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Penser les ministères !

L'imagination n'est pas infidélité

Philippe Liesse
Publié dans ESF n°10 (4/1998)

Penser les ministères !

Le 23 octobre 1972, au cours de l'Assemblée de l'épiscopat français à Lourdes, Guy-Marie Riobé, évêque d'Orléans, intervenait en ces termes : " Pourquoi le ministère presbytéral ne serait-il pas exercé par un membre de la communauté, choisi par elle, préparé à cette tâche, appelé, ordonné, envoyé par l'évêque, accomplissant cette fonction sans nécessairement l'exercer à temps complet, et cela tant que cette communauté ou une autre le demanderait ? [1]

En novembre 1993, Jacques Gaillot, évêque d'Evreux, lançait ce cri combien déchirant : " Des communautés chrétiennes meurent !  Les prêtres se font rares ... Pourquoi tant de blocages et si peu d'imagination " . [2]

En janvier 1998, un jeune prêtre du Brabant Wallon annonce à ses paroissiens qu'il est amené à quitter le ministère parce qu'il aime une femme....

Sa communauté l'applaudit chaleureusement et le courrier  va affluer à l'évêché pour dire : " pourquoi doit-il quitter le ministère ? Il l'exercerait sans doute encore mieux grâce au bonheur qui l'habite maintenant ! "

 

Alors que des voix prophétiques continuent à interpeller, ce sont les mêmes redondances qui y font écho. L'espoir s'amenuise car c'est le même scénario qui se répète inlassablement : des groupuscules qui ne cessent d'interpeller, des idéologues qui ne cessent de ronronner les mêmes réponses figées, une majorité chrétienne de moins en moins silencieuse sans doute mais cependant résignée ... à moins qu'elle ne se sente plus du tout concernée !

Peut-on accepter cette euthanasie passive de communautés chrétiennes ?

Si un choeur unanime répond par la négative, les remèdes proposés ne reflètent pas cette unanimité.

 

Les uns prient pour les vocations en disant que l'Esprit ne peut laisser tomber l'Eglise ... car ils sont persuadés que l'Esprit souffle uniquement dans la direction bien balisée par la hiérarchie de l'Eglise. Et pour aider l'Esprit à ne pas " manquer de souffle ", il y a les décisions et les directives pastorales qui veulent  redonner un squelette solide, tant spirituel que théologique, aux prêtres et futurs prêtres.

Ainsi, au cours du débat télévisé du 23/02/98 [3], A.M. Léonard, évêque de Namur, répond au journaliste qui lui demande pourquoi il a licencié les théologiens du Sénevé : " je ne les ai pas mis à la porte... ils pouvaient rester, mais ils ont préféré ne pas marcher... !

Mais par contre, j'ai actuellement un séminaire... et j'ai rencontré personnellement chacun des séminaristes... et je suis heureux de les entendre dire quelle joie c'est pour eux d'avoir de bons professeurs dont ils sentent que l'enseignement de qualité est toujours très proche des réalités pastorales et très en communion avec l'Eglise. C'est pour moi une garantie de vérité ".

La question qui me reste dans la gorge est la suivante : comment définit-on les réalités pastorales ?  En écoutant les besoins d'une communauté ou en lui dictant ses besoins ?

 

D'autres s'engagent dans la voie d'une ouverture de " responsabilités " aux laïcs, n'hésitant pas à parler de diversification des ministères, mais en se gardant bien de maintenir la frontière qui va sauver la fonction sacrée du ministère presbytéral, et ceci, bien qu'ils s'en défendent, dans la ligne du dernier décret romain sur le rôle du laïc.

En effet certains évêques disent déplorer ce décret mais ils n'hésitent pas à déclarer par ailleurs que : " il y a une différence fondamentale entre les prêtres et les laïcs. Quand un prêtre parle, il ne fait pas de doute que c'est Jésus-Christ. Mais quand un laïc parle, ce n'est qu'un homme " [4].

 

 

D'autres encore parlent du ministère laïc comme d'un ministère qui s'articule au ministère du baptême, propre à tout baptisé [5]. Cette théologie  ne manque pas d'intérêt car elle développe un nouveau rapport entre les ministères ordonnés et le ministère de tous les baptisés... mais la frontière reste toujours bien tranchée.

