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L’ambivalence des institutions

Écho de la 5e journée de la Théologie par les pieds

Joseph Pirson
Publié dans Bulletin PAVÉS n°85 (12/2025)

Comme chaque année depuis 2021, la Journée de La théologie par les pieds, organisée par plusieurs associations aux plans régional et interdiocésain, s’est déroulée dans la capitale wallonne[1].

Rappelons que la dynamique de TLP est de construire un chemin théologique à partir des réalités vécues, plus particulièrement par des personnes en situation de fragilité, d’injustice et d’exclusion. Elle n’est pas un pur discours théorique mais une pratique qui encourage une « réflexion solidaire, ouverte et décentrée qui prend en compte les réalités vécues ». Des ateliers participatifs en matinée et en après-midi permettent en effet, lors de chaque journée de relire l’expérience des institutions et de leur ambivalence telle que nous la vivons dans nos lieux respectifs de travail, d’engagement. Ceci pour en éclairer les enjeux dans la confrontation avec des textes bibliques qui mettent en lien avec la vie de Jésus et son engagement constant au côté des personnes humiliées et exclues, sans considérer l’Évangile comme réponse toute prête ! C’est ainsi que plus de 100 personnes venues d’horizons et d’engagements divers à Bruxelles et en Wallonie (d’une moyenne d’âge relativement élevée, reconnaissons-le) ont participé à la journée du 22 novembre 2025 au Collège de Namur-Erpent

Cette année, la thématique choisie était "L'ambivalence des institutions. Marcher sur des chemins non tracés". Celles-ci sont en effet créées en démocratie pour agir « dans le sens de la solidarité, du droit et de la justice ». Toutefois elles-mêmes « produisent aussi de l’humiliation et de la violence ». Comment dès lors relire ces expériences ? Une réflexion philosophique a été proposée en introduction à cette journée. De manière très claire et compréhensible, Jean-Michel Longneaux, philosophe et professeur à l'U Namur, a proposé une réflexion en deux temps. Le premier exposé a permis de prendre acte de la distance entre l’instituant, c’est-à-dire le souffle qui amène à créer des médiations collectives pour faire société, et l’institué, en d’autres termes ce qui est mis en place et peu à peu tend à devenir rigide. Une pause active a permis en binômes d’exprimer la façon dont chacune et chacun vivait cette tension entre instituant et institué.

Le philosophe a ensuite esquissé des traits qui peuvent servir de jalons dans le recours aux institutions et de mesurer leurs points forts et leurs points faibles. Il a rappelé que toute institution s’appuie sur trois piliers. Le premier pilier correspond à une « représentation du monde » dans ses caractéristiques explicatives (le langage scientifique) et significatives (le langage philosophique et théologique qui essaie de dégager un sens, une cohérence). Le deuxième pilier vise l’économie, la capacité de gérer des ressources. Enfin le troisième pilier vise l’organisation de ces construits sociaux selon des règles de droit. Cette réalité nous invite à une vigilance constante et à une résistance contre les tendances à la rigidité, contre la sclérose qui menace toutes les institutions et la tentation de réduire les autres à des objets. Dans le cadre ecclésial, il s’agit de répondre à cette question : « comment la foi qui nous inspire peut-elle trouver le lieu le plus adéquat ? ». Or l’expérience au fil des siècle montre que les institutions ont tendance à se fossiliser et à supprimer la tension entre le souffle de départ et les réponses apportées à un moment donné (la place des femmes dans la gestion de l’Église, l’obligation du célibat dans l’Église catholique latine…).

Les Ateliers du matin ont permis aux participantes et participants de dégager les expériences d’ambivalence vécues  (dans le cadre du travail professionnel ou de la retraite active) à partir de secteurs différents, qu’il s’agisse du domaine de la santé et du soin, de l’enseignement et de l’action culturelle, d’entreprises des secteurs public et privé, de l’aumônerie de prison ou d’hôpital, de la catéchèse, de l’animation en paroisse ou des centres de préparation au mariage, pour énoncer quelques exemples récurrents de difficultés vécues et de formes de réponse, de résistance et de transformation..

Après le temps convivial et chaleureux de midi pris en charge par le Perron de l’Ilon (centre namurois de formation de stagiaires en restauration et entreprise d’économie sociale liée au MOC), tout le groupe s’est rassemblé pour la deuxième partie de la journée. Une relecture théologique a été proposée par Jean-Claude Brau en tant que bibliste[2]. Celui-ci a bien rappelé qu’il ne s’agit pas de plaquer une approche fondamentaliste de textes du Premier ou du Nouveau Testament sur la réalité vécue de manière personnelle et collective. Les textes proposés, invitaient à nous confronter à la parole prophétique de Jérémie (Jer 25,4-10 sur le thème de résister et d’espérer dans la durée), à l’époque de l’exil des Juifs à Babylone, à des extraits des évangiles de Matthieu (Mt 13,24-30 avec la parabole du bon grain et de l’ivraie, Mt 20,20-28 sur l’exercice du pouvoir) et de Jean (Jn 6,1-15 sur le signe des pains, dans lequel  Jésus met ses disciples à l’épreuve de la rareté et refuse de se laisser enfermer  une posture de « puissance magique »).

Les textes choisis ont été répartis entre les sous-groupes dans un souci de lecture fine de ce qui est suggéré dans les extraits bibliques. Lors de cet Atelier de l’après-midi, les groupes ont été invités à mettre en relief les questions posées, les enjeux et à formuler de manière synthétique les éléments qui permettent de stimuler les engagements. Ces propositions ont été présentées en plénière avec un temps de réaction de celles et ceux qui le souhaitaient. Un trait commun est apparu : l’invitation forte à changer les pratiques, quand il s’agit de l’exercice du pouvoir, appel à reconnaître l’importance des actions vécues en solidarité avec d’autres. Les membres des ateliers ont insisté sur la conviction, déjà énoncée le matin, que les tensions vécues face aux institutions sont certes une épreuve, mais qu’elles signifient aussi que nous sommes vivants et capables de résistance face aux écrasements et aux oppressions.

Les échos que j’ai pu recueillir après la journée se révèlent très positifs, en particulier dans l’équilibre entre travaux de groupes et exposés, ainsi que dans le temps complémentaire accordé en plénière, malgré l’horaire serré de la journée. Importante également l’invitation faite aux groupes locaux à poursuivre cette démarche et à faire part de leurs expériences.

La synthèse finale des Ateliers ainsi que les exposés et documents seront accessibles sur le site https://latheologieparlespieds.be.


Joseph Pirson

Notes :

[1] L’Appel, le CEFOC, Action Vivre Ensemble, Entraide et Fraternité, Lumen Vitae, le Vicariat de la Santé à Liège, la FOCAP à Namur et RCF Sud Belgique.

[2] Rappelons que celui-ci est un bibliste et prêtre engagé depuis des années dans un travail d’éducation permanente, notamment dans le cadre de la JOC, du MOC et du CEFOC.





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