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Les couples du silence

Pierre de Locht
Publié dans HLM n°94 (12/2003)

Le magazine "L'appel" vient de publier, dans son numéro de septembre, un article concernant les liaisons entre femmes et prêtres. Il est bon qu'une revue chrétienne aborde ainsi, de manière sereine et ouverte, une situation fréquente, trop souvent refoulée dans la clandestinité. Cette description, combien pertinente, de la réalité vécue devrait susciter ensuite des analyses fouillées des valeurs en cause et du sens de la situation présente. C'est dans cette perspective que je propose une première approche.

Au nom d'une obligation

Ce n'est pas avant tout une prise de conscience large et vivifiante du sens et de la portée du célibat consacré qui étaye l'obligation imposée aux prêtres, mais la rigueur d'une discipline indiscutable. Discipline qui ne permet ni un inventaire objectif de la réalité ni des débats ouverts sur son bien-fondé et sur les valeurs qui l'étayent. Rappelons que le célibat du prêtre, avec la régulation des naissances et les divorcés remariés, est une des trois questions soustraites impérativement, par décision pontificale, à la libre discussion et à la responsabilité des évêques réunis en concile Vatican II. La situation depuis n'a fait que s'étendre et se compliquer, suscitant le départ d'un grand nombre de prêtres, la raréfaction des vocations, la privation de l'eucharistie dans beaucoup de communautés chrétiennes... Seul l'argument d'autorité sous-tend un impératif de plus en plus battu en brèche. C'est le Droit érigé en absolu, et non la réalité vécue, largement discutée, vivifiée, analysée dans ses conséquences diverses qui maintient de force cet impératif.

Au service de l'autorité

Bien des éléments sont alors mis au service du prestige et du caractère irréformable des décisions de l'autorité. Depuis l'impact longuement inculqué d'une spiritualité d'obéissance-soumission dans une adhésion inconditionnelle aux impératifs officiels, en passant par la mise en évidence du bien-fondé de toute décision du magistère tendant toujours vers l'infaillibilité, sans négliger la diabolisation de quiconque est amené à prendre ses distances par rapport à cette loi indiscutable. On va jusqu'à proclamer que ces décisions magistérielles, comme par exemple celle de l'encyclique Humanae Vitae, sont prophétiques, et qu'on verra bien dans 20 ou 30 ans à quel point cette prise de position était judicieuse.

Toutes les énergies sont ainsi mises en branle pour étayer l'autorité des prescriptions, et nullement pour creuser le sens et la valeur de ce qui est imposé. Morale de soumission, plutôt que de conviction libre et éclairée. Pourtant, ce n'est pas par voie disciplinaire qu'on fonde et stimule les options de vie, a fortiori lorsqu'il s'agit de la foi. Rien dans l'Évangile n'appelle à une telle soumission disciplinaire.

De nombreux prêtres qui ont adhéré pleinement aux exigences du célibat, ont alors étayé leur mode de vie sur des justifications qui les soutenaient personnellement : une union plus grande au Christ, un cœur sans partage, une disponibilité accrue au service de la mission...

Entièrement respectables comme éclairage et motivation personnels, ces justifications auraient tout à gagner de faire l'objet d'échanges et de débats francs et ouverts. On pourrait bien davantage en percevoir alors la juste portée et la valeur universelle.

L'obligation appartient au droit bien plus qu'à la morale. Elle n'est pas vivifiante si elle ne correspond pas à une adhésion intérieure, éclairée et libre. Tant que le célibat reste pour le prêtre une obligation imposée de manière générale, il ne peut guère générer et exprimer sa véritable richesse. Seul un célibat librement choisi permettra d'en révéler la signification et la fécondité. Mais l'Église n'ose pas courir le risque d'un choix vraiment libre. C'est ce qu'affirmait d'ailleurs un évêque qui, lors du synode tenu à Rome, en 1971, revendiquait le maintien de la loi en vigueur : "Si le célibat n'était pas obligatoire, il n'y aurait bientôt plus de prêtres célibataires". Quel aveu d'échec pour une mesure disciplinaire imposée à l'ensemble de l'Église latine !

Les enjeux d'une telle obligation

Bien plus que d'en soutenir à temps et à contretemps le caractère obligatoire, il est urgent de reprendre à neuf, et dans un questionnement largement ouvert, les grands thèmes ou perspectives qui interfèrent dans la question du célibat des prêtres. En quoi, par exemple, le célibat en soi permet-il une union plus grande au Christ, alors que l'amour conjugal est perçu, tant par la théologie que par la spiritualité contemporaine, comme le signe et le sacrement le plus tangible de l'amour de Dieu ? Pour que la disponibilité dans le service d'Église soit réelle, ne faut-il pas que le célibat réponde à un choix tout à fait personnel, régulièrement réassumé dans une maturité affective en permanente recherche ? Quelle est la conception de la sexualité et de l'équilibre affectif qui est présente dans la formation des candidats au ministère du prêtre ? Qu'est-ce qui définit exactement le célibat : ne pas être marié, l'abstention de relations sexuelles, l'absence de liens affectifs ...? Dans quelle mesure une vie conjugale et parentale rend-elle ou non plus proche des réalités vécues par l'immense majorité des chrétiennes et chrétiens ? Plus largement encore, une Église dont toutes les responsabilités sont aux mains de personnes uniquement de sexe masculin, dont aucune ne partage la condition commune, tant par les engagements professionnels, sociaux, politiques... que par la vie sexuelle et affective, est-elle à même de bien comprendre le cheminement humain et de foi du peuple chrétien ?

C'est dans le cadre de telles interrogations que devrait se situer le débat, régulièrement réassumé, concernant l'obligation du célibat pour les ministres de l'Église. Et cela, en fonction des conditions de vie de chaque époque, et probablement aussi des différentes cultures.


Pierre de Locht


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