Publications

Rechercher les articles
par mot du titre ou mot-clé :

présentés par :

année et n° (si revue):

auteur :

Les communautés de base ont-elles un avenir ?

Marleen Wijdeveld
Isaac Wüst
Publié dans CEM n°120 (9/2018)

Nous avions rendu compte de la réunion en mai 2017 des délégués des communautés de base de nos pays d’Europe occidentale[1] : c’est là qu’avait été décidée la grande rencontre qui se tiendra à Rimini du 21 au 23 septembre prochain. Lors de la réunion de préparation suivante, en mai 2018, nous avons eu le plaisir de compter parmi nous deux délégués des Pays-Bas, un pays qui ne participait plus à nos rencontres depuis plus de 20 ans ! Comme on le verra dans la lettre qu’ils viennent de nous envoyer, leur apport pourrait bien devenir décisif… (P.C.)

Chères amies, chers amis,

Le 4 mai 2018, je vous ai rencontrés à Rimini. Massimiliano Tosato m'avait invité et Marienburg a rendu notre voyage possible.

Ce soir-là, je vous ai parlé de la communauté Dominicus à Amsterdam. Non pas parce que c'est notre communauté, mais parce qu'elle a connu un développement grâce auquel elle inspire encore des centaines de personnes chaque dimanche. Mon rapport a duré trop longtemps de sorte que je prenais la parole aux autres. Mes excuses pour cela. Il était temps de manger et de terminer la journée. Le samedi et le dimanche matin nous avons été occupés par la préparation de la rencontre européenne qui se tiendra également à Rimini, du 21 au 23 septembre prochain.

Nous avons beaucoup appris sur ce que signifient vos communautés pour leurs membres et sur la façon dont vous planifiez ensemble et prenez des décisions.

Lors du déjeuner d'adieu le dimanche, j'ai décidé de vous envoyer cette lettre pour vous dire ce que nous avions dans nos cœurs et pourquoi nous avions fait le voyage à Rimini. Nous espérons que maintenant, trois mois plus tard, vous aurez quelques minutes pour réfléchir à nos pensées.

Les communautés de base en 2018

Nous voyons globalement deux groupes de communautés de base. Le premier est le groupe qui a vu le jour peu après le concile Vatican II, à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Beaucoup d’entre elles n'existent plus. Surtout les plus petites communautés dont beaucoup de membres sont décédés ou qui ont dû abandonner. Mais il y en a aussi où l'inspiration a disparu : les attentes en termes de croissance ou pour devenir un exemple pour les paroisses afin d’accroitre leur renouvellement et leur indépendance, n'ont pas été réalisées. Les structures de l'église se sont avérées trop rigides et les espoirs de renouveau se sont heurtés à de plus en plus d’opposition auprès des dirigeants de l'église. Les gens ont quitté l'église par frustration et à cause de la montée de la sécularisation. Ce processus a eu lieu dans tous les pays d'Europe (et au-delà aussi !) mais pas au même rythme ni à la même échelle. Maintenant, ces communautés de base des années septante sont devenues moins nombreuses et plus petites et le processus se poursuit.  Ce n’est pas seulement le fait de ces communautés, c’est celui des églises dans leur ensemble. Pour beaucoup de personnes modernes, entièrement sécularisées, les croyants sont un peuple en extinction qui continue à se raconter des contes de fées. Aux Pays-Bas, l'un des pays les plus sécularisés en Europe, les églises chrétiennes ne comptent plus guère dans la vie et dans les débats publics.

L'autre groupe de communautés de base est d'origine plus récente. Aux Pays-Bas en particulier grâce aux prêtres âgés qui ont su garder le feu de Vatican II et qui ont formé des groupes de paroissiens à penser de manière plus indépendante et à assumer la coresponsabilité. En raison du fondamentalisme radical avec lequel la nouvelle génération d’évêques des Pays-Bas a durci la politique, un contre-mouvement a surgi pour se libérer de la coercition cléricale après la disparition de ces prêtres plus âgés, et pour chercher des chemins nouveaux pour être communauté de foi. Des processus similaires ont eu lieu dans d'autres pays comme l'Espagne. Vous savez vous-mêmes comment ce processus s’est déroulé de manière très différente dans chacun de vos pays. Il y a des évêques et des prêtres éclairés qui ont cherché le renouvellement au sein des structures existantes de l'église, mais ce sont des expériences très locales.

Cependant, nous voyons une autre tendance importante à mentionner. Dans le processus de sécularisation des personnes de plus en plus nombreuses ont tourné le dos à l'église, mais dans la vie personnelle de beaucoup de gens s’est manifesté aussi un mouvement inverse. Cela concerne principalement les personnes de 40 ou 50 ans environ. Elles ont fait carrière, sont installées et les enfants ont quitté la maison. Leur prospérité a augmenté également, mais elles ont découvert en même temps un vide en termes de sens de l'existence. Ce que la religion donnait auparavant, elles l’ont perdu ou ne l’ont même jamais reçu dans leur éducation. Mais ce vide soulève beaucoup de questions sur à quoi bon vivre encore ? Dans la plupart des églises chrétiennes aujourd’hui, elles  ne trouvent pas de réponse à leurs questions de vie. Certains se tournent vers les religions orientales, le yoga ou la mindfulness, la ‘pleine conscience’.

