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Démocratie dans l'Église

A.G. du Réseau-Résistances, 28.10.06

Gerda Compère
Publié dans Réseau Résistances n°45 (12/2006)

Contribution au débat : Quelques idées maîtresses qui fondent notre démarche

 

Tout d’abord, quand nous parlons d’un fonctionnement plus démocratique de l’institution Eglise, il ne s’agit pas de transposer purement et simplement les structures de la démocratie politique à l’Eglise, pas plus qu’on ne peut le faire pour d’autres institutions telles que l’école, l’entreprise, l’armée, etc. Comme nous l’écrit Ignace Berten, il faut distinguer esprit démocratique et procédures démocratiques, celles-ci devant être en harmonie avec la spécificité de l’institution.

Dès les premiers temps de l’Eglise, les communautés chrétiennes se sont organisées autour  de l’évêque. Le ministère épiscopal nous paraît donc un élément incontournable dans le gouvernement de l’Eglise. C’est pourquoi nous avons commencé notre démarche par établir un profil d’évêque sur la base d’un questionnaire auquel ont répondu un nombre significatif de chrétiens et que des évêques ont accueilli avec intérêt.

Toutefois ‘la structure hiérarchique de l’Eglise locale dont l’évêque est la clé de voûte ne saurait être une structure de domination ou d’oppression arrachant aux autres chrétiens leurs droits, s’appropriant des pouvoirs qui sont en fait ceux de tous les baptisés’. Cette dernière phrase, citée dans l’ouvrage « Gouverner l’Eglise autrement » de Georges Bihin et Philippe Van Vlaenderen, nous amène au concept d’Eglise-Communion. Dire que l’Eglise est un mystère de communion, c’est souligner que ses membres participent à la communion qui existe entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Le terme «communion», avant de concerner le fonctionnement de l’institution ecclésiale désigne la réalité de l’Eglise dans ce qu’elle a de plus intime et de plus profond.

Le «vivre ensemble» des baptisés doit refléter la manière divine d’être en relation et témoigner, pour le monde, de l’expérience d’un Royaume «parmi nous» (et pas «en nous»), c’est-à-dire non pas intérieur, privé, caché, mais interrelationnel. Pour le dire avec les mots de Maurice Bellet, «un entre-nous qui est le lieu du divin». En Eglise, et à tous les niveaux, les chrétiens devraient faire l’expérience d’être frères et sœurs parce que fils et filles et d’en vivre, d’être ensemble corps du Christ. 

Dans leur plaidoyer pour une Eglise-communion, Georges et Philippe notent

qu’il existe une rupture grave entre la constitution trinitaire de l’Eglise et ses institutions. Comment croire l’heureuse annonce d’un Dieu trinitaire proclamée par une Eglise dont les structures relèvent davantage de la monarchie de droit divin.  La centralisation de tous les pouvoirs entre les mains du pape à Rome et des évêques dans leur diocèse reflète l’image d’un Dieu ‘unitaire’ (celui du premier testament)  alors que Jésus nous révèle un Dieu trinitaire, modèle de communion, d’amour, de partage et d’échange.

Si elle se veut fidèle au message évangélique, l’Eglise a pour mission d’organiser, en son sein et au service du monde, ce vivre ensemble inspiré de la foi en un Dieu amour et relation qui suppose la fraternité, l’égalité et la liberté entre tous ses enfants.

Jusqu’ici nous avons évoqué deux pôles de la communication à propos du message chrétien : le message et le messager. Pour que le message soit crédible, il ne faut pas qu’il soit démenti par l’incohérence du messager. La parole de l’Eglise ne peut être reçue que si elle s’incarne dans le fonctionnement des communautés croyantes. Ceci nous amène au troisième pôle de la communication, le récepteur. Autrement dit l’enseignement de l’Eglise pour être reçu doit tenir compte des évolutions de ceux qui le reçoivent au XXIe siècle. C’est ce qu’exprime le théologien Raymond Panikkar : «L’institution doit s’adapter afin de rester transparente à l’expérience croyante dans un perpétuel processus de transformation».

Loin d’être un obstacle à la foi, pour Philippe Bacq, les évolutions actuelles pourraient être une chance pour l’Evangile. Les cinq traits distinctifs qu’il relève ne sont pas en contradiction avec les valeurs démocratiques qui nous tiennent à cœur : le primat de la raison qui met en question le principe d’autorité (on peut croire si cela paraît raisonnable, pas parce le magistère l’impose) ; l’autonomie personnelle qui s’oppose au conformisme social (on revendique sa liberté de choix en face des comportements imposés par le groupe) ; l’expérience personnelle qui est la référence privilégiée de nos contemporains (on n’est prêt à admettre que ce dont on a pu faire soi-même l’expérience) ; le dialogue comme attitude de vie où le croyant valide son expérience en la confrontant avec d’autres qui vivent une recherche similaire, sans plus se référer à une Eglise-Institution seule dépositaire du croire vrai ; un rapport nouveau à l’espace où la mobilité l’emporte sur la stabilité, la dissémination sur l’implantation en un lieu, la discrétion sur la visibilité.

Cette fluidité des rapports humains a érodé les institutions ecclésiales traditionnelles, bien visibles et solidement structurées et fait place à une nébuleuse de petits groupes et de réseaux connectés de manière souple à des structures plus ou moins organisées dans un esprit beaucoup plus démocratique (comme par exemple le Réseau Résistance articulé à PAVES et en relations avec des groupes semblables dans d’autres pays). Si l’Eglise veut que son message soit reçu dans le monde contemporain, elle pourrait s’inspirer de ce modèle. Concrètement, elle pourrait privilégier un mode synodal de fonctionnement associant à chaque niveau le peuple des baptisés et ses pasteurs  (par exemple, dans la paroisse : assemblée paroissiale, équipe pastorale, clergé, etc.).

Deux principes démocratiques nous paraissent souhaitables dans la gestion des communautés chrétiennes : le principe de subsidiarité qui veut que les problèmes locaux soient traités à l’échelle locale et au plus près de la réalité des gens à chaque niveau ; la durée temporaire des mandats qui seraient en outre soumis à évaluation tant par la base que par la hiérarchie.

Voici quelques principes qui guident notre démarche et auxquels nous vous proposons de réagir pour alimenter notre débat et nous passons maintenant la parole à Henri qui va introduire ce débat.

       Gerda et Pierre COMPÈRE

 

Gerda Compère (Communautés de Base)


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