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Le Chili en synode : les laïcs n’ont plus peur

Régine et Guy Ringwald
Publié dans Bulletin PAVÉS n°58 (3/2019)


À Santiago, les 5 et 6 janvier, 350 laïcs, venus de tout le pays, se sont réunis en synode "autoconvoqué et autogéré". Autoconvoqué, parce qu’ils n’attendent plus rien de la hiérarchie, autogéré parce que fraternel, et parce qu’une telle opération pose des problèmes pratiques et économiques importants, pour des militants pas très fortunés, dans un pays où tout est loin de tout. Certains étaient venus de Punta Arenas, tout au sud, à 2200 km, d’autres d’Iquique, à 1500 km au nord. Plusieurs représentants étaient venus de l’étranger : Argentine, Uruguay, Bolivie, Pérou, Espagne.

« Il y a un an, personne n’aurait soupçonné qu’après la lutte d’Osorno, une communauté qui a persévéré dans la dénonciation de Barros, évêque dissimulateur, et dans sa solidarité inconditionnelle avec les victimes de Karadima, allait ouvrir les yeux des laïcs, et nous faire comprendre comment lutter pour le Royaume ici et maintenant ».

Carol est venue de Concepcion, où elle anime un mouvement de laïcs très actif depuis plusieurs années.

« Aujourd’hui, nous nous rencontrons pour dialoguer, en synode, sur divers thèmes mobilisateurs et urgents… pour faire justice et pour enlever cette pourriture d’une Église institutionnelle, stagnante, hiérarchique, qui nous fait toucher le fond, pour faire ressortir le meilleur en nous, pour apporter une contribution à la renaissance d’une nouvelle Église. Mais les évêques que nous avons, continuent à agir en bloc, sournoisement, ils ne consultent personne, ils nous ont fait du mal parce qu’il n’y a aucune relation d’égalité avec le peuple de Dieu, ils imposent des pastorales et leur vision de la réalité.

Cette ouverture synodale, pour laquelle se sont rassemblées de nombreuses personnes de différentes parties du pays, nous montre que nous voulons une nouvelle Église, avec Jésus, les pauvres, les opprimés, les exclus, et que nous n’avons plus peur. Si cela se réalise, alors nous aurons l’Église tant désirée ».

Voilà qui nous donne une idée de ce qui vient de se produire au Chili.

Sous l’égide d’Alberto Hurtado

Ils étaient 350 réunis au sanctuaire Alberto Hurtado, lieu symbolique de l’engagement chrétien, où ce saint, très vénéré par les Chiliens, est enterré. Plus de 4000 étaient reliés par Internet dont beaucoup sont intervenus par liaison interactive. Ce synode a rassemblé des militants aux engagements les plus variés dans les activités paroissiales et pastorales, dans la défense des droits humains, des migrants, des Mapuches. Les échos qui nous sont parvenus disent que les discussions ont été animées, qu’il y fallait la foi et la volonté pour s’entendre au-delà des différences, nombreuses et parfois profondes.

Une déclaration a été publiée, très claire et, évidemment, à l’abri du langage ecclésiastique. Il s’agit d’engager "un processus de dialogue et de participation qui puisse favoriser une analyse de l’état présent de l’Église catholique du Chili, et fasse naître le rêve d’une Église de communautés". Cette Église "autre" serait "horizontale, diverse, participative et inclusive". Elle se définit d’abord comme "constituée de communautés de base…, où les laïcs soient réellement acteurs, particulièrement les femmes et les jeunes". Il s’agit de changer la structure de pouvoir, de rénover le fonctionnement, et d’éradiquer la culture de l’abus.

Cette "première assemblée générale" est l’amorce d’un processus appelé à se poursuivre dans les communautés locales pour aboutir, dans quelques mois, à une première synthèse. Le processus d’ensemble pourrait durer deux ou trois ans : la tâche est ambitieuse. En effet, les laïcs chiliens ont bien compris que ce qui est nécessaire, c’est un changement profond et radical. On notera qu’on est au Chili, les laïcs militants sont dans l’Église, dont ils veulent changer les structures, le fonctionnement, les priorités. Mais il s’agit pour eux, comme le disaient déjà les laïcs d’Osorno, de sauver l’Église, pas de la tuer.

Réactions des participants

Les réactions de participants, recueillies au sortir de la rencontre, traduisent à la fois un enthousiasme et un bonheur, ancrés dans l’essentiel de ce qui a été vécu, et aussi une certaine lucidité quant aux difficultés prévisibles. En se rencontrant, venant d’horizons différents, et parfois lointains, ils prennent conscience de leur commune souffrance, due aux errements de la hiérarchie, et de leur détermination de ne pas y retomber. Ils affichent leur volonté de faire face à la situation.

Ce qui ressort très fortement, c’est une satisfaction d’avoir franchi un pas, et de s’être engagé sur un chemin d’avenir, comme le dit Maria Angelica d’Iquique : « Ce fut l’occasion de retrouver nos espérances dans le laïcat aux yeux ouverts et avec l’esprit critique qui permet d’affronter les problèmes qui ont été causés par les crimes commis par la hiérarchie chilienne, c’est pourquoi nous nous sommes réunis… Nous prenons l’engagement libre, ferme et spontané de chercher de nouvelles manières de vivre notre foi en Christ ».

[…]

À suivre…

Qui aurait pensé il y a un an, à la veille de la visite du Pape, que de tels événements allaient remettre en cause tout l’édifice de l’Église du Chili ? En plus de la mise au jour de l’état de l’Eglise chilienne, au vu du nombre et de l’importance des scandales, deux événements revêtent une importance majeure :

• Les laïcs d’Osorno, refusant l’évêque qui leur avait été envoyé, Juan Barros, se sont trouvés en opposition frontale avec le pape, et ils ont obtenu gain de cause. Une première dans l’Église catholique !

• Des laïcs, venant de tout le pays, se sont réunis en un synode de leur propre initiative. Une première dans l’Église catholique !

Tirant les conséquences de la résistance des laïcs d’Osorno, ils ont établi un projet : « une autre Eglise est possible », qui pourrait – qui devrait – être une chance pour l’Église. Surtout, ils font un diagnostic clair, et affichent une volonté. Ils savent ne rien pouvoir attendre de la hiérarchie, et en tirent la conclusion : ils ne demandent rien, ils font. Quel exemple !

Ces deux événements sont en cohérence, et les deux ont en commun de mettre en cause l’édifice pyramidal de l’Église catholique. D’un côté, il y a la détermination des laïcs, de l’autre il faut s’attendre, au moins, à la persistance de l’inertie que sait opposer la structure de pouvoir. D’ailleurs, elle pourra s’appuyer sur le cléricalisme bien ancré dans les têtes… de bien des laïcs catholiques, plus formés au culte et au rite qu’à la liberté et à la prise d’initiative. À moins que ne soit engagé un processus de reprise en main bien classique.

Les laïcs du synode le savent, ils le disent. Ils sont lucides, mais "ils n’ont plus peur".


Régine et Guy Ringwald

Notes :

Source : Golias Hebdo n° 559, 17/01/2019

Le texte complet présente davantage de réactions des participants, stigmatise le rôle de l’épiscopat chilien et analyse l’histoire récente du mouvement de laïcs qui s’enracine dans la visite de Paul VI en 1968. Voir

https://nsae.fr/2019/01/19/le-chili-en-synode-les-laics-nont-plus-peur/



 


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