Quelque chose d'autre peut être remarqué à propos des anciennes communautés de base des années septante. Elles ont surgi, non seulement dans la foulée du concile Vatican II, mais aussi dans les années de la révolution sexuelle et de la théologie politique. La première leur a donné un sentiment de libération. La seconde leur a donné la motivation pour la transformation du monde. Ils se sont séparés des églises établies qui s'étaient enfermées dans la sacristie. Beaucoup de ces communautés de base sont devenues actives dans le renouvellement de la société. Chez certaines, on peut regretter que le renouvellement de la société ait été plus important que la croissance spirituelle des enfants d'un seul père sur le chemin de Jésus de Nazareth. Mais il y a une relation entre la religion et la politique mais ce n’est pas une identification. La pastorale, comme aussi la pastorale mutuelle, a rarement été développée dans ces groupes.

Points de départ pour un mouvement de base renouvelé

Bien qu'il existe des pays dans le monde où l'Église catholique présente  encore fortement le visage d’un christianisme traditionnel d’avant le concile, on peut dire qu'en Europe le processus de sécularisation a mis fin à la position dominante de l'église et, çà et là, elle est même devenue une quantité négligeable dans le débat public.

Nous pensons que ça signifie que les communautés de foi qui ont su se libérer du carcan ecclésiastique, doivent retourner en apprentissage chez les premiers chrétiens : comment ils sont passés de petites cellules aux communautés de foi plus larges. Jusqu'à la conversion de Constantin, lorsque le christianisme est devenu la religion d'État, les chrétiens vivaient dans l'Empire romain en petits groupes, témoignant de leur foi dans un monde hostile de polythéisme et ils ont recherché de nouvelles structures appropriées pour leur communauté en pleine croissance. Il ne s’agit bien sûr pas de copier, mais d’apprendre de ce temps et des temps qui ont suivi, quand beaucoup de choses ont mal tourné, mais pas toutes.

1.    L’évangile est le point de départ d’être église, d’être une communauté de foi. Tertullien a écrit autour de l'année 200 que les païens et les opposants aux chrétiens disaient : voyez comme ils s'aiment. L’amour mutuel qui émane de l’amour de Dieu doit donc devenir l’élément central de toute communauté de foi. Aujourd’hui comme toujours, ce ne sera bien sûr pas facile, mais ce n’est pas moins urgent non plus.

2.    Suivant l'exemple de Jésus de Nazareth, la pratique de la foi a la primauté sur la doctrine. Cela révèle déjà un point important sur la façon dont cela a tourné mal aux premiers siècles du christianisme. Surtout parmi les théologiens, sans exclure les pères d'église, se trouvaient souvent ceux qui oubliaient l'amour en se combattant mutuellement sur la doctrine. En mettant la pratique de la foi en premier et en pratiquant la tolérance à différentes opinions, le lien d'amour entre les communautés de foi peut grandir.

3.    Le dialogue entre croyants sur les thèmes de la foi est important, y compris avec ceux des autres communautés de foi, et l'expérience de la foi est essentielle pour une communauté. Pas pour savoir mieux ou pour faire mieux que les autres, mais pour apprendre les uns des autres pour que chaque communauté s'améliore. Un proverbe rabbinique compare la maison d’études avec une rivière où les pierres se frottent et se polissent.

4.    Les communautés de foi ne peuvent pas devenir des îles isolées. C'est pourquoi il est important que les communautés de foi maintiennent des contacts fréquents avec les communautés voisines, même s'il existe de grandes différences entre elles. Elles forment en réalité une communauté de communautés. C'est ainsi que les diocèses se sont développés autrefois. Grâce à un échange régulier d’expériences, la prise de conscience d’être communauté de foi peut augmenter. Et on peut empêcher qu’elles s’écartent au point qu’il n’y a plus guère de parenté à voir. L'indépendance et la solidarité sont les deux faces d'une même pièce.

5.    Les communautés d'un même pays partagent de nombreuses valeurs culturelles. Les réunions nationales peuvent également promouvoir la solidarité mutuelle, même si la taille du pays déterminera dans quelle mesure cela est possible. De plus, les communautés d’un même pays sont liées par les mêmes lois et coutumes, ce qui facilite la compréhension.

6.    Dans la plupart des pays (ou régions), il existe une distinction claire entre les communautés de base indépendantes et les paroisses faisant partie d’un diocèse et dirigées par un évêque. Les communautés de base sont exclues des actions et des événements communs aux paroisses. Elles ne partagent pas non plus les avantages de ces paroisses. Néanmoins, il serait important que les communautés de base considèrent ces paroisses comme des communautés sœurs. Car en réalité, théologiquement parlant, il n'y a qu'une seule église, à savoir cette assemblée mondiale de disciples de Jésus de Nazareth. Les séparations entre églises sont des situations qui résultent de notre péché. C’est avec cette prise de conscience que tous les chrétiens devraient se voir et se reconnaître les uns avec les autres.

