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Pour une défense européenne de paix ?

Nicolas BARDOS-FELTORONYI
Publié dans Bulletin PAVÉS n°56 (9/2018)

On sait que la défense engage la survie et dès lors la sécurité de la Nation ou en l’occurrence celle de l’UE, ses institutions, son territoire, ses intérêts vitaux, tout autant que ses valeurs et sa capacité à résister à l’adversité. La défense est bien entendu un enjeu trop vital pour être un domaine réservé aux militaires, experts et professionnels. Elle nous concerne tous. La manière variée de la réaliser aussi. La défense ne se réduit pas à sa seule dimension miliaire et même ne la présuppose point.

A titre d’exemple, il faut réaliser qu’une défense proprement européenne n’implique pas nécessairement une armée européenne ni la dissolution immédiate de l’OTAN. Une défense autonome de l’UE contribuerait sans doute à la cohésion sociale et une meilleure intégration de l’union. Une telle tendance à son tour renforcerait la défense elle-même. Par contre, le développement des moyens de défense militaire pourrait être interprété par les autres puissances comme un risque accru. Voyons quels sont alors les enjeux d’une défense européenne ?

Nos classes dominantes et dirigeants que disent-ils ?

Depuis deux ou trois ans, on entend des discours souvent fort vagues sur le développement d’un secteur militaro-industriel privé et européen, sur une armée européenne à créer ou sur les 2% du produit intérieur brut (PIB) à dépenser par les Etats européens, neutres ou non, en équipements militaires. Or, soudain, en décembre 2017, 25 sur 28 pays de l’UE dont quelques neutres ont pris acte de leur intention de s’engager dans une « coopération militaire renforcée ».

Ainsi, ces pays jetteront les bases d’une « coopération structurée permanente » (CSP) telle qu’elle est rendue possible par le Traité de Lisbonne et qui prévoit notamment les projets de développement de matériels militaires communs, d’une capacité opérationnelle, s’appuyant sur des moyens civils et militaires, et ce, susceptibles d’être déployés en dehors de l’Union. Certains États-membres se déclareraient par ailleurs prêts à augmenter leurs budgets militaires et à en faire bénéficier le secteur militaro-industriel privé : recherche, développement et production d’équipements. Enfin, le renforcement des forces militaires avec un effectif plus réduit est à l’ordre du jour.

Au premier abord, l’établissement de la structure en question frise le ridicule. En effet, le Traité de Lisbonne a envisagé une telle structure à partir d’un groupe restreint des pays membres. Or, les 25 pays qui y adhèrent représentent la quasi-totalité des pays membres. Seuls Malte de statut neutre, ni le Danemark quasi neutre en temps de paix ne sont parmi les signataires. Ainsi, c’est la vision allemande qui l’aurait emporté, au détriment de celle de la France qui aurait voulu privilégier un « noyau dur » de pays et une réelle capacité de déploiement et de participation à des opérations militaires dites « de haute intensité ».


Pour un débat et un contrôle démocratique

Une fois de plus, nous observons le manque de transparence, l’absence d’un quelconque débat et le contrôle démocratique même modeste de ces décisions. Mais passons. On en a déjà vu pire. Dans un domaine si nébuleux, devons-nous néanmoins laisser à nos élites privées et publiques à agir ? NON. D’autres questions de fond surgissent également : ces décisions ne permettraient-elles pas de freiner la privatisation partielle du secteur de la défense, la militarisation accrue de la société, une dépendance « renforcée » de Washington et/ou l’acceptation tacite d’envahir éventuellement des pays hors de la zone de l’Union ?

Nous sommes réduis à espérer que peut-être l’UE pourrait bien devenir courageuse et opter pour la paix, l’indépendance et la joie de ses peuples. De plus, à l’instar des trois pays neutres de l’UE y figurent, l’UE s’orienterait vers un statut plus ou moins neutre, armé ou non? Il reste donc que rien n’exclut la possibilité d’une toute nouvelle posture géopolitique pour l’UE, signifiant une certaine autonomie par rapport à des grandes puissances.

Avant de répondre néanmoins à ces questions, rappelons que la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) fait partie intégrante de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’UE. Avec la relance de la PSDC, les citoyens européens se trouvent évidement devant des choix dans une Union réputée démocratique. Ces choix devraient se réaliser dans un contexte difficile : la Chine s’érige en grande puissance, le coup d’Etat d’Erdoğan est suivi d’une répression à grande échelle en Turquie, les inégalités explosent depuis des dizaines d’années dans les Etats membres, le vote britannique implique le Brexit, l’élection présidentielle aux Etats-Unis nous donne un Trump (moins atlantiste et plus tourné vers le Pacifique) et on observe des dérives électorales vers la droite en Europe pour ne citer que les événements ou les faits plus saillants.

Quelles réponses aux questions posées?

Quelle que soit cette politique de sécurité et de défense, il faut selon moi que les objectifs en soient clairement définis et démocratiquement décidés et que les moyens à mettre en œuvre qui en découlent soient strictement défensifs et pas nécessairement armés. A première vue et compte tenu de la longueur des frontières de l’UE, une police européenne à créer ne devrait pas dépasser l’importance d’un demi-million de personnes (gardes-frontières comprises); toute intervention hors des frontières de l’UE serait à interdire, sauf demande de l’ONU; bien entendu, pas d’achat d’avion chasseurs-bombardier; les bases militaires étrangères non européenne sont à éliminer du territoire des pays membres de l’Union.

Privatiser partiellement la défense peut certes se faire aisément, notamment en faveur des sociétés de mercenaires privées. Il suffit de verser simple-ment les budgets votés aux comptes bancaires des actionnaires qui contrôlent des multinationales privées de défense. Elles se montrèrent déjà fort efficaces en Irak ou en Afghanistan… pour perpétuer les guerres d’invasion et leur prospérité. A cela, il faut certes s’opposer résolument. Régulariser l’immigration d’une façon humaine à la fois avec la police des frontières et à l’aide massive dans le cadre de la coopération de dévelop-pement. Dans ces buts, les moyens budgétaires seraient abondamment accrus grâce aux économies réalisées telles qu’expliquées ci-dessus.

Il existe des aspects pour tester la volonté réelle de l’UE pour organiser sa propre défense d’une manière démocratique: débattre et fixer la destination finale de ses dépenses augmentées en matière de Politique commune de sécurité et de défense (PCSD) ; les fameux 2% du PNB de chaque pays membre (sans les neutres) ne doivent être destinés à l’OTAN sous commandement américain mais à l’UE avec une politique de sécurité et de défense commune (PCSD) et autonome; lancer une industrie européenne pour innover, développer et fabriquer des équipements qui favorisent la paix et le développement ; développer les forces européennes avant tout civiles d’intervention rapide et hors de l’UE ; décider la „coopération structurée permanente” en tant que moyen de développer la collaboration et la coopération renforcées dans le domaine de la défense souveraine de l’UE dans une optique d’une certaine neutralité et dans une perspective paix.

9 juillet 2018


Nicolas BARDOS-FELTORONYI


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