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Lettre ouverte de catholiques aux évêques de France

Pentecôte 2007

Des Catholiques de France
Cet article n'a pas été publié dans une de nos revues


Dans leur Lettre aux catholiques de France (1996) "Proposer la foi dans la société actuelle", les évêques avaient voulu lancer un débat. Plusieurs affaires récentes, dont celle du Téléthon 2006 et les atteintes à la réforme liturgique, relancent l'urgence de ce débat, car il y va de la crédibilité des instances institutionnelles et de l'avenir, voire de la survie, du catholicisme français.

Un constat s'impose : le décalage entre la base et le sommet va croissant.

Dans les villes et les campagnes, des catholiques, femmes et hommes, agissent et mènent une réflexion sur ce qui est réalisé et sur ce qui est déclaré impossible à faire par des laïques dans leurs communautés ecclésiales. Ils sont présents sur de nombreux fronts. Ils participent aux actions liées à l'évolution de nos sociétés. On connaît assez leurs difficultés actuelles, elles s'affichent par les médias : les SDF, les sans papiers, les chômeurs, les familles brisées, les inégalités croissantes, la violence jusque dans les écoles, etc. Ces situations renvoient à celles que le Christ et les apôtres ont prises en considération. Aujourd'hui, elles suscitent des élans de générosité et de solidarité, venant de tous les bords. Des catholiques y participent, éclairés par l'évangile. Connaissent-ils les déclarations épiscopales ? En ont-ils seulement besoin pour agir ?

Pendant que nos sociétés, en recherche de spiritualité, demandent du sens et du bonheur, l'institution catholique, trop éprouvée, s'occupe surtout d'elle-même, tentant de colmater ses brèches avec des moyens dépassés. Elle fait songer aux reproches du prophète : "Ils m'abandonnent, moi, la source d'eau vive, pour se creuser des citernes fissurées qui ne retiennent pas l'eau" (Jn2,13).

La période des élections montre combien les Français sont sondés, interrogés et sollicités. Ils participent au vaste débat. Rien de tel dans l'Église catholique, malgré les nombreuses demandes exprimées dans les synodes diocésains depuis une trentaine d'années. Les grandes décisions sont toujours prises à Rome et dans les relais nationaux, qu'il s'agisse des nominations d'évêques, des traductions liturgiques à modifier, des "chapelles traditionalistes" à tolérer, des adaptations indispensables refusées, etc. Les effets ne tardent pas à se faire sentir, les enquêtes le manifestent (sondage CSA/Monde des Religions, janvier 2007) : c'est l'érosion continue et la faillite du système.

Évêques catholiques de France, nous reconnaissons la bonne volonté de beaucoup d'entre vous. Certains parmi vous réagissent positivement, comme l'a montré, entre autres, l'affaire du Missel de saint Pie V en octobre 2006 ; nous saluons votre résistance.

Mais vous n'avez pas à porter seuls la charge des décisions pastorales ni à vous laisser vous-mêmes paralyser par le système institutionnel. Considérez les fidèles, non comme une masse d'exécutants, mais comme des membres à part entière du peuple de Dieu, partageant avec vous les responsabilités.

Nous, catholiques de France, nous voulons vous libérer, vous les évêques ! Plusieurs actions s’imposent, et elles sont urgentes.

1. Donner forme et vigueur aux communautés locales et en susciter de nouvelles. Elles sont un héritage de la pastorale des premiers chrétiens. Le Concile a rappelé cette tâche première : la formation d'une authentique communauté chrétienne (Vatican II, Prêtres 6). Pourtant, la Lettre aux catholiques de France est totalement muette sur ce sujet essentiel. Il n'est donc pas étonnant que, sauf de rares exceptions, vous ne nous souteniez pas dans la pastorale des communautés ; vous nous découragez plutôt, en cassant ce qui existe. Au lieu d'organiser les ministères au service des communautés, vous imposez des restructurations autour des quelques prêtres qui restent.

2. Élaguer l'Église catholique de France de sa bureaucratie centralisatrice mise en place en des temps où l'Église avait une vision pastorale différente, dans un contexte social autre. Quel est l'apport effectif des innombrables et longs textes et documents concernant la vie chrétienne des fidèles et des communautés ? S'il est minime, mieux vaut choisir d'autres méthodes.

3. Débusquer toutes les manifestations de cléricalisme qui subsistent malgré les réformes du Concile et rechercher les moyens d'en guérir les auteurs et leurs victimes.

4. Oser la même obstination que la veuve de l'évangile (Lc 18,1-8) pour obtenir un retour à la tradition apostolique quant à l'accès aux ministères (1 Tm 3,2), sans discrimination selon l'état de vie ou le sexe des personnes appelées : les ministères sont pour la communauté, celle-ci est première. Nous affirmons que c'est possible aujourd'hui, comme il devint possible au concile Vatican II (1962-1965) de célébrer la liturgie en langue vivante, conformément à des demandes exprimées quatre siècles plus tôt au concile de Trente (1545-1563) !

Évêques catholiques de France, vous nous paraissez pris en otage, paralysés à la fois par le désastre de notre Église et par les injonctions venues de plus haut. Ce fonctionnement actuel de l'institution est suicidaire !

Sans attendre, nous voulons mettre en place les innovations qu'appellent les " signes des temps ". Nous tenons à vous le faire savoir, comme nous en avons le devoir et le droit (Code de droit canonique, c. 212). [1]



Des Catholiques de France

Notes :
[1]  Cette lettre s'appuie sur une réflexion menée au cours d'un séminaire, dont les Actes ont été publiés avec la présentation de communautés vivantes de différents pays (Europe, Etats-unis): " Faire Église autrement. Un monde autre, des communautés autres" , Revue Les réseaux des Parvis, Hors-série n° 13 (juillet 2005) , temps.Present@wanadoo.fr; V. aussi Nouveaux visages d'Église, Cahiers de l'Atelier n° 506 (2006). Elle a été rédigée par un groupe de travail des associations Droits et libertés dans les Eglises et Femmes et Hommes en Eglise.  Contact: Association Droits et libertés dans les Eglises, 68 rue de Babylone, F-75007 PARIS. droits.libertes.eglises@erenis.fr


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