Publications

Rechercher les articles
par mot du titre ou mot-clé :

présentés par :

année et n° (si revue):

auteur :

Malonne : un an après

Jos Gérard
Publié dans SONALUX n°59 (12/2006)

Il y a un peu plus d’un an, alors que l’on venait d’apprendre le nom du nouveau curé nommé à Malonne, un article  de Sonalux (n°54) faisait écho à la situation particulière de la paroisse. L’inquiétude était de mise. Voici ce que l’article disait en conclusion : « Ce n’est que dans les semaines qui viennent que l’on pourra juger des orientations prises par le nouveau curé. Vont-elles lentement mais sûrement saper ce qui s’était mis en place depuis des années et décourager ceux qui s’étaient investis ? Vont-elles, avec la sensibilité propre du nouveau venu, continuer dans une ligne ouverte et tolérante Vers quel type de communauté chrétienne se dirige-t-on : une communauté où les responsabilités sont partagées ou une communauté où l’on insiste sur le rôle du ministre « consacré » ? Vers quel type de rapport des croyants avec l’évangile : une voie où tous cherchent ensemble dans la confrontation des points de vue ou une voie où la vérité vient d’en haut ? ».

Après coup, on peut dire que les craintes n’étaient pas des fantasmes. L’équipe liturgique du « Piroy » a démissionné en bloc (Sonalux 57), épuisée par ses nombreuses démarches infructueuses de dialogue.

Un peu plus d’un an après, il nous a semblé intéressant de solliciter l’avis des « déçus ». Pour la plupart, ils ont cherché refuge dans des paroisses des alentours (au moins 5 paroisses différentes). Certains se sont éloignés de la communauté chrétienne sur la pointe des pieds. Quelques-uns, il faut le dire, tentent de poursuivre le dialogue et certains sont réjouis par l’orientation du nouveau curé. L’église paroissiale n’est pas désertée mais, selon l’avis de Malonnois de longue date, ceux qui ne viennent plus ont été remplacés par pas mal de visages qu’on n’avait jamais vus dans le village.

Voici ci-dessous quelques réactions glanées auprès des déçus.

Réactions rassemblées par José Gérard

  

« Ma conviction profonde était que notre communauté aurait pu, aurait du s’en sortir par une prise en charge personnelle. Nous avions, je le croyais, le potentiel pour nous mobiliser. Et je pense que l’Esprit nous aurait été donné pour démarrer une communauté locale animée par des laïcs. Si l’option de survie de beaucoup aura été le rattachement à une communauté voisine, j’ai personnellement mal d’avoir perdu l’occasion de témoigner de ce que nous aurions pu construire progressivement, humblement, collégialement, dans un souci de respect profond de chacun et de ce que nous croyons habité de l’Evangile.

Par deux fois dans ma vie, j’ai du abandonner le terrain dans des luttes que j’estimais primordiales pour le respect des valeurs évangéliques dans le concret de l’existence. Ce fut une fois, face à une direction de religieuses, dans le domaine professionnel, c’est maintenant face à un curé. Deux personnes avec qui je me dis que j’aurai des difficultés à renouer dans l’au-delà. Deux personnes que je choisis aujourd’hui délibérément d’éviter, si la chose est possible. A chaque fois, il m’est apparu que ce que je vis comme une injustice alors, est causé par un mandat ecclésial compris comme une autorité et non un service. Pouvoir exercé sans appel, à chaque fois par des personnes qui disent avoir la vérité et qui abusent de leur état pour faire taire un discours qui les remet trop en question. Qui remet trop en question leur vision de la tradition et la plénitude du message dont ils disent qu’ils ont la responsabilité de sauvegarde.

Plus j’avance dans la confrontation avec les défenseurs de cette Eglise, plus je me sens catholique protestant… Plus je me rapproche des membres d’autres religions avec sympathie. Plus je comprends la laïcité. Et plus je serais prêt à renoncer à beaucoup de choses plutôt que d’être associé à leur cause. » (Michel Berhin)

***

« Un an !  Déjà un an…Un nouveau curé pour la paroisse.  D’abord, l’impatience, la curiosité, la sincérité dans l’accueil malgré quelques craintes. Et puis, et puis…malgré la sympathie de l’homme, une succession de surprises, à un rythme rapide : un style tout à fait différent, une volonté d’en revenir à un pur style correspondant à l’évêché, l’importance primordiale des sacrements bien avant les relations humaines, le retour des adorations et d’autres rites qui révèlent des images de Dieu qui nous semblent d’un autre âge ou d’une autre culture…mais surtout, la conviction de détenir la seule vérité, et donc le rejet de ce que les autres vivent d’une manière un peu différente…Et l’accumulation des paroles et des gestes malheureux, parfois blessants, qui ne donne plus envie de célébrer ensemble, voire qui empêche de célébrer sereinement…Démission en bloc : chorale, catéchistes, équipe liturgique, préparation aux baptêmes…Une communauté familiale, jeune, active, heureuse de célébrer au nom de Jésus Christ vole en éclats. Séisme.  Désarroi…d’autant plus grand que les investissements dans la paroisse ont été nombreux en temps, en énergie, en enthousiasme.  Beaucoup de souffrance, de nombreuses larmes, d’énormes questions, et une terrible soif. 

