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L'Islam et les Lumières

Philippe de Briey
Cet article n'a pas été publié dans une de nos revues

Conférence-débat , le vendredi 15 février à 20H00, à l'Auditoire Janson (ULB)
Avec la participation de : Malek CHEBEL, Tariq RAMADAN, Youssef SEDDIK
La conférence a été (très bien) modérée par Simone SUSSKIND
Elle était organisée par : le Cercle du Libre Examen, le Cercle des Etudiants arabo-européens et le Collectif des 100 Valeurs, avec l'appui du Pôle Bernheim d'Etudes sur la Paix et la Citoyenneté.

PdB

I. LES PREMIERES INTERVENTIONS

MALEK CHEBEL

L’anthropologue, d’origine algérienne, se déclare avant tout un fervent partisan de la liberté. Il ne veut pas toucher aux croyances fondamentales de l’islam, qui lui est précieux, et surtout 4 choses : Allah, le Coran comme texte sacré des musulmans, le prophète Mohamed, la foi des musulmans. Mais ce qu’il conteste ce sont certaines pratiques qui convenaient au VIIe siècle, mais ne conviennent plus aujourd'hui. Il a proposé 27 chantiers de réforme dans son « Manifeste pour un islam des lumières » (Hachette, Littératures, 2004).
Le Coran, insiste M. Chebel, nous demande d’exercer notre raison, et donc de savoir interpréter pour que nos pratiques offrent une réponse valable aux interpellations du monde d’aujourd’hui, par exemple dans les rapports entre hommes et femmes.
Mais une idéologie d’un islam délétère et politisé qui prône l’opposition systématique à la modernité et aux autres cultures nous marginalise et fait de nous des boucs émissaires. Cette voie qui ne veut pas reconnaître les limites d’une charria qui est une œuvre humaine, se méfie des lumières de la raison et ne veut pas de la laïcité. Elle est prête à utiliser la violence pour imposer l’islam aux autres. Or, l’islam vrai ne peut être qu’un islam de paix, de dialogue et de tolérance, respectant en chacun, même mon adversaire, son humanité. C’est pourquoi le tuer , c’est tuer une part de moi-même.

TARIQ RAMADAN

Il nous faut, dit TR, beaucoup d’humilité intellectuelle devant une grande tradition de 14 siècles. Et aussi devant la grande tradition occidentale à laquelle les musulmans ont énormément contribué. Il y a beaucoup d’apports islamiques dans les Lumières et il faut cesser d’opposer ces deux civilisations. Ne pas penser non plus que les Lumières sont propres à l’Occident, comme si l’islam était l’obscurantisme.
Cessons aussi d’essentialiser ces deux univers pour en faire deux blocs monolithiques incompatibles. C’est là une pensée binaire qui refuse de voir la complexité et les échanges nombreux qui ont eu lieu et continuent. Cessons aussi de penser qu’il n’y a eu qu’Averroès pour prôner la raison, en oubliant que dès le VIIIe siècle un El Farabi élaborait une théologie naturelle et il était suivi d’autres. De même aujourd'hui, il y a une grande effervescence intellectuelle dans beaucoup de pays musulmans malgré les blocages. En 30 ans, les discours ont énormément changé. Ne pensons donc pas que c’est seulement en Occident qu’on repense l’islam !
Il est essentiel de contextualiser les textes fondateurs, de les confronter aux sciences et au monde d’aujourd'hui. Il n'y a pas de fidélité sans évolution et nous devons tous faire l’effort de nous décentrer de nous mêmes pour écouter vraiment les non musulmans. Et notamment il est faux de dire que la foi est une condition indispensable pour l’examen des textes anciens.
Mais d’un autre côté, l’islam sert souvent de bouc émissaire pour cacher la réalité de problèmes socio-économiques, de discriminations et d’attitudes racistes.

YOUSSEF SEDDIK

L’auteur de « Qui sont les barbares ? » et de « Nous n’avons jamais lu le Coran » affirme que la révélation islamique, comme les précédentes, a fait surgir du nouveau, de la modernité, des lumières et de la démocratie.
Malheureusement les Anciens n’ont pas été à la hauteur du message et ont été jusqu’à considérer comme abrogé le verset dit du Trône (« Nulle contrainte en la religion : voici que la raison émerge de la déraison ».)
On a été d’accord pour dire que tous les versets qui excusent l’esclavage ne sont plus opérants ni applicables, alors pourquoi ne le fait-on pas aussi pour d’autres versets, par exemple sur la polygamie ou sur l’héritage des femmes ?!
De même, on a restreint – et par là déformé gravement - le sens de certains mots du Coran, et notamment le mot islam en disant que islam=soumission à la charria, à la Loi islamique. Or, le Coran même dit qu’Abraham, Jésus, etc. ont été de vrais musulmans, et même les étoiles et les fourmis parce qu’elles obéissent à l’ordre de la nature, se soumettent à l’ordre des choses.

