Le non mariage des prêtres
Guy Vandegaart
Publié dans HLM n°183 (3/2026)
On nous ressert depuis des siècles l’argument selon lequel les prêtres ne doivent pas se marier parce que Jésus aurait choisi des hommes comme apôtres, et qu’ils agiraient « in persona Christi ». Quel raisonnement théologique au rabais ! Quel bricolage idéologique pour sacraliser un célibat imposé devenu l’ossature de la caste cléricale ! D’abord, Jésus n’a institué ni célibat, ni sacerdoce, encore moins une administration ecclésiastique hiérarchique. C’est Paul – pas Jésus – qui valorise le célibat comme stratégie eschatologique urgente, parce qu’il croit que la fin du monde est imminente. Pas une règle de vie, encore moins un dogme.
Ensuite, l’idée que le prêtre agirait « in persona Christi » est une construction tardive, un imaginaire sacerdotal qui confond la figure symbolique du Christ avec le corps sexué d’un homme ordonné. Comme si être mâle était une condition théologique. Cette prétention christomorphique a surtout servi à verrouiller un pouvoir : le prêtre serait Christ, donc il devrait ressembler au Christ, donc être homme, donc être célibataire.
Voilà comment un raisonnement circulaire devient une machine à exclure les femmes, à criminaliser le désir et à sacraliser le patriarcat.
Le plus ironique est que Pierre, l’apôtre fondateur selon la tradition romaine, était marié. Mais cette donnée évangélique ne gêne personne. Il faut croire que le magistère sélectionne dans l’Écriture ce qui l’arrange.
Ce système tient encore debout parce qu’il produit sa propre mythologie :
– le prêtre, homme à part ;
– le prêtre, corps mis à part ;
– le prêtre, pouvoir à part.
Résultat : une Église où l’on confond renoncement et domination, ascèse et contrôle du corps, fidélité au Christ et reproduction d’un modèle masculin sacralisé.
Au fond, ce refus du mariage des prêtres n’est pas une fidélité à Jésus, mais une fidélité à une théologie de l’entre-soi masculin, qui a tellement peur du féminin, du désir, et du partage réel du pouvoir qu’elle transforme une option disciplinaire contingente en volonté divine éternelle.
6 décembre 2025
Guy Vandegaart (Communautés de Base)

