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Des femmes en recherche théologique

Mary Phil Korsak
Publié dans HLM n°102 (12/2005)

Rencontrer Mary Phil Korsak, anglaise installée en Belgique depuis 1961, membre de la Communauté des familles à Bruxelles et de l’Association Européenne des Femmes en Recherche Théologique (AFERT), constitue  une stimulante et profonde découverte.

Extraits d'une interview de Mary Phil Korsak, par M.-A. Collet, novembre 2005

 

Fondée en Suisse en 1986, l’AFERT rassemble aujourd’hui près de 500 femmes venues majoritairement d’Europe, celles d’autres continents rejoignant régulièrement le groupe lors des Congrès bisannuels. L'association a pour objectif de réunir des femmes engagées dans la recherche théologique de toute l'Europe, de l'est et de l'ouest, du nord et du sud, et de leur permettre un échange fructueux. Tous les deux ans, une conférence européenne est organisée sur un thème d'actualité dans la théologie féministe. Entre ces conférences, les membres des différents pays se rencontrent au sein des réseaux nationaux ou régionaux. En 1993, sous la présidence de Mary Phil, ce fut à Leuven, dans des bâtiments de la KUL, que près de 120 femmes ont travaillé sur le thème "Proclamant notre identité : les femmes face aux traditions religieuses en Europe". Une liturgie féministe eut lieu dans le jardin du Collège du Pape !

Comment Mary Phil est-elle arrivée à l’AFERT ?

Je suis linguiste. Pendant 17 ans, j’ai formé des traducteurs et des interprètes à l’Institut Supérieur de Traducteurs et Interprètes (ISTI). Après cela j’ai eu envie d’explorer autre chose : je me posais des questions à propos de tous ces messages contradictoires qui m’arrivaient, venant de l’Église ou du dehors de l’Église. Et il se fait que le Centre d’Études Théologiques et Pastorales (CETEP) s’ouvrait cette année-là aux laïcs ;  j’y ai suivi des cours, et notamment ceux de Jean Mouson. Nous sommes devenus de grands amis et c’est grâce à lui que je suis allée vers l’exégèse. Je suis revenue ainsi aux langues et à la littérature, de sorte que si je peux me qualifier, je dirais que je suis bibliste et traductrice de la Bible. C’est proche de la théologie et je n’hésite pas à m’impliquer dans l’AFERT, mais je ne suis pas une vraie théologienne[1].


Les femmes de l’AFERT ne sont pas des militantes : il leur importe de pouvoir se connaître et s’écouter dans toute la diversité qu’elles représentent. En se faisant membre, aucune ne doit préciser son affiliation religieuse (chacune se sentant responsable d’elle-même) ; les chrétiennes sont largement majoritaires, l’arrivée d’orthodoxes étant déjà réalisée avant l’ouverture vers l’est. Mais à certains congrès viennent des juives, des musulmanes, une hindoue, une athée, une "black womanist"…

C’est à Budapest, en août dernier, qu’eut lieu le dernier congrès en date de l’AFERT[2] sur le thème "Construire des ponts dans une Europe multiforme : origines, traditions, contextes et identités religieux". Deux générations de féministes se sont accueillies à bras ouverts, les plus jeunes attentives à l’apport des "grand’mères", les plus âgées heureuses de constater un nouvel afflux de vie. Les participantes ont fait preuve de créativité, par exemple pour les rituels : Un matin (à 7h SVP!), un labyrinthe nous attendait, tracé par terre avec tissus et rubans, dont chacun avait sa signification. (Une divorcée avait laissé une bribe de son voile de mariée, une mère un bout du drap de son enfant, mort prématurément…). Un ruban de couleur à la main, les femmes pénétrèrent, l'une derrière l'autre, dans le labyrinthe. Y entrer signifiait tout laisser derrière soi. Sur le chemin, chacune noua son ruban à l'ensemble. Le centre était désigné comme un lieu où l'on se re-appropriait son pouvoir pour se diriger, fortifiée, vers la sortie et retourner dans le monde. C'était, pour moi, une expérience émouvante et transformatrice.[3]

Entre femmes, faire de la théologie, est-ce différent ? Oui, les femmes raison-nent mais elles attachent beaucoup d’importance au vécu et au politique. Je pense que les femmes se sentent responsables d’elles-mêmes. Au fur et à mesure que j’évolue, que je change moi-même, je sens que les femmes ont moins besoin de références extérieuresVoilà pourquoi le rituel du labyrinthe m’a plu. J’y ai réfléchi après : il n’y avait pas de référence chrétienne ou religieuse évidente, il y avait cette démarche où l’on se défaisait de tout pour avancer sur un chemin et s’assumer. Je me disais que, finalement, ce rituel-là est très féminin. Et quand je dis féminin, je ne suis pas en train d’opposer femme et homme, c’est le féminin qui peut se trouver en chacun : heureusement, il y a des hommes féministes.


Mary Phil Korsak (Communautés de Base)

Notes :
[1]. Voir sur son site : www.maryphilkorsak.com, les travaux et recherches dans ce domaine de la traduction de la Bible.
[2].  AFERT (Dr. Sabine Bieberstein, KUL)  http://www.eswtr.org

[3].  Le texte complet se trouve sur http://www.paves-reseau.be/revue.php?id=182



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