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Jésus a fondé un mouvement dirigé par des femmes et des hommes

Christine Schenk
Publié dans Bulletin PAVÉS n°56 (9/2018)

Parfois, il est vraiment difficile d’être à la fois femme et catholique.

D’un côté, je ne pourrais pas être plus fière du leadership créatif de l’Université de Notre Dame et du Pape François dans le travail avec les dirigeants du secteur pétrolier pour faire face au changement climatique. Il est impressionnant que des douzaines d’institutions catholiques, y compris Caritas International, se soient débarrassées des combustibles fossiles.

D’un autre côté, je suis consternée par une autre déclaration du Vatican – cette fois du Cardinal-Désigné Luis Ladaria – Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi – sur la non-ordination des femmes au sacerdoce.

J’ai suivi les déclarations du Vatican sur les femmes prêtres depuis les années 1970. Elles sont invariablement anhistoriques et bibliquement naïves. C’est gênant. Pire encore, elles portent un faux témoignage sur le Jésus de l’histoire et sont finalement destructrices pour le corps du Christ, en particulier son côté féminin.

En tant que contribution à la conversation en cours sur les rôles des femmes dans notre Église, je présente ici quelques exemples tirés de la recherche traditionnelle sur Jésus et l’exercice féminin de l’autorité au début du christianisme.

Considérez cela à partir de la déclaration de Ladaria : « Le Christ a voulu conférer ce sacrement aux 12 apôtres – tous des hommes – qui, à leur tour, l’ont communiqué à d’autres hommes. L’Église s’est toujours considérée comme liée à cette décision du Seigneur, qui exclut que le sacerdoce ministériel puisse être conféré valablement aux femmes. »

Les érudits biblistes savent depuis longtemps que Jésus n’avait pas l’intention de fonder une nouvelle Église dirigée par 12 hommes, mais de réformer sa propre tradition judaïque. En tant que tels, les Douze étaient censés représenter les 12 nouvelles tribus d’Israël. Ils n’étaient pas appelés à offrir des sacrifices d’animaux au Temple de Jérusalem, selon la façon dont le sacerdoce était compris au temps de Jésus.

Que Jésus ait inclus des femmes dans son groupe galiléen itinérant de disciples est incontesté. Luc 8,1-3 nous dit que Marie de Magdala, Joanna, Susanna ‘et beaucoup d’autres femmes’ l’accompagnèrent en Galilée. Avec Marie et Élisabeth, les femmes étaient présentes et actives dans la vie et le ministère de Jésus, de l’utérus au tombeau vide. Avec Marie de Magdala, elles furent les premières à proclamer la bonne nouvelle de la résurrection de Jésus – la victoire sur les pouvoirs de la mort.

Dès le premier siècle, nous voyons un modèle répétitif de femmes exerçant l’autorité ecclésiale dans la croissance du christianisme primitif :

§  des femmes ont fondé et dirigé des communautés d’églises (Lydia, Prisca, Nympha, Marie de Jérusalem, Tabitha) ;

§  prophétisé (filles de Philippe, femmes corinthiennes) ;

§  enseigné aux hommes évangélistes (Prisca) ;

§  fonctionné comme apôtres (Junia, Marie de Magdala), bienfaitrices et envoyées (Phoebe) ;

§  probablement dirigé les communautés à Philippes comme épiscopes et diakonoi (Euodia et Syntyche). (Il convient de noter que les qualificatifs d’épiscopes et de diakonoi ne peuvent pas simplement être traduits comme ‘évêques’ et ‘diacres’ au sens où nous les entendons aujourd’hui, mais ces titres indiquent une fonction de leadership importante.)

Les lettres de Paul sont les premiers documents historiques dont nous disposons. Nous en apprenons plus sur le titre d’« apôtre ». En écrivant entre 40 et 60 av. J.-C., Paul utilise le mot « apôtre » pour décrire sa propre mission aux païens ainsi qu’à celle des autres missionnaires. Dans Romains 16 : 7, il appelle Andronicus et Junia (un couple de missionnaires mariés) « éminents parmi les apôtres ».