Il y a bien d'autres recherches qui s'efforcent d'ouvrir des perspectives pour l'aménagement des ministères, mais toutes me semblent vouloir apporter des réponses au problème actuel du manque de prêtres sans oser s'interroger sur la doctrine qui a engendré et qui maintient le ministère presbytéral dans la forme que nous lui connaissons.

On cherche à aménager les lieux en bougeant l'un ou l'autre meuble, en changeant le papier peint, en renouvelant la moquette, mais on ne songe même pas à risquer le déplacement. Il en va de même pour toutes les structures écclésiales; elles sont critiquées et contestées par de plus en plus de chrétiens mais  la doctrine qui engendre ces structures n'est jamais remise en question.

Or le déplacement théologique me semble primordial si on veut atteindre le noyau de la foi. La vraie théologie suppose en son principe même le déplacement car faire de la théologie, c'est chercher, se mettre en recherche de l'intelligence de la foi. La théologie est donc création permanente, imprégnée par définition de liberté. Autrement dit, elle n'est pas transmission, sous le contrôle d'un appareil, d'une série de notions " [6].

La définition fossilisée ne donne plus à penser [7] . Quand la théologie se réduit à une transmission de notions qualifiées d'intouchables, cette théologie devient du fait même une simple idéologie.

Même la Parole de Dieu peut devenir idéologie, car  " ... si la Vérité est immuable, son cheminement en nous ne l'est pas. Ce qui est dit n'a pas encore été dit. Ce qui est trouvé n'a pas encore été trouvé. Les répétiteurs ne sont fidèles qu'en apparence. La Vérité qui n'est plus réchauffée dans une conscience d'homme est une Vérité trahie " [8].

 

Au niveau du ministère presbytéral, la réflexion me semble devoir porter d'abord sur la doctrine du sacerdoce et non sur les conditions requises pour être ordonné. En d'autres termes, ordonner demain des hommes mariés pour leur conférer ce statut  de " mis à part, vis-à-vis, intermédiaire " que nous connaissons dans la théologie traditionnelle, ne changerait rien. Ce ne serait qu'un accomodement.

 

Penser le ministère, c'est penser Peuple de Dieu !

 

Penser Peuple de Dieu, c'est d'abord faire œuvre de décléricalisation.

Quelques années après sa déclaration à l'épiscopat français réuni en Assemblée plénière à Lourdes, Guy-Marie Riobé se retrouve bien isolé, d'autant plus que nous sommes au milieu de cette vague importante de départs de prêtres. L'évêque se bat pour que l'on admette un véritable pluralisme dans l'Eglise, et il donne à son diocèse un programme (septembre 1976) intitulé : " Une Eglise aux visages divers ". Il n'hésite pas à dire que ... " Au nom de l'annonce de l'Evangile et pour sauvegarder ses dogmes, l'Eglise dans son histoire a plus d'une fois sacrifié les diversités de cultures et de sensibilités de milieux à une uniformité de structures, de législation et de liturgie, et à un centralisme excessif   - toutes choses préjudiciables au développement harmonieux du Corps du Christ " [9].

Et dans la troisième partie du programme qu'il propose, il souligne qu'une condition indispensable à l'ouverture et à la fidélité à Jésus-Christ est le dépassement d'un certain cléricalisme : " Qui oserait dire qu'un certain cléricalisme des temps passés n'est pas encore dans nos habitudes ? Il ne s'agit pas là simplement d'abus mais d'une véritable confiscation de l'héritage apostolique qui appartient à l'Eglise entière. C'est à tous les baptisés, en Peuple, qu'est transmis cet aspect de la charge des Apôtres ...[annoncer l'Evangile à tous les hommes de tous les temps] [10].

Il conclut en insistant pour que les chrétiens des différents milieux puissent créer eux-mêmes leur vie et leur communauté d'Eglise plutôt que de leur demander de faire fonctionner la communauté d'Eglise [11].

