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La politique… au féminin

V?ronique Herman
Publié dans HLM n°102 (12/2005)

La demande qui m'a été adressée était de partager avec vous, lecteurs, un témoignage personnel. Mon expérience en politique est brève. La parole que je livre ici, en forme de récit, manque sans doute de recul. Je serais heureuse de la mettre en débat avec vous, d'approfondir la réflexion sur les enjeux de la présence des femmes en politique.

 

Quelques mois avant les élections communales d'octobre 2000, le président de la section locale du Cdh m'a demandé si je pourrais être candidate sur la liste qu'il était en train de constituer. Depuis quelques années, je travaillais alors dans le milieu associatif, plus précisément dans les mouvements d'Éducation Permanente proches du Mouvement Ouvrier Chrétien : Pastorale ouvrière, Vie féminine, Cefoc (Centre de formation qui a remplacé le séminaire Cardijn).

J'ai assez vite accepté la proposition, tout en précisant que mes motivations "collaient" à mes engagements précédents : je souhaitais promouvoir pour ma commune un projet politique proche de l'associatif, soucieux des moins favorisés. Deux de mes priorités étaient, d'une part, de développer l'accueil réservé aux personnes d'origine étrangère très nombreuses sur notre territoire ; d'autre part, d'augmenter le nombre de places d'accueil en crèches pour les jeunes enfants.

J'ai compris plus tard que, du point de vue du parti, mon profil était intéressant non pas tant pour mes motivations que parce que j'étais une femme (les quotas de femmes sur les listes n'étaient pas faciles à atteindre !), jeune et relativement connue par mes engagements paroissiaux et associatifs. Le calcul était bon puisque j'ai été élue avec suffisamment de voix pour occuper un poste d'échevin. Les rapports de force internes étaient cependant tels que c'est un homme, plus âgé et plus expérimenté qui a obtenu ce mandat pour les trois premières années de la législature. J'ai mis à profit ces trois années comme conseillère communale pour "apprendre le métier" : découvrir le fonctionnement de l'administration, ses relations avec le pouvoir politique, les multiples facettes de ma commune, les compétences respectives du pouvoir législatif et de l'exécutif… C'était un temps de formation intéressant, marqué par l'enthousiasme d'une équipe assez jeune, conduite par un bourgmestre ouvert.

Vint ensuite mon tour d'exercer le mandat d'échevine. À mon arrivée, le Collège est devenu majoritairement féminin : un cas unique parmi les villes de Wallonie, que la presse n'a pas manqué de souligner !

Un constat cependant : les compétences-clés, j'entends par là celles qui confèrent une plus grande part de pouvoir et des budgets plus importants (voiries, travaux, enseignement, bâtiments, finances…) sont restées aux mains de la minorité masculine, les femmes se partageant les compétences plus sociales et culturelles.

Au rayon des découvertes positives, je noterais celle de pouvoir, comme mandataire, fédérer les énergies, donner les moyens aux gens et aux associations de réaliser leurs projets, de travailler ensemble ; celle aussi de pouvoir, collégialement, donner une véritable orientation sociale à la politique locale.

Je n'ai pas vraiment observé de spécificité dans la manière dont les femmes que j'ai côtoyées exercent la fonction scabinale. Une plus grande efficacité, peut-être, dans la gestion des dossiers ; une ténacité aussi, une volonté farouche de s'imposer dans des débats difficiles pour obtenir le financement d'une crèche ou d'un projet interculturel…

Ce qui me frappe, par contre, c'est l'emprise généralisée des jeux de pouvoir qui n'épargne certainement pas les femmes ! C'est peut-être "la loi du genre". Pourtant, j'ai personnellement assez mal vécu que les ambitions et les carrières individuelles prennent couramment le pas sur les dynamiques d'équipes et les enjeux de société. Curieusement, je m'attendais moins à cela de la part des femmes…

Pendant deux ans, je me suis beaucoup investie dans cette fonction d'échevine. Trop, peut-être. J'ai renoncé à ma vie professionnelle pour assumer à la fois mon mandat et ma famille. Tâche difficile, commune à toutes les mères de jeunes enfants que de concilier plusieurs engagements!

L'arrivée prochaine d'un nouvel enfant m'amène aujourd'hui à démission-ner. Si je reste conseillère communale, c'est avec la conviction qu'il y a du chemin à parcourir, hommes et femmes ensemble, pour bâtir une nouvelle culture politique, pour faire de cette fonction importante un réel service à la société.

V?ronique Herman (CeFoC)


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