt inconfortable ; enthousiaste / plutôt sceptique ;  joyeux / triste ; frustré / comblé ;  freiné / sur les rails…  Pourquoi ?

Voilà bien une question qui nous met à nu :

- Plusieurs participants vivent la simplicité à l’aise, en héritage familial, selon de petits moyens, sans gaspillage, sereinement, donc sans grande conversion. Ajoutons-y ceux qui doivent bien calculer, vu la petite pension… et sont pourtant solidaires avec de plus démunis.

- C’est un privilège de pouvoir choisir de vivre simplement en accord avec soi-même.

- Avec confiance dans la jeune génération plus consciente de simplicité.

- En recherche, pour élargir le champ : en mobilité, santé, temps…

- Mais il y a peur de perdre des amis, des proches, peur de l’avenir, de l’inconfort, du manque, la difficulté d’aller à contre sens, freiné par le mari, les enfants.

- Préoccupés quand on a besoin de soins onéreux qui pèsent sur la société via le remboursement de la mutuelle. »

A côté de ces expressions « individuelles » il y a celles des personnes qui vivent en lien avec des mouvements et combinent l’individuel et le collectif. Elles se sentent soutenues, entrainées, partagent aussi les réflexions, l’attention, l’action sociale, politique.

Qu’est-ce qui relie selon vous la démarche d’une vie simple à la question de la justice sociale, de la solidarité ?
Qu’est-ce qui éventuellement l’en éloigne ?
A quoi devons-nous être vigilants quand nous tentons de vivre simplement pour ne pas s’éloigner d’une démarche de justice ? Ou est-ce impossible ?
Est-ce que la citation attribuée à Gandhi traduit une réalité : « vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre » ?

- L’effort pour une vie simple ne peut pas remplacer le combat pour plus de justice sociale (même si cela aide à s’engager). Il faut que ma simplicité ait des conséquences positives pour d’autres, donc nécessité de faire avec d’autres.

- Etre « simple » c’est aussi se rendre « abordable », « vulnérable ». Ainsi je peux mieux rencontrer l’autre.

- Interroger constamment le lien entre simplicité et justice sociale, action collective politique

- Si je peux me désencombrer, je peux plus facilement être solidaire.

- Oui pour la vie simple, mais éviter une forme de repli autarcique

Qu’est-ce qui est difficile pour vous dans l’idée de vivre simplement ? Qu’est-ce qui vous fait peur ?
Qu’est-ce qui constitue un frein à aller plus avant dans la démarche ? Qu’est-ce qui vous aiderait à y plonger plus radicalement ?

- Dans l’ambiance consumériste nous sommes souvent coincés dans les achats, un remède, faire la liste des courses et s’y tenir. Pour l’achat des cadeaux c’est particulièrement difficile.

- On est manipulé pour que d’autres puissent s’enrichir.

- Impuissance du politique, ce sont « Apple », « Google », « Amazon » qui dirigent le monde. Seule résistance possible, celle des citoyens.

- Nous sommes très souvent bloqués par les problèmes techniques (ordinateur, smartphone etc.), appareils à charger, sans cesse en évolution… écolage parce qu’à la moindre mise à jour on panique !

- Ce qui fait peur, ce sont les raisonnements matérialistes à outrances, et ce sont ceux-là qu’on entend.

- Quand un jeune choisit son métier, j’entends les parents lui dire : « qu’est - ce que cela va te rapporter ? »

- Quand j’étais jeune, ma voiture c’était ma liberté, maintenant je pense l’abandonner mais en réalité je l’utilise surtout pour rendre service, ce n’est donc pas une si bonne idée.

- Quand je participe à l’action citoyenne au Parc Maximilien, (actuellement à la maison Ulysse), comment mettre les limites pour garder un peu d’équilibre ?

- Déjà je peux partir d’une petite action individuelle : veiller au compost de quartier, cela rayonne dans le voisinage, et deux fois l’an nous nous retrouvons pour tamiser, distribuer le compost, grands moments de partage, de convivialité et d’échange d’idées. 

- Nous énumérons aussi les différents réseaux de solidarité : potagers collectifs, habitats groupés, donnerie, seconde main, ateliers créatifs, Réseaux de consommateurs responsables…

Après la mise en commun, l’animatrice nous propose de réfléchir d’abord seul, ensuite en binôme aux propositions suivantes :

- Si tout le monde ne va pas dans le même sens, j’arrive à me sentir joyeux quand…

- Pour m’aider à accepter mes limites, j’aimerais …

- Si je veux avancer davantage vers la vie simple, mon prochain pas devra être…

Pas besoin de dire qu’il n’y eut pas de mise en commun, lecteur, lectrice, vous voilà face à ces interrogations.  Après une brève interruption (pour la tasse de café… et surtout pour aménager le local) nous terminons par la célébration eucharistique.  

Vous pouvez trouver le PowerPoint et le texte de la célébration sur le site des CCB : https://sites.google.com/site/ccbwabru/ 


Gisèle Vandercammen (Mouvement Chrétien pour la Paix)

Notes :
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Editorial
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