 

 

Cette confiscation de l'héritage apostolique au profit d'un groupe particulier n'est pas nouvelle. La fonction sacerdotale, qui appartient au Peuple de Dieu, s'est vue peu à peu réservée à certains, dès les premiers siècles. " ... lentement, se dessinera la tendance à comprendre et régler le ministère à la lumière de l'institution lévitique. Elle s'accompagnera d'une sorte de glissement. Les prérogatives sacerdotales de la communauté comme telle, reconnue par le nouveau Testament et en particulier par la lettre de Pierre, tendront à devenir celles des ministres, auxquels pourtant le Nouveau Testament n'attribue jamais un titre sacerdotal. Il y aura les  " prêtres " et les autres. Ainsi naîtra la distinction entre clergé et laïcat, qui ira en se durcissant " [12].

 

 

Aujourd'hui, à l'aube du XXIeme siècle, combien de clercs (et de laïcs) sont-ils prêts à remettre en question la compréhension de la doctrine du ministère et à s'aventurer sur le chemin qui consiste à oser le dépassement dont parle Guy-Marie Riobé, dépassement qui est véritable déplacement théologique. Ce déplacement consiste à définir le ministère à partir du Peuple de Dieu. Beaucoup préfèrent l'autoroute bien balisée qui est exactement le chemin inverse : la définition du Peuple de Dieu à partir du ministère. Ce chemin indique le point de départ : le ministère comme fonction sacrée et sacralisante, comme un état qui trouve sa justification dans le mystère divin .

Peuple de Dieu à l'origine ou Peuple de Dieu comme conséquence ?

Choisir la deuxième voie, c'est maintenir l'état clérical, l'idée de l'ordonné-druide, intermédiaire sacré, seul habilité à rendre vrai et efficace le sacrement, révérend (au sens étymologique), l'appelé, l'élu, le choisi, le vis-à-vis indispensable !

C'est aussi faire naître le pouvoir, le justifier et le stabiliser, tout en se convaincant, lorsqu'on le détient, qu'il s'agit d'un service empreint de générosité et de gratuité.

Dans cette optique, le prêtre sera forcément " envoyé " dans une communauté locale, il sera véritablement parachuté... et si la communauté semble manifester un rien de perplexité, il lui sera dit, de  manière très cléricale, qu'il faut accepter le nouveau prêtre comme  un " cadeau du ciel ".

Qui oserait prétendre que ce scénario ne reflète pas, aujourd'hui encore, la réalité ?

 

 

Un ministère qui émane de la communauté.

 

 

Là où deux ou trois se réunissent en mon nom, je suis au milieu d'eux. (Mt. 18, 20)[13].

C'est pour moi le point de départ essentiel de la communauté : des femmes et des hommes qui décident de se rassembler au nom de Jésus de Nazareth, mettant ainsi leurs pas dans les pas des Apôtres qui se sont levés pour suivre Jésus et annoncer l'Evangile. Ces femmes et ces hommes qui se rassemblent aujourd'hui sont les héritiers des Apôtres, et comme le disait G.M. Riobé, c'est à tous les baptisés, en Peuple , qu'est transmis cet aspect de la charge des Apôtres... l'annonce de l'Evangile à tous les hommes.

Yves Congar l'affirme tout aussi nettement lorsqu'il dit que " ...la succession apostolique relève plus de l'Esprit qui anime les Eglises que de la continuité sans rupture de la succession des impositions des mains qui consacrent les évêques " [14].

 

 

Je suis au milieu de vous... lorsque vous êtes réunis en mon nom..

Cette communion au Christ se fonde donc sur l'enracinement en cette promesse d'alliance. Cet enracinement est bien la sève qui fait grandir, qui fait pousser !

Jamais Jésus ne dit que sa présence est garantie par un délégué ou un représentant; il n'y a donc pas   un " acteur " qui doit tenir le rôle du Christ. Il n'y a pas d'intermédiaire sacré qui serait plus spécialement configuré au Christ. C'est le baptisé qui est configuré au Christ parce qu'il renaît de l'eau et de l'Esprit. Le rituel du baptême le dit en ces termes : " désormais tu es membre du Corps du Christ et tu participes à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi " [15].

 

Le seul " tiers " que le Christ nous propose, c'est le pauvre, l'affamé car ... " ce que tu lui as fait, c'est à moi que tu l'as fait  " (Matt. 25,36).

C'est la communauté qui est sacrement, présence du Christ, et qui inclut tous les sacrements... c'est l'Eglise en tant que communauté qui est sacerdotale [16].

