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La lettre de H.L.M. (juin 2018)

Pierre Collet
Publié dans HLM n°152 (6/2018)

C’est une fois de plus de l’étranger que nous vient l’interpellation qui fera la matière principale de cette lettre. Du Brésil plus particulièrement, où devra se tenir en octobre 2019 un « synode sur l’Amazonie » qui abordera enfin, à ce plus haut niveau, la question des ministères. Mais les paradoxes ne manquent pas, une fois de plus, comme on va le voir ci-dessous…

À l’occasion d’une visite au site web de nos amis prêtres mariés brésiliens[1], j’ai pu prendre connaissance d’un texte très éclairant de notre ami Eduardo Hoornaert commentant la lettre aux Hébreux : être prêtre ‘à la manière de Melkisédek’  n’a rien à voir avec la prêtrise au sens où l’entendaient les Juifs de l’époque de Jésus, ‘selon l’ordre d’Aaron’, et cette formule nous entraine à mettre radicalement en question le sens même d’une ‘ordination’, et dès lors d’un éventuel ‘caractère transmissible’. La controverse s’est immédiatement installée sur le site en question : il semble bien qu’une identité affirmée de ‘padre casado, prêtre marié’ ne puisse pas être contestée dans le MFPC au Brésil (Mouvement des Familles de Prêtres Mariés), et on me dit que ceux qui ne s’identifient pas comme tels ne participent plus aux rencontres de ce groupe. Quand donc en relisant les origines du christianisme, Hoornaert se permet de dire que ce n’est pas l’ordination qui fait le prêtre, mais que c’est la droiture de sa vie concrète, il ne pouvait que susciter la réprobation de tant de collègues convaincus du contraire et qui attendent avec une certaine impatience de pouvoir reprendre du service… João Tavares, le modérateur du site, appuie d’ailleurs sa conviction sur les autres groupes de prêtres mariés dans le monde : « C’est ce que j’ai vu à la Rencontre internationale de la Confédération des Prêtres Mariés à Madrid en 2015, à la réunion des délégués européens à Bruxelles en 2014 et récemment à la Fédération latino-américaine à Quito : la grande majorité d’entre nous continue de croire à la participation de notre sacerdoce au sacerdoce éternel de Jésus-Christ. » Non João, cette affirmation est un peu forcée : je pense au contraire qu’on est loin d’une unanimité là-dessus…

Eduardo Hoornaert répond : « On s’est habitué à travailler cette question d’une manière idéologique. Pour moi, il s’agit de percevoir la réalité historique, ce qui n’est pas facile à cause de cette ‘histoire de longue duration’ (comme disait Fernand Braudel), que nous appelons ‘Église Catholique’. Reconnaître que l’histoire est une science, voilà de quoi il s’agit. Ainsi que reconnaître que la linguistique est une science : la Bible de Bayard traduit le fameux terme grec ‘aparabatos’ de Heb 7,24 par ‘intransmissible’). Ce serait un plus si les participants des mouvements de prêtres mariés pouvaient étudier la Lettre aux Hébreux d’une manière sereine et sérieuse, dans une perspective laïque (qui est la perspective de Jésus de Nazareth). Ainsi, le mouvement pourrait contribuer à une discussion fondamentale en vue d’une vision réellement laïque de l’Église. Sans oublier l’évolution à partir du 4e siècle, quand on pose un ‘rideau’ ecclésiastique entre prêtres et laïcs, comme au théâtre entre la scène et la salle. » Encouragés par cette suggestion, nous vous proposons donc la traduction du travail de Hoornaert à la suite de cet article…

Et puis cette dernière semaine nous retrouvons dans Golias Hebdo un article de Paul Tihon qui apporte de l’eau à ce moulin de l’anticléricalisme.[2] Fidèle à ses positions déjà souvent exprimées, il rappelle à quel point il est urgent de compléter l’intuition de Vatican II qui avait tenté de remettre en valeur la notion de ‘Peuple de Dieu’ sans parvenir à la rendre opérante dans les faits. Une question de fidélité à la Bonne Nouvelle de Jésus. « Je propose de partir d’une évidence première : que le mot laïc est un terme foncièrement clérical.[3] Il sert à délimiter nettement la frontière entre l’immense majorité des baptisés et la petite minorité d’entre eux qui occupent dans notre Église catholique des positions de pouvoir. »

Continuons à le citer, tant ses propos sont éclairants :

– G.H. : Vous évoquez souvent la réalité des communautés de base comme source de renouveau de l’Église. Vous en faites partie vous-même […]

– P.T. : […] Le retour à l’essentiel est toujours difficile à atteindre et à traduire dans les faits. Car il s’agit bien d’une transformation de nos réflexes courants lorsque nous utilisons le mot ‘Église’. De ce point de vue, le fonctionnement des ‘communautés de base’ a quelque chose d’exemplaire. C’est toute l’assemblée des croyants qui prend les grandes décisions, même si elle confie certaines fonctions différenciées à tel ou tel membre de la communauté. […] Va dans ce sens la pratique qui consiste à confier les divers services non à une seule personne, qui risque d’en devenir le ou la spécialiste, mais à des équipes. De même la pratique selon laquelle les services sont confiés pour des périodes limitées, ce qui oblige l’assemblée à reprendre conscience périodiquement du fait que c’est elle-même qui en est responsable.

– G.H. : Une église composée rien que de laïcs donc ?

– P.T. : Je propose plutôt de disqualifier les termes de laïc, laïcat et de les bannir autant que possible de notre vocabulaire. Par contre, tout le langage de la coresponsabilité et de la participation mérite d’être utilisé. Mieux : tout ce qui va dans le sens de la cogestion mérite d’être mis en œuvre. Et commençons par la base, au risque de quelques tâtonnements, de quelques échecs. Dans la foulée, je propose de mettre au frigo le mot sacerdoce, emprunté au vocabulaire du sacré. Mais ceci est une autre histoire… »


[1]  www.padrescasados.org/archives/67219/67219/

[2]  Golias Hebdo n° 530 du 31 mai 2018, pages 14-16.

[3]  Nous avions aussi traduit et publié en 2010 la remarquable prise de position de José Arregi, Ni clerc ni laïc :. www.pretresmaries.eu/pdf/fr/385-Arregi.fr.pdf

Pierre Collet (Hors-les-murs)


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