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Contestation - transgression

Pierre de Locht
Publié dans HLM n°56 (5/1994)

 

Ces deux termes ont souvent mauvaise presse. On peut le comprendre : quiconque s'est efforcé d'établir, non sans peine et en toute conscience, un certain ordre voit d'un mauvais oeil toute remise en question. Que ce soit dans la vie familiale, l'agencement d'une communauté, la réalisation d'une initiative ... il est trop facile à certains, pense-t-on alors, de venir mettre en cause ce qu'on a élaboré de son mieux. Et pourtant... ce qui paraît, aux yeux de l'autorité, critique négative, attitude destructrice, n'est peut-être pas sans signification, sans valeur, sans impulsion créatrice.

Contester, c'est en quelque sorte tester, témoigner devant la communauté pour des valeurs insuffisamment reconnues, mais que l'on croit importantes en fonction de réalités ou situations nouvelles. Transgresser, c'est s'avancer au­-delà de l'ordre établi et des routes balisées, interpellé par des appels auxquels la société est encore peu attentive et qui pourtant sont lourdes de sens.

Contester et transgresser sont pour certains une exigence personnelle impérieuse d'authenticité et de vérité, liée à une vive perception de ce qui se profile comme nécessaire à la communauté. C'est pratiquement toujours à la base, et non d'abord chez les responsables avant tout soucieux de l'ordre établi, que se décèlent d'abord ces appels, ces signes avant-coureurs d'indispensables mutations. La transgression n'est-elle pas indispensable à toute société, sous peine de se scléroser, de s'enfermer dans un ordre établi qui ne répond plus aux réalités présentes ?

Si Vatican II a pu, dès sa première session, susciter une large réforme liturgique, c'est parce que, à la base, des petites communautés avaient commencé à expérimenter, dans la désobéissance, les indispensables adaptations : désobéissance à la littéralité des ordres en vigueur, mais obéissance affinée, prospective, dans l'attention aux valeurs sous-jacentes à ces consignes liées à une étape, déjà en partie révolue. "En transgressant la loi, la conscience ne l'annule pas, elle la confirme", reconnaît très justement Denis Müller, théologien suisse : c'est-à-dire qu'elle reconnaît, avec le bien-fondé de la loi, la nécessité d'en mener plus loin les intuitions en fonction des déploiements de la vie.

Sait-on, comme le rapporte un de ses biographes (Gavan DAWS, Nous autres lépreux, Nouvelle Cité 1984, p.114-115) que le Père Damien a pris un certain nombre d'initiatives que l'autorité ecclésiastique condamne, comme de marier des hommes et des femmes qui, venant à la léproserie, ont abandonné leur conjoint ? "Manque de réflexion", comme l'écrit à l'époque son vive-­provincial au général de l'Ordre, attribuant ainsi à un défaut individuel ce qu'on ne veut pas reconnaître comme chargé de sens. L'autorité romaine a-t­-elle préféré ignorer ces "initiatives intempestives" ou les croit-elle justifiables? En tout cas, cela ne fait pas obstacle à sa béatification.

On ne peut pas ignorer que certaines transgressions sont infantiles, d’autres au contraire sont indispensables à la construction de l’avenir. Au moment de s’y résoudre, on ne peut savoir avec clarté si elles sont de l’un ou l’autre ordre. Transgression négative ou prophétique ? Seule l’histoire le dira, leur permettant au fil des temps de faire leurs preuves et d’en reconnaître les fruits. C’est pourquoi la contestation comme la transgression doivent se vivre dans l’humilité, mais avec fermeté et décision. Il y va de sa cohérence personnelle profonde et du bien de la communauté.

Le 24 mars 1994

Pierre de Locht


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