Pour vivre cette communion, cette sacramentalité, la communauté va déterminer elle-même les services, les ministères qui lui sont nécessaires; et elle est la seule à pouvoir déterminer qui est apte à remplir tel service puisque c'est en son sein que se dévoilent les nécessités et les dons ou charismes qui peuvent y répondre [17].

 

Ce type de réflexion n'a rien de nouveau et j'aime citer encore Guy-Marie Riobé qui, en 1975, présentait à son diocèse une réflexion pastorale qui garde encore aujourd'hui toute son acuité : " ...des chrétiens de tout âge et de toute origine éprouvent le besoin de se réunir en des lieux privilégiés...[c'est par ces] authentiques communautés de foi que prendra corps un christianisme de plein vent, qui se laisse mener par l'Esprit... il faut inventer d'autres lieux, de nouvelles façons de se retrouver en Eglise... Une restructuration des ministères s'imposera à l'avenir : de nouveaux ministères naîtront de ces besoins nouveaux. D'où une métamorphose tant des paroisses que des fonctions presbytérales. Nous sommes engagés, bon gré mal gré, dans un processus d'évolution qui ne doit en rien nous déconcerter mais que nous devons analyser lucidement " [18].

Mais d'où viendraient donc les réticences face à une telle démarche ?  Guy-Marie Riobé répond à cette question dans une homélie qu'il prononce quelques jours plus tard : " Est-ce que nous n'avons pas cette tentation  [ ... ] de nous refermer sur nous-mêmes et devant tout ce qui se passe dans le monde, dans l'Eglise, de fermer les portes, de garder nos sécurités, de maintenir ce qui est déjà, et que cela ne nous soit pas ôté ? " [19].

Ou en d'autres termes, dans l'épilogue d'un roman de Jacques Neirynck : "... ne serait-ce pas parce que le dessein réel, au cours des siècles [...] aurait été d'assurer la conservation de notre fonction " [20].

 

Dans ce chemin d'Evangile où c'est la communauté qui est première et qui est donc source des ministères, l'ordination va prendre un tout autre sens.

Chemin d'Evangile car " ... de la péremption du sacerdoce particulier [ de l'Ancien Testament ] par le sacerdoce du seul grand prêtre, nouveau et éternel, la réflexion ultérieure de la communauté a conclu au sacerdoce commun de tous les fidèles, sacerdoce dont la teneur concrète est l'accès immédiat de tous à Dieu, le sacrifice spirituel, la prédication de la parole, la pratique du baptême, de l'eucharistie, du pardon des péchés et de l'intercession réciproque " [21].

L'ordination ne sera plus l'investissement d'un caractère sacré et indélébile, une sorte d'adoubement ! Elle sera plutôt la reconnaissance par la communauté du service pour l'accroissement de la communion. Les paroles du rituel d'ordination retrouveraient tout leur sens : " l'Eglise me demande d'ordonner " dit l'évêque. C'est l'Eglise, Peuple de Dieu qui demande l'ordination pour l'un de ses membres  !

Dans une dynamique de reconnaissance, les deux parties sont nécessairement impliquées, ce qui signifie aussi que la durée du service est liée à cette reconnaissance. C'est ce que Guy-Marie Riobé exprimait lorsqu'il posait la question à l'Assemblée de Lourdes : "  pourquoi le ministère presbytéral ne serait-il pas exercé [...] tant que cette communauté ou une autre le demanderait  ? "

Il est tout de même paradoxal que la hiérarchie refuse l'idée d'un ministère limité dans le temps au nom du caractère divin, donc indélébile, de l'ordination, mais que d'autre part elle n'hésite pas à se poser en gestionnaire autorisé de ce caractère divin en laïcisant ou en réduisant à l'état diaconal des prêtres mariés [22].

L'ordination pour un temps déterminé serait aussi une chance pour le ministre. En effet, parce qu'il ne sera pas identifiable pour toujours dans une fonction, il pourra se reconnaître et être reconnu, lui aussi, chrétien en chemin, en recherche [23].

 

Dans ce chemin d'Evangile, les sacrements ne seraient plus des actions magiques

 

Si le sacrement est signe de la présence gratifiante de Dieu et signe de son amour [24], alors les sacrements sont vraiment partout dans la vie, et ils ne sont pas confinés dans des actes qui ne trouvent leur validité que par la personne qui les pose.