Vingt ans plus tard, après la chute de Jérusalem (80-85), l’évangile de Luc et les Actes des Apôtres reflètent une lutte croissante pour savoir qui peut exercer son autorité dans l’Église primitive. Luc nomme trois conditions pour remplacer l’apôtre Judas :

« Par conséquent, il est nécessaire de choisir l’un des hommes qui ont été avec nous tout le temps que le Seigneur Jésus vivait parmi nous, à partir du baptême de Jean jusqu’à l’époque où Jésus a été enlevé de nous, pour qu’il témoigne avec nous de sa résurrection » (Actes 1,21-22).

Les nouveaux critères de Luc stipulent que les apôtres doivent être des hommes, faire partie du groupe de disciples originel de Jésus, et être des témoins oculaires de la Résurrection. Ils garantissent que le titre individuel d’apôtre s’éteindra au moment où les témoins originaux mourront.

En outre, des leaders éminents tels que Paul, Marie de Magdala, Jacques de Jérusalem, Junia et Andronicus ne sont plus qualifiés d’« apôtres ». Ironiquement, les ecclésiastiques des troisième et quatrième siècles revendiqueront l’autorité des apôtres en imposant de nouvelles règles d’église qui excluent les femmes de la direction.

Malheureusement, la pratique continue jusqu’à nos jours.

Pourtant, les archéologues et les historiens de l’Église soulignent l’équilibre entre les sexes dans l’exercice de l’autorité dans les premières communautés. Par exemple, « l’ordination » en tant que « presbytre » (comme on appelait les prêtres à l’époque) n’a pris forme que longtemps après la mort et la résurrection de Jésus. Et il y a des preuves littéraires et d’inscription convaincantes qu’aux 4e et 5e siècles, les femmes détenaient des titres presbytéraux. Ces premiers prêtres étaient les précurseurs des prêtres d’aujourd’hui, et les preuves suggèrent que dans certaines communautés primitives, des femmes et des hommes ont joué ces rôles.

L’affirmation de Ladaria selon laquelle un sacerdoce exclusivement masculin appartient à la « substance du sacrement » et ne peut pas être changé parce que le Christ a institué le sacrement est un autre exemple de la nature anhistorique des formulations actuelles du Vatican.

L’interprétation chrétienne du sacrement n’a pas fait partie de l’enseignement de l’Église avant le Moyen Âge. C’est le produit de la réflexion ultérieure des membres exclusivement masculins du corps du Christ. Cela ne veut pas dire que les sacrements ne sont pas une partie centrale de l’enseignement catholique, ainsi qu’une belle façon de décrire l’action de Dieu dans nos vies. C’est dire que cette construction théologique n’a pas bénéficié des idées guidées par l’Esprit des membres féminins du corps du Christ.

C’est peut-être pour cette raison que le cardinal Christoph Schönborn, dans une interview donnée à Pâques à la publication autrichienne Die Presse, a appelé à un nouveau concile pour discuter de la question :

L’une des questions clés est le rôle des femmes dans l’Église. En cela, les organisations religieuses dans leur ensemble ont besoin d’évoluer.  La question de l’ordination est une question qui ne peut certainement être résolue seulement par un concile. Un pape ne peut pas décider cela tout seul. C’est une trop grande question pour qu’elle soit réglée à partir du bureau d’un pape.

Si le pape François a pu convoquer une réunion internationale de dirigeants pour lutter contre le réchauffement de la planète, il peut certainement convoquer une assemblée internationale équilibrée entre les sexes pour aborder le sexisme et la misogynie qui ont tourmenté notre Église pendant des millénaires.

Christine SCHENK[1]


Christine Schenk

Notes :

Source :

https://www.ncronline.org/news/opinion/simply-spirit/jesus-founded-movement-led-both-women-and-men     

Traduction : Lucienne Gouguenheim

https://nsae.fr/2018/06/20/jesus-a-fonde-un-mouvement-dirige-par-des-femmes-et-des-hommes/  
[1]  Christine Schenk, sœur de Saint-Joseph, a été pendant 18 ans au service de familles urbaines comme infirmière sage-femme avant de cofonder Future Church, où elle a servi pendant 23 ans. Elle est titulaire de maîtrises en sciences infirmières et en théologie.




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