Soif d’une nouvelle communauté accueillante, soif d’une célébration qui nourrit le quotidien de toute la semaine, soif de mots qui ne sortent pas d’un bréviaire mais qui résonnent en vérité, soif de célébrations dépoussiérées, soif d’un guide qui mobilise le meilleur de nous-mêmes pour la construction d’un monde plus humain, soif d’un prêtre que la communauté peut rencontrer ailleurs que dans son église…Pas d’autre solution : l’émigration est nécessaire, le nouveau projet pastoral le confirme, si besoin en était encore…, nos chemins pour mieux découvrir Dieu sont fort différents…

Merci à ceux qui me désaltèrent et m’apportent à nouveau paix et joie profondes.  Merci à ceux qui vivent et célèbrent d’une façon telle que même les adolescents sont interpellés. »

***

« Je me sens incapable, et encore pour longtemps je crois, deréagir face à cette église-là qui tente de nous imposer un carcaninsupportable alors que tant de tolérance, de respect, d'écoute peuvent exister ailleurs. Je n'ai toujours pas pu consulter le projet pastoral mais je crois déjà savoir ce qu'il nousréserve comme belles choses si on est prêt à ne pas trop réfléchir et àsuivre aveuglément le seul berger potable de la paroisse et ça ne m'intéresse pas. Vous voyez que même après quelques mois, la révolte, la tristesse...sont toujours présentes, même si l'accueil d'autres contrées menourrit et m'accompagne dans ma vie.Merci à tous ceux croisés ce matin au petits déjeuners Oxfam : c'est toujours unplaisir de se retrouver, de papoter...  et de faire Eglise autrement (vous me manquez...). »

***

« Les longs démêlés avec notre nouveau curé ont abouti à la rupture et à la dislocation d'une communauté où il faisait bon vivre et célébrer en chrétiens (mais il paraît que Dieu n'était pas là!).  Donc nous sommes allés voir ailleurs. Déroutés, bouleversés, profondément blessés parce que dans nos célébrations se disait toute notre foi à travers les prières et les rites que nous construisions très scrupuleusement et aussi - pensons-nous - très solidement au niveau théologique. Nous sommes donc allés voir ailleurs. Etre nomade n'est pas facile.  Etre déraciné non plus. Personnellement je me suis retrouvée un dimanche matin dans une communauté où les hasards (?) de la vie m'ont amenée.  Oui je connaissais le célébrant et – ouf – aussi quelques personnes de l'assemblée.  Cela commençait bien!  Et puis au fil du temps, quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre que bien d'autres personnes étaient comme moi des "fuyant-leur-paroisse".  Comme moi ces chrétiens sont des insatisfaits d'une Eglise qui privilégie le rituel sclérosé, les assemblées pieuses, sérieuses et ennuyeuses.  Comme moi ils rêvent de liturgies qui ont du sens et qui deviennent nourriture pour la route parce qu'elles parlent dans nos vies. Comme moi, ils croient en un Dieu "très-bas", réellement incarné, qui se cherche et se trouve d'abord dans l'humain. Aujourd'hui, je fais partie de l'équipe liturgique de cette paroisse d'adoption, que je remercie pour son accueil.  Merci à toutes les communautés ouvertes et inventives.  Grâce à vous, nous tiendrons le coup et l'Evangile gardera sa jeunesse. »

***

« Du temps du curé précédent, je n’étais certes pas à l’église tous les dimanches. Mais je m’associais volontiers à certaines célébrations et j’étais engagé dans différents groupes chrétiens d’action ou de réflexion. C’est ma manière à moi d’être chrétien. Elle est ce qu’elle est, mais je me sentais profondément membre de la paroisse, de la communauté chrétienne locale. Aujourd’hui, après avoir participé à l’une ou l’autre célébration où je me suis senti totalement décalé, je me sens étranger à cette Eglise-là. Et ce n’est pas la lecture du nouveau projet pastoral 2006-2009, qui fut paraît-il trouvé « magnifique » par l’évêque (selon un article publié dans le mensuel local « Malonne Première »), qui m’incite à l’optimisme. J’y apprends certes qu’il faudra choisir pour la liturgie des lecteurs soucieux de « faire passer » les textes sacrés, mais j’ai eu beau feuilleter plusieurs fois la brochure, je n’y ai pas trouvé un seul mot sur de nombreuses initiatives locales qui s’inspirent de l’évangile et qui le rendent présent dans la vie quotidienne : les mouvements de jeunesse, par exemple, où quelque 50 jeunes de la paroisse s’investissent chaque week-end pour éduquer plus de 300 enfants. Evidemment, il ne commencent pas les réunions par une messe… » 

Jos Gérard


webdesign bien à vous / © pavés. tous droits réservés / contact : info@paves-reseau.be

Chrétiens en Route, Communautés de base, Démocratie dans l'Eglise, Evangile sans frontières, Hors-les-murs HLM, Mouvement Chrétien pour la Paix MCP, Pavés Hainaut Occidental, Sonalux