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Éteindre le feu

Jacques Gaillot
Publié dans Bulletin Pavés n°5 (12/2005)

« C’était comme une boule, il fallait que ça pète »… En lisant cette phrase exprimée par une jeune fille de Seine-Saint-Denis, je pense à une entrevue, en septembre dernier entre la coordination nationale des Sans Papiers et le directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur. J’y avais exprimé mon inquiétude, assurant qu’en dix années, je n’avais pas connu de rentrée aussi noire. Le directeur de cabinet eut l’air sincèrement étonné.

Quel fossé entre les responsables politiques et la rue, entre la vision faussée du gouvernement et la réalité quotidienne de chacun d’entre nous ! Oui, c’était comme une boule et il était évident que « ça allait péter ».

Voilà des années que les associations de terrain expriment ce mal être et alertent l’État en vain. Non seulement rien ne s’est amélioré, mais le mépris affiché envers les plus démunis s’est accru.

La colère exprimée aujourd’hui en est la conséquence. Essayons de la comprendre et surtout de la rendre positive. Car cette rage a le mérite de nous tendre un miroir qui nous renvoie crûment l’image de notre société. Une société où les entreprises qui licencient tout en amassant de gros profits ne sont pas condamnées mais où un chômeur qui manifeste sa douleur est incarcéré ; une société qui n’a plus d’argent pour son éducation et sa santé mais qui allège l’impôt sur les gros revenus ; une société qui crée des besoins, incite à consommer encore et toujours davantage mais qui fabrique des exclus à qui elle refuse le minimum vital.

Parqués dans leur quartier, humiliés par les injustices, les jeunes ont réagi par la violence. Une violence aveugle et irresponsable, dit-on. Mais ne sont-ils pas eux-mêmes les victimes d’une violence encore plus insupportable qui saccage leur quotidien, et emprisonne leur vie comme une fatalité ? Qu’ils entrent dans un magasin et le vigile les piste, qu’ils s’installent dans un bar du centre-ville et on les fait payer d’avance, qu’ils cherchent du boulot ou un logement et on les refuse à cause de leur origine ! Partout ils ne rencontrent que peur, soupçon et méfiance.

Comment voulions-nous qu’ils réagissent ?

Ces jeunes montrent brutalement qu’ils existent et ils occupent la scène médiatique. À leur colère répond l’arsenal répressif : police, tribunal, con-damnations, incarcérations, expulsions… On nous promet qu’après, lors-que l’ordre sera revenu, le gouvernement agira, que les promesses sociales seront tenues. Il nous est permis d’en douter. Tant de rendez-vous ont été manqués, tant de mensonges ont été distribués, tant de serments politiques ont été enterrés dans le cimetière surpeuplé des engagements reniés.

Pourtant, si nous n’agissons pas, nous courrons tout droit à la catastrophe. Alors, c’est sans doute à nous de forcer la main de nos dirigeants. Ne nous contentons pas d’un apaisement de surface. Sous le couvercle, la révolte continuera de bouillir, jusqu’au prochain débordement. C’est le feu qu’il faut éteindre en luttant avec détermination contre tout ce qui l’alimente : injustice, racisme, inégalité, chômage…

Demain est à faire. Ces jeunes à la dignité rebelle en sont des acteurs incontournables.

Jacques Gaillot (?v?que de Partenia)


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