7.    Coopération avec les paroisses. Dans la mesure du possible, les communautés de base devraient chercher le contact avec les paroisses voisines pour collaborer. Ce contact renforcera la prise de conscience du point précédent. Mais plus important encore, nous espérons que le jour viendra où la distinction entre les communautés de foi indépendantes et celles liées à un diocèse n'existera plus. Que tous pourront alors partager la liberté des enfants de Dieu. Anticiper cette situation future serait très bénéfique pour les communautés de base et pour les paroisses.

8.    Il y a des pays – nous connaissons personnellement la Belgique flamande – où la distinction entre les paroisses et les communautés indépendantes est faible dans la pratique. Les paroisses y ont développé de plus grandes libertés et leurs évêques ont permis cela sans les exclure. Pour ces pays, la coopération entre celles-ci et les autres paroisses ne soulèvera pas de problèmes ou du moins pas beaucoup. Elles peuvent contribuer à un rapprochement grâce au donner et recevoir dans leur coopération.

9.    Les communautés de base et leurs mouvements vivent souvent dans un cocon fermé. Cela s'exprime également par le fait qu'elles sont peu connues ou inconnues des autres. Dans l'introduction, nous avons parlé du contre-mouvement du processus de sécularisation. Les personnes qui ont grandi (en grande partie) en dehors de toute relation ecclésiale et qui ont développé une culture laïque sont parfois amenées à expérimenter à l’âge de 40 ou 50 ans qu'elles vivent un vide dans leur vie. L'aversion pour l'église est souvent une raison pour ne pas chercher à entrer en contact avec les paroisses. Mais les communautés de base ne seront pas cherchées non plus par ces gens parce qu'elles sont hors de leurs horizons. À l'ère du numérique, ces communautés devraient donc se faire connaître activement sur Internet. Un mouvement national de base pourrait développer un site Web avec une carte du pays en utilisant la technologie Google avec des points où se trouvent les communautés de foi indépendantes du pays, comme les clochers indiquent dans le paysage ou sont des paroisses. Quelques indices sur cette carte suffisent à aider les personnes qui cherchent une communauté pour y trouver de nouvelles sources spirituelles. Nous avons développé aux Pays-Bas un exemple d'un tel site Web.[2] Cela donne des possibilités sans précédent, si on tient bien le site à jour.

10.Être connu ne suffit pas. Les personnes qui cherchent, doivent également être bienvenues. Cela se manifeste principalement dans une communauté où les nouveaux arrivants peuvent se sentir rapidement chez eux. La manière de se comporter les uns avec les autres est très vite décodée par des non-initiés: ici je suis bienvenu. Il serait bon pour les communautés de base de se demander régulièrement si elles dégagent cette ouverture. Laissez-vous évaluer là-dessus par quelqu’un d’extérieur qui soit vraiment neutre. Une des choses qui contredit l'ouverture concerne tout éventuel changement. Dans une communauté fermée, on répondra rapidement aux questions critiques des nouveaux arrivants : nous avons toujours fait ainsi ! Si l’on n’est pas ouvert au changement, les nouveaux arrivants ne se sentiront pas facilement attirés par une telle communauté.

11.Ce sont souvent des choses minuscules mais très concrètes qui manifestent une ouverture. Si un nouveau venu se présente pour la première fois à une célébration d'une communauté, que voit-il ? Des gens qui parlent ensemble et n'ont pas un regard vers lui ? Ou quelques représentants de la communauté qui sont prêts à présenter un mot de bienvenue et un texte avec ce qui se passera dans la célébration ? Essayez et vous verrez que le climat dans la communauté rayonne de bienvenue.

Nous ne ferons pas de douzième article... Avec un peu de créativité, chacun peut penser à d'autres choses pour améliorer le mouvement de base dans son propre environnement. Nous vous souhaitons beaucoup de succès et espérons que vous pourrez prêter attention à nos commentaires au cours de la période à venir.

Marleen Wijdeveld et Isaac Wüst (Pays-Bas)


Marleen Wijdeveld
Isaac Wüst ( - Pays-Bas)

Notes :

[1]  Voir notre bulletin de juin 2017 https://www.paves-reseau.be/revue.php?id=1418
[1]  http://www.ondersteuningkleinegeloofsgemeenschappen.nl/zoeken-op-kaart/




retourner dans l'article


webdesign bien à vous / © pavés. tous droits réservés / contact : info@paves-reseau.be

Chrétiens en Route, Communautés de base, Démocratie dans l'Eglise, Evangile sans frontières, Hors-les-murs HLM, Mouvement Chrétien pour la Paix MCP, Pavés Hainaut Occidental, Sonalux