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S’enrichir des différences ! Rêve ou apprentissage ? (suite)

Écho de la journée des communautés à Liège

Gisèle Vandercammen
Publié dans CEM n°79 (6/2008)

L’an dernier nous avions vu toute la richesse mais aussi la difficulté du choc des cultures.

Nous avions entendu, en sourdine, qu’il ne fallait pas nécessairement de grandes différences culturelles, il y a dans nos communautés des différences qui ne se disent pas !

Jean-Marie Mal nous propose une méthode :

1 -  Un temps de décentration : la démarche consiste à inviter chacun des participants à se dire, se définir : ce qui me tient à cœur…

Les combats que je mène, que j’ai envie de mener

Les blessures vécues… ce à quoi je suis sensible

2 -  Un temps de compréhension de l’autre, temps d’écoute pour comprendre l’autre au travers de ses différentes représentations, une attitude d’ouverture, un effort de curiosité pour découvrir ce qui donne sens et valeur à l’autre à travers sa culture, son histoire, sans vouloir ramener à soi : "moi aussi…"

 « L’écoute : cette capacité à dépasser notre enfermement naturel dans nos propres représentation pour nous installer, le temps du dialogue, dans les représentations de notre interlocuteur sans pour autant y adhérer ».

3 -  Un temps et un espace de médiation, de négociation pour échanger nos expériences positives ou négatives au sein de nos communautés.

Quelques échos entendus dans les carrefours lors de la première étape :

 « Je fais nombre pour applaudir, je suis éventuellement sollicité pour appuyer l’un ou l’autre, en dehors de cela est-ce que j’existe ? »

« Je souffre physiquement »

« Je trimbale toute ma vie les frustrations de mon enfance »

« Un nouvel handicap physique que je dois gérer » (cela revient plusieurs fois)

« J’ai toute une expérience de vie professionnelle et on me traite sans en tenir compte, en personne mineure » 

… et dans l’église, parfois, on irrite cette blessure, renchérit-on !

« Suite à un accident j’ai des séquelles importantes, la communauté est un des lieux où je peux trouver sens à ce que je vis. J’assume ma solitude sans pouvoir m’appuyer sur mes enfants. »

« Je vis dans un immeuble de 8 appartements… des gens seuls ! »

« Je suis encore au travail, à temps plein (aide-familiale), j’ai une famille, mais je suis ici aujourd’hui parce que j’ai besoin de ce lieu où je peux exprimer ce que je ne dis pas à la maison. »

« En privilégiant toujours le groupe, j’ai parfois l’impression de perdre mon identité »

« Depuis ma retraite, cela fait déjà longtemps, je donne beaucoup de place à l’alphabétisation, aux mouvements de paix et à la famille, les petits-enfants avec qui j’ai une grande complicité. »

« Je suis retraitée, vis seule suis engagée dans la coordination d’une unité pastorale, blessée par un divorce, j’organise ma fin de vie en me dépouillant progressivement… de quoi a-t-on besoin ? une salle de bain, un lit, une table, une chaise, un coin cuisine… 4h pour moi, le reste pour les autres pour l’amour de Jésus-Christ ! »

« Je suis célibataire, non solitaire, je suis proche de mes neveux et nièces et de leurs enfants. J’ai pris ma retraite pour donner mon temps aux mouvements sociaux. Ici, je suis seule de ma communauté, cela me fait mal ! »

Les carrefours ont rédigé des messages pour la mise en commun des deux temps du matin. Les révoltes, les souffrances, les séparations, les blessures qui ont été entendues : « chacun(e) lutte pour vivre et faire vivre malgré les "baffes" et les déceptions ».

Nous avons mis le doigt sur des souffrances partagées :

Souffrances des divorces (l’église, loin d’être une aide, culpabilise).

Souffrance de la solitude et réponse dans nos groupes.

Patience devant le manque de reconnaissance de notre action, le retour vient parfois après 20 ans.

La situation d’immigrés, on traîne ses racines aux semelles et dans la tête.

Les "bonnes choses aussi" ont aussi été entendues : « la liberté, cela se prend, sans attendre une permission »

La méthode a permis de partager nos richesses, de découvrir la diversité des expériences.

Ce qui est cadeau : les joies de la famille, une sagesse de vie : répondre à la demande, ce qu’on ne demande pas, c’est du temps de gagné !

Dans l’atelier de l’après-midi, nous avons essayé de voir si ce que nous avions dit le matin reçoit écho dans nos communautés :

L’une de nous fêtait ses 80 ans ce jour là, parmi nous. C’était son choix et cela en dit long quant à l’importance de sa communauté : « la valeur qui me fait vivre, c’est vous »

« Dans nos groupes nous n’exprimons plus notre foi selon les dogmes, mais dans une grande diversité d’expression.

« Il ne faut pas tout attendre de la communauté, donc importance de plusieurs appartenances. »

« Des personnes très fragilisées trouvent place, nous en tenons compte. »

« La manière dont l’animation se fait "en tournante" donne place aux femmes. »

« Nos groupes ne sont pas seulement des lieux de célébration, mais des lieux de prise de parole, d’encouragement dans la lutte pour la justice. Il y a beaucoup à faire. »

« En ce moment le Tiers-Monde est parmi nous… les sans-papiers. »

« Il est important de trouver l’équilibre entre "donner" et "recevoir". »

« Pour rester ouvert, inviter des personnes extérieures. »

Du grain à moudre :

En cas de conflit, que proposer ?

Parler franchement, mais en "je", dire ce qui est ressenti n’agresse pas, si besoin accepter l’aide d’une tierce personne,

Nos communautés sont-elles des lieux où nous nous laissons interpeller ?

Si nous avons raison sur tout, la génération suivante ne saura pas grandir !

A propos, qu’avons-nous transmis à nos enfants ? Que voudrions-nous leur transmettre ? La foi comme telle ? Non. Mais plutôt les appels auxquels nous avons essayé de répondre, notre goût de vivre, notre espérance.

Qu’avons-nous à mettre dans le pot commun ?

Nous insistons sur la nécessité d’évaluer régulièrement, tant au plan du contenu que de la méthode : on ne fait pas n’importe quoi, une communauté n’est pas un long fleuve tranquille, elle évolue, les motivations des uns et des autres aussi.

Partir de la vie ou de l’évangile ? L’important c’est le lien entre les deux.

Nous mourrons avec la forme d’église que nous avons faite, les appels auxquels nous avons répondu. Nos communautés sont des chemins.


Gisèle Vandercammen (Mouvement Chrétien pour la Paix)


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