L'entrée dans la communauté de foi, le pardon dans la vie, l'amour humain, le dernier moment de la vie, tous ces passages ne peuvent-ils être des cheminements de grâce ? Pourquoi ne seraient-ils pas sacramentels , c'est-à-dire vivifiés par la présence aimante de Dieu ?

Pourquoi cet engagement de Dieu serait-il conditionné par le geste d'un intermédiaire sacré ?

Et lorsque la communauté veut célébrer et dire dans un geste communautaire la présence aimante de Dieu, elle demandera à celui dont elle a " reconnu " le charisme d'animer la célébration [25].

 

           

Un déplacement des priorités pastorales

 

 

Au terme de trois années de travail, l'Assemblée des évêques du Québec a publié les résultats d'une recherche intitulée : " Risquer l'avenir " [26].

Cette recherche invite à abandonner les traditions pastorales devenues inaptes à prendre en compte les données de la situation actuelle.

Cette perception de l'inaptitude est le résultat d'une véritable écoute des besoins de la communauté.

 

Dans ces traditions pastorales inaptes, sont citées, entre autres : la politique d'éducation de la foi visant principalement les enfants car la majorité d'entre eux ne peut compter sur un soutien familial, la politique pastorale qui favorise les grands rassemblements liturgiques, la politique qui consiste à répondre de manière automatique à la demande de sacrements, la politique qui cherche à maintenir à tout prix le bâtiment.

Les évêques du Québec reconnaissent que ces déplacements ne sont pas faciles et qu'ils risquent de provoquer des conflits mais éviter de courir ce risque, ce serait consentir à " l'étouffement progressif de la présence évangélique dans nos milieux et à la folklorisation graduelle du christianisme ".

 

Le dossier propose une série d'otions à privilégier : former des disciples de Jésus et non pas d'abord offrir des services liturgiques ou conserver un patrimoine religieux, investir par priorité auprès des adultes, ne sacramentaliser que ceux que l'on peut éduquer dans la foi chrétienne, demeurer dans le souci de transformer la société, se construire un leadership en co-responsabilité en mettant en valeur la diversité des charismes.

Le premier enjeu est de faire grandir chez les baptisés pratiquants adultes... " une foi personnelle, vivante et critique qui en fasse des disciples de Jésus ". Ceci implique une modification fondamentale des politiques d'éducation à la foi mais aussi l'urgence de proposer aux chrétiens pratiquants une expérience communautaire de foi en les amenant à créer des communautés restreintes.

 

Les communautés chrétiennes sont donc invitées à ... " risquer l'avenir en relevant le défi d'inventer ". A cette condition seulement la présence chrétienne pourra devenir  " pleinement évangélisatrice " [27].

 

 

                                                                                 ¦

 

 

 

Si l'espoir s'amenuise devant le raidissement de l'autorité écclésiastique, je vois par contre des grands signes d'espérance dans ces diverses petites communautés qui vivent en marge des directives institutionnelles.

Elles sont porteuses de sens écclésial :  des femmes et des hommes qui se réunissent au nom de Jésus pour approfondir leur foi, se nourrir à la Parole qui fait vivre, célébrer Jésus-Christ en faisant mémoire de lui dans la célébration eucharistique ... toutes choses qui se fondent sur la promesse de Jésus  d'être là

quand deux ou trois se réunissent en son nom.

Se baser sur la seule légitimité pour justifier le sens, c'est sombrer dans la dérive légaliste, dérive que Jésus lui-même n'a cessé de combattre.

Nous savons très bien qu'il y a des choses qui ne sont pas légitimes mais qui ont du sens.... comme il y a des choses qui sont légitimes mais qui n'ont pas ou qui n'ont plus de sens !

Toutes ces démarches, faites dans la foi, dans la recherche, dans le partage, dans la prière, sont des déplacements prophétiques. Elles sont comme les jeunes pousses de printemps, porteuses d'avenir.

Et c'est bien parce qu'elles sont prophétiques qu'elles sont si mal accueillies ou suspectées ou combattues par une institution qui se raidit de plus en plus dans sa crispation identitaire.

 

 

 

Le cadavre de Guy-Marie Riobé fut retrouvé le 18 juillet 1978 sur la plage de Grau-du-Roi !

