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Ruth, la pourvoyeuse de vie, de M.-P. Cournot

Marie-Christine Terlinden-Snoy
Publié dans CEM n°149 (12/2025)


Cet étonnant petit livre[1] peut être compris suivant trois axes.

Le premier est que c'est une histoire de femmes. Effectivement, il s'agit de Ruth, de sa belle-mère Naomi, de sa belle-sœur, Orpah, mais aussi des nombreuses villageoises qui sont présentes pour les accueillir, elle et sa belle-mère, quand elles reviennent à Bethléem et qui donneront un nom à son enfant. Il s'appellera Obed, ce qui veut dire le travailleur ou le serviteur. Ruth se situe dans la ligne des autres femmes importantes de l’Ancien Testament, Rachel, Léa et Tamar, qui ont toutes assuré la pérennité du peuple juif et l'ont sauvé de l'extinction.

Dans le cas de Ruth, il n'y a pas d'histoire d'envahisseurs ou d’armée, pas d'ennemis, mais plutôt un manque, un vide.  « Le manque de pain qui ouvre l'intrigue, le deuil des hommes peu après, de nouveau le manque de grain pour se nourrir, et enfin le manque d'enfant qui permettrait d'assurer la lignée ». (p. 103)

« Ruth et Naomi vont réussir à venir à bout de tous ces manques en unissant leur solitude, leur pauvreté, leur féminité, en faisant de leur sororité leur moteur ». (p. 103) La sororité est ici un « outil de combat, il ouvre un horizon universel d'espérance ». (p 104)

Le deuxième axe qui permet de comprendre le livre de Ruth est celui d'une histoire de transgressions.

« Aucun personnage de ce livre n'est là où on l'attend. Naomi transgresse, Ruth transgresse, Boaz transgresse ». (p 104)

Les personnages outre-passent « tant les lois humaines que celles qui régissent les mondes mystérieux des morts et du divin. Mais le plus important est que le récit lui-même transgresse.  Le livre de Ruth nous apprend le geste, que Jésus reprendra largement à son compte, de faire appel à des traditions anciennes figées qui n'étaient que contraintes stériles pour les remanier, les transformer et les convertir en un outil porteur de vie ». (p. 105) « Une des leçons du livre de Ruth, c’est que la vie est toujours à réinterpréter, que ce qui est figé tue, que la conversion ne va pas sans bouleversement » (p. 106)

La pasteure protestante Marie-Pierre Cournot nous invite à faire le parallèle avec notre monde qui se sclérose, de même que nos institutions religieuses et notre pratique ecclésiale. Pour rester vivant, il faut s'adapter, se transformer, transgresser et se renouveler ! Elle rappelle que le nom « Hébreu » veut dire « ceux qui franchissent, ceux qui transgressent ».

Elle fait remarquer que dans le livre de Ruth, le dénouement ne sera possible que grâce au mélange, à l'intégration d'une immigrée venant d'un autre pays et d'une autre religion. Presque jusqu'à la fin du récit, Ruth sera désignée comme la Moabite pour bien marquer qu'elle est étrangère et immigrée.

« C’est en se tournant vers l'extérieur, en intégrant du différent, de l'autre, de l'étranger que la vie a été possible ». (p. 108) « Dans ce contexte, le livre de Ruth propose une nouvelle façon de penser, une nouvelle façon d'être fidèle à Dieu qui passe par la rencontre avec l'autre, avec le différent de soi ».  (p.110)

Un troisième axe de compréhension est celui d'une histoire de descendance qui nous rejoint.

J’achète aussi pour femme Ruth, la Moabite, qui était à Mahlon, pour établir le nom du mort sur son héritage et pour que le nom du mort ne soit pas retranché du peuple de ses frères ni de la porte de sa localité (Ruth 4,10)

Les propos de Boaz indiquent toute l'importance du nom, de la transmission du nom dans la société de l'époque et encore dans la nôtre. Si on suit bien l'histoire, on se rend compte que Ruth sera donc l'arrière-grand-mère du grand roi David, celui qui symbolise dans l'Ancien Testament « l'apogée des relations entre Dieu et le peuple ». (p. 112)

Grâce à ces femmes qui se sont battues pour que la vie puisse continuer, nous sommes tous et toutes concernés et inclus dans cette généalogie de Jésus, « car c'est grâce à leur inventivité, voire à leurs transgressions, qu'une brèche se fait et que l'espérance et la vie peuvent jaillir à nouveau et aller de l'avant ». (p. 116) Avec Ruth, nous comprenons que « notre libération se trouve dans la recherche de l'altérité ». (p. 117)

J’espère que ces quelques lignes vous donneront envie de découvrir le livre de Ruth et l'interprétation de la pasteure Marie-Pierre Cournot !


Marie-Christine Terlinden-Snoy (Communautés de Base)

Notes :

[1] de Marie-Pierre Cournot, pasteure à l’Église Protestante Unie de France, Paroisse de l’Annonciation, Éditions Olivétan, 2025, coll. Parole vive.




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