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L’aumônerie de prison …

Un laboratoire d'Église ouverte

Christine Deltour
Publié dans HLM n°102 (12/2005)

Christine, 40 ans, est assistante sociale criminologue de formation. En 1989, elle propose ses services à Eric Hage, doyen de Braine-l’Alleud. Il lui propose d’emblée de devenir assistante décanale, en remplacement de Chantal Lefèvre, mariée et mère de famille elle aussi, et qui fut la première femme à assumer cette fonction en Brabant wallon.

Extraits d’une interview de Christine DELTOUR par M.-A. Collet, novembre 2005

Durant huit ans, elle travaille en étroite collaboration avec les neuf prêtres du doyenné : je ressens vraiment ça comme un appel. J’ai été envoyée en mission et j’ai été appelée par des gens qui y ont cru avant moi, qui m’ont révélée. Ce que j’y ai vécu a donné beaucoup de sens dans ma vie et a été bien vécu autour de moi….

Être femme en ministère d’Église ? La plupart des animateurs sont des femmes animatrices, ce n’est pas pour rien. C’est quand même super d’avoir de temps en temps cette rencontre d’un regard différent sur le monde. On n’est pas majoritaire, on a notre regard qui reste minoritaire. Mais enfin, je l’ai toujours vécu comme un plus. Et je me suis toujours sentie reconnue : de la part des prêtres aussi, ils sont en attente vraiment. Moi, je n’ai pas désiré venir leur imposer ma perception des choses, ma volonté de faire bouger l’Église. C’est un service que je rends…

En 1999, Marcel Coget, aumônier de la prison de Nivelles, est atteint par la limite d’âge et par des difficultés de santé : Christine est appelée à lui succéder dans ce ministère en tant que "membre de l’équipe d’aumônerie de la prison de Nivelles". Revenir en prison (ses stages l’y avaient déjà amenée)… un nouveau défi qu’elle se sent appelée à relever. C’était le début d’une ouverture vers les femmes aumônières, surtout dans le monde des hommes, puisqu’on avait des femmes aumônières ou des sœurs qui étaient chez les femmes. … Mes collègues aumôniers ne m’ont jamais mis de bâton dans les roues, au contraire. … On met en évidence l’importance de la complémentarité. En prison, il n’y avait aucune femme qui entrait dans l’espace de vie des détenus ; ni les surveillantes, ni les assistantes sociales ne pénétraient dans les chambres… Il a fallu passer un peu à travers les inquiétudes sécuritaires, le personnel étant inquiet car il est garant de la sécurité. 

Celle qui pour ses proches, sa famille et surtout les détenus est "aumônière de prison", y travaille sans crainte : même si je suis une femme et si je suis mariée, les détenus nous reconnaissent une mission. Nous sommes envoyés par l’Église, ils nous reconnaissent un rôle qui n’est assuré par personne d’autre. De là, énormément de respect. 

La vie est mise à rude épreuve en prison ? Les questions fondamentales se posent : Pourquoi je vis ? Qu’est-ce que je fous ici ? Quand est-ce que je m’en sortirai ? Pourquoi souffrir ? C’est quoi la culpabilité ? La respon-sabilité ? La mort ? Le suicide ? Le mariage ? Le deuil ? Tout ça, ils le vivent dans leurs tripes et nous, on survole ça… Heureusement, depuis le début, je suis supervisée, avec une thérapeute, une fois par mois. On a aussi des réunions d’équipe où l’on peut dire ce qui a été dur, ce qui pose question ; on ne sait pas répondre à tout, les situations nous poursuivent. 

Le monde de la prison, un monde à part ? Oui, un milieu d’Église très ouvert où on demande énormément d’adaptabilité, de souplesse de tout le monde, puisqu’on est en face de gars qui ont été parfois presque jusqu’au bout et qu’il faut accueillir avec ce jusqu’au-boutisme, ces excès. Donc, déjà dans notre fonction, on est appelé à s’ouvrir à la différence de l’autre, aussi bien en équipe que dans l’écoute de l’autre….

Mais la question du ministère ne se pose pas pour moi. Je ne me sens pas du tout appelée à exercer un autre rôle que celui que j’occupe déjà, dans l’eucharistie par exemple. … Nous venons d’avoir une journée entre aumôniers consacrée à la réconciliation en milieu carcéral : la question se pose évidemment. Si vraiment, le cheminement du détenu a été tel qu’on aboutit à un besoin de réconciliation, je remettrai ça à Dieu d’abord. Et je crois qu’il m’aidera à trouver les mots et les gestes qu’il faut pour vivre ce chemin jusqu’au bout avec le détenu. Qui ne seront pas les mots et les gestes du sacrement de réconciliation, qui seront autres, qui seront adaptés à la situation et à son besoin à lui. Comme je crois que la grâce surabonde partout où des hommes de bonne volonté cherchent à découvrir le visage de Dieu, et bien la grâce surabondera et sera source de vie pour le gars. Si la demande du détenu est autre, car il a tout un passé, un héritage culturel qui fait que sa demande est d’être entendu par un prêtre, il est clair que je l’accompagnerai avec le prêtre.

Qu’attends-tu de l’Église ? Je ne suis pas une revendicatrice mais par contre j’attends que ceux qui sont au-dessus de nous et doivent gérer de plus grands espaces d’église aient cette sagesse d’ouverture à la femme qui aura progressivement pris sa place là où elle la trouve et qui donc pourrait aussi occuper une place au-delà de représentante… J’attends de la hiérarchie une certaine sagesse. Je crois qu’il y a le discours officiel et le discours officieux et que la hiérarchie est bloquée dans son discours officiel. Mais la vie est fort compliquée. Ne simplifions pas.

Vous creusez des chemins. L’aumônerie de prison, un laboratoire ?

Je fais partie du bureau des aumôniers, l’organe qui aide l’aumônier en chef à prendre des décisions de contrats, d’envoi en mission, de stages, de formation des aumôniers, et nous sommes deux femmes et trois hommes. Cela a été un choix de mettre autant de femmes. … Au niveau des aumôneries de prison, ils (la hiérarchie) nous disent : "Allez-y, osez !" De manière non officielle, mais pour moi, cela suffit : ils le disent, c’est génial. C’est à cette Église-là que je crois. Revendiquer une place au-delà, si c’est pour l’avoir d’arrache-pied, non, je ne le sens pas.

 

Christine Deltour


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