Une mort mystérieuse ! Des bruits divers ont couru ! Personne ne saura jamais !

 

"  rien de plus triste que ces efforts pour le faire taire durant sa vie, et que ces efforts,  après sa mort, pour l'enterrer. Tel son successeur au siège d'Orléans [Jean-Marie Lustiger] qui, dans l'homélie et

les discours de son sacre d'ordination épiscopale à la cathédrale d'Orléans, réussira ce tour de force de ne pas même le nommer.

Mais c'est là le sort des prophètes ... [...]  les siens ne l'ont pas reconnu.

Reste ce qu'il est.

Les premiers qui ont dû parler de lui ont d'emblée utilisé le terme prophète.

Les prophètes, on les insulte, on les agresse, il arrive qu'on les tue. Ils demeurent prophètes, ils parlent dans leur vie et dans leur mort. On ne peut pas les empêcher de parler " [28] .

Philippe Liesse (Evangile sans frontières)

Notes :
[1] G.-M. Riobé, Passion de l'Evangile, Paris, Cerf, 1978, p.31-35.


[2]  Le Monde. 6/11/93.


[3]  Ecran témoin  RTBF : Dieu est-il de gauche ?


[4] Christian Laporte, Portraits d'Eglise, Bruxelles, Ed. Luc Pire, 1997, p.50


     dans un dialogue avec P. de Locht à propos de l'actuel primat de Belgique.


[5]  Bernard Sesboüé, N'ayez pas peur. Regards sur L'Eglise et les ministères aujourd'hui. Paris, DDB, 1996.


[6] Jacques Duquesne interroge le père Chenu, coll. des interviews, Centurion p.46.


[7] Joseph Moingt, L'homme qui venait de Dieu, Cerf, p.179.


[8] Jean Sulivan, Le petit âbime.


[9] Jean-François Six, Guy-Marie Riobé, evêque et prophète, Paris, Seuil, 1982, p. 468.


[10]  Ibid., p. 469  (c'est moi qui souligne).


[11]  Ibid. p. 470


[12] Jean-Marie R. Tillard, L'Eglise locale. Ecclésiologie de communion et de catholicité, Paris, Cerf, 1995.


[13] ou gar eisin duo h treiV sunhgmenoi eiV to emon onoma ekei eimi en mesw autwn


Le verbe grec utilisé pour dire le rassemblement est le verbe   sunagw , d'où vient le terme   sunagwgh  que nous traduisons par synagogue. Il ne s'agit donc pas de rencontre fortuite !


[14] Marcel Legaut, Patience et passion d'un croyant, Paris, DDB, 1990, p.112


[15] Rituel du baptême / Onction avec le Saint-Chrème.


[16] Marcel LEGAUT, ibid. p. 205


[17] Pierre de Locht, Des ministères autogérés, in HLM n°69/oct.97, p 27-28.


[18] Jean-François Six, op.cit., pp.419-422.


 


[19] Ibid. p 424.


[20]  Jacques Neirynck, Le manuscrit du Saint-Sépulchre, Paris, Cerf, 1995, p.314.

[21] Hans Küng, Etre chrétien, Paris, Seuil, 1978, p. 567


[22] En (ex)Tchécoslovaquie, sous le régime communiste, des hommes mariés ont été ordonnés prêtres de l'Eglise catholique       romaine, afin que l'Eglise puisse continuer à vivre secrètement.


Après la chute du mur de Berlin, Rome a demandé à ces prêtres de se signaler afin d'être réduits à l'état diaconal.


[23] Pierre de Locht, La foi décantée, Paris, DDB, 1998, p.28


[24] Pierre de Locht, ibid. p.151


[25] Marcel Légaut, Mutation de l'Eglise et conversion personnelle, Paris, Aubier, 1975, pp. 70 et 261.


L'auteur cite les travaux de J. Moingt dans Etudes (1975) à propos de la diversification des services dont par exemple la distinction entre fonction cultuelle et mission apostolique.


[26] Montréal, Fides, 1992


[27] Fabien Deleclos a présenté les grandes lignes du dossier sous le titre Nouvelles pratiques pastorales dans La Libre Belgique du 06/03/95.


[28] Jean-François Six, op. cit. P. 570




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