II. REPONSES A DIX QUESTIONS

Une dizaine de questions ont été posées à la file, ce qui a malheureusement permis aux orateurs de ne répondre qu’à celles qui leur plaisaient…. Je ne pourrai reprendre ici que quelques éléments.

La parole est d’abord donnée à M. Youssef Seddik
Il insiste pour les musulmans cessent d’attribuer au Coran un tas de choses qui n’y sont pas. A une question sur le prosélytisme, sa réponse est claire : c’est NON, le Coran n’en veut pas.

Tariq Ramadan insiste sur le verset « Pas de contrainte en religion ». ce qui est une suite logique du verset « Si Dieu l’avait voulu, tous auraient la foi ». Le secret des cœurs ne nous appartient pas. Nous n’avons pas à être des
directeurs de la conscience des autres, mais plutôt à les respecter, même s’ils sont incroyants ou athées. L’important, c’est que chacun soit cohérent avec ce qu’il croit.
En quoi l’islam peut-il éclairer l’avenir ? Réponse : Nous avons à participer comme les autres, je ne suis pas d’accord avec l’archevêque de Canterbury qui demande des lois particulières pour les musulmans. C’est contraire au principe de la laïcité. De même Sarko n’a pas à jouer au mufti des musulmans. Je ne suis pas contre la loi de 1905, mais pour qu’on s’y conforme ! C’est aux musulmans de choisir leurs représentants, et non l’Etat. Mais les musulmans dans beaucoup de pays musulmans n’ont pas veillé à l’indépendance de la religion par rapport à l’Etat : grave erreur.
Nous avons à contribuer à une société meilleure avec tous les autres et dans le dialogue et dans la langue du pays ! Apprenons à parler et écrire en bon français.
Je n’ai pas de problème avec la Déclaration des Droits humains, ce sont des principes universels. Je suis contre ceux qui prétendent que ce sont des droits occidentaux et que l’islam devrait se baser sur d’autres droits spécifiques.
Il faut savoir distinguer les principes immuables et les applications qui peuvent devoir changer. Par exemple si un médecin me prescrivait de l’alcool, je le prendrais, car la loi est au service de la vie et pas l’inverse.
Beaucoup de femmes nous montrent l’exemple en se réappropriant la tradition, en la relisant comme femmes. Mais ce n’est pas la même chose que le féminisme à l’occidentale comme le voudraient certain(e)s qui disent « Sois libre, mais à notre façon ».

Malek Chebel insiste sur le caractère très limité d’un seul débat. Des tas de questions se posent aux musulmans aujourd'hui, par exemple on n’a pas parlé ce soir de la répudiation, de la violence au nom de l’islam, du terrorisme, des relations hommes-femmes, du choc ou du dialogue des civilisations, du droit de ne pas croire etc etc. (cfr les 27 chantiers de son manifeste).
Nous avons besoin d’être des sujets, d’indépendance d’esprit au lieu du suivisme aveugle derrière quelques « savants ». je ne veux pas être un prédicateur censé avoir toutes les réponses, j’essaie seulement de poser les vraies questions.
Si je suis contre le voile, par exemple, c’est parce que je pense qu’il est up-to-date au 21e siècle. Ce n’est pas le voile qui fait la musulmane et beaucoup de femmes le mettent surtout pour faire plaisir au monde des hommes ou ne pas devoir s’opposer à eux. La soi-disant obligation du voile remonte au 20e siècle.

NB : Seddik intervient ici pour dire que la pratique du voile remonte à Hammurabi [roi de Babylone en 1750 avant J.C.] et que le motif de ce verset dans le Coran était « pour qu’elles ne soient pas agressées ». Ce motif n’existe plus aujourd'hui, donc l’obligation a perdu son sens.

Tariq Ramadan
Je suis d’accord qu’il faut avoir l’esprit critique, c’est même une condition pour une foi profonde et pour pouvoir construire une société meilleure et démocratique. A propos du fondamentalisme, je préfère utiliser le terme de littéralisme, car historiquement le fondamentalisme se rapporte plutôt à certaines tendances dans le protestantisme. Le littéralisme fait fi de l’histoire et de la raison. Ces gens-là m’ont souvent taxé d’infidèle, notamment quand j’ai parlé de moratoire sur la lapidation.
Je suis mal vu dans les pétromonarchies et en Tunisie qui est aussi une prison. Et aux USA certains m’ont empêché de m’y établir. Il faut savoir payer le prix de la cohérence.

Philippe de Briey

Notes :
notes synthétiques rédigées par Philippe DE BRIEY

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