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Entre repli identitaire et perte d’identité…

Jos Gérard
Publié dans SONALUX n°55 (12/2005)

Quelques réflexions sur la préoccupation de l’identité chrétienne, après une journée de travail du CIL consacrée aux jeunes…

Je participais à la mi-octobre à une assemblée générale du CIL (le conseil interdiocésain des laïcs) dont le thème était « Le dialogue entre le CIL et les jeunes ». Invités à animer cette journée de réflexion et d'échange : trois animateurs du CJC (le conseil de la jeunesse catholique, qui rassemble et fédère une dizaine d'organisations de jeunesse, dont les Patros, les Guides, Jeunesse et Santé, les Jeunes CSC, la JOC, etc.).

Ils ont emmené les participants à un voyage à la découverte des différentes organisations qui composent le CJC, de tout le travail d'éducation qui s'y effectue, mais aussi des motivations des jeunes qui s'y engagent. Ils rappelèrent les options fondamentales du CJC, telles qu'actualisées récemment en 7 axes :

‑  encourager l'engagement volontaire et bénévole

-  mettre en œuvre une éducation globale et permanente

-  susciter et développer la responsabilité

-  faire le choix de la solidarité et de l'ouverture à tous

-  rechercher un sens ouvert, choisir et vivre une identité chrétienne

-  travailler ensemble et avec d'autres

-  élaborer une politique par et pour les jeunes.

Pour ce qui est de l'identité chrétienne, elle se détaillait comme suit :

« Réfléchir au sens de la vie, aux valeurs qui sous-tendent notre action, aux beautés du monde qui nous entoure, à la solidarité à laquelle nous sommes appelés... Nous souhaitons que nos organisations soient des espaces où les questions de sens puissent être abordées, en lien avec l'Evangile et la tradition chrétienne ouverte, c'est-à-dire à la fois ancrée dans le christianisme et accueillante à ceux qui ont d'autres convictions, religieuses ou non. La pluralité des convictions au sein de nos associations est une chance et le partage, le dialogue contribuent à l'élaboration d'un monde plus juste, plus humain. »

Cela me semblait une prise en compte pleine de souffle et en cohérence réaliste avec la situation plurielle d'aujourd'hui, pour des organisations dont l'objectif n'est pas de faire le catéchisme mais de promouvoir une éducation globale.

Pourtant, lors de la première période de questions réponses de la journée, j'ai été étonné de constater à quel point la préoccupation du plus grand nombre des participants (du moins au travers des questions posées) se rapportait à l'identité chrétienne des organisations. En voici quelques-unes : « Comment fait le CJC pour être ouvert à tous tout en véhiculant les valeurs chrétiennes ? », « Comment vérifiez-vous l'impact de l'éclairage de l'Evangile ? » , « Quelles sont vos relations avec l'Église ? » , « Hormis votre philosophie du débat pluraliste, que faites-vous concrètement pour véhiculer les valeurs évangéliques ? » , « Y a-t-il une différence manifeste entre les organisations de jeunesse à identité chrétienne et les autres ? », etc.

Des préoccupations sans doute légitimes, mais pourquoi aucune question ne concernait-elle la manière d'encourager l'engagement volontaire et bénévole, la solidarité, l'ouverture aux autres, la responsabilité ? Ce sont certainement des défis tout autant essentiels pour l'avenir de la jeunesse, de l'Église et de la société, et tout aussi difficiles à relever aujourd'hui.

Mon deuxième sujet d'étonnement fut la grande maturité des jeunes responsables du CJC. Ils font preuve à mon sens d'une grande capacité d'aborder les débats sur le lien aux institutions (d'Église en particulier) et les questions de sens (et de message religieux en particulier) dans un esprit « responsable » et « dépassionné ». Les questions ne sont pas escamotées ou expédiées par des réponses toutes faites, mais elles sont prises en compte de front, sans gêne ni peur, dans un débat vraiment pluraliste.

Quelques jours plus tard, j'assistais à une conférence débat dont le thème était : « Comment et pourquoi faire Église aujourd'hui ? ». Après l'exposé d'une jeune théologienne, un débat s'ensuivit. Plusieurs échanges sur l'identité « catholique » de notre Église. avec une insistance d'un des intervenants (prêtre) sur le lien avec Rome et le rôle du prêtre, en lien direct avec les sacrements (on comprend vite que les assemblées sans prêtre sont à éviter au maximum). Plusieurs participant(e)s se sentaient visiblement à l'étroit dans une telle perspective et le faisaient remarquer au prêtre qui défendait cette ligne. Ce dernier par contre ne voyait pas la difficulté : « On peut avoir une autre manière de voir les choses... comme les protestants, par exemple. Le pluralisme est tout à fait légitime. Mais alors, il n'y a qu'à se faire protestant ! ».

Une réponse qui ne me satisfait guère mais qui a le mérite de la clarté : on est dedans ou dehors, et si on est dedans, on est d'accord et on suit ! Pourtant, quand un document romain sur l'accès des homosexuels au sacerdoce est publié, on perçoit qu'il n'y a pas une seule manière de faire Église. Certains responsables diocésains sont plutôt enclins à y mettre un bémol, pendant que d'autres s'empressent d'en relever toute la pertinence.

Deux petits faits, parmi tant d'autres. Mais dans une société pluraliste comme la nôtre, ce débat sur l'identité ne peut être évité. Qu'est-ce qui fait l'identité chrétienne d'une école, d'une organisation de jeunesse, d'une association, d'une université, etc. ? Qui peut communier dans une célébration catholique ? Quelle parole et quelle visibilité doivent avoir les communautés chrétiennes dans l'espace public ? Comment concilier la force des convictions avec le débat et la recherche ? Etc.

Si vous vous interrogez vous aussi à ce propos, si vous avez envie de partager une réflexion, une expérience, une anecdote... n'hésitez pas à nous écrire. Nous donnerons volontiers écho à votre courrier.

Jos Gérard


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