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Humanae Vitae, 40 ans plus tard :

la liberté leur fait toujours aussi peur…

Pierre A. Collet
Publié dans Bulletin PAVÉS n°16 (9/2008)

C’est peu dire que 1968 reste une date symbolique pour beaucoup d’entre nous, au point que le qualificatif de ‘soixante-huitard’ continue de faire recette ! Il y a de quoi d’ailleurs, car mai ‘68 chez nous, et tout ce qui l’a préparé et entouré, et les mouvements hippie et communautaire, et la contestation de la guerre du Vietnam aux USA, etc. ne sont sans doute pas pour rien dans les réticences concernant la mise en œuvre du concile et en particulier dans la publication de Humanae Vitae.

Faut-il revenir sur l’anniversaire de cette encyclique ? Oui, sans doute, car ce fut vraiment un événement ‘historique’. Notre ami Pierre de Locht parlait de « point de cristallisation d’enjeux plus vastes » :

« Il était peut-être difficile, dans le feu des remous suscités par l'encyclique, de discerner les enjeux d'Église qui y étaient impliqués. D'où la tentation de centrer le débat sur une question d'autorité et d'obéissance, considérées comme particulièrement caractéristiques de la foi catholique. En réalité, cette prise de position de Paul VI, qui touchait un point sensible de la vie quotidienne, a été révélatrice d'un dysfonctionnement important dans l'Église.

D'une part, une Église de plus en plus soucieuse de promotion du laïcat, une part importante du clergé suscitant l'éveil au discernement et à la responsabilité morale des chrétiens, un encouragement très net au déploiement des groupes de foyers, Vatican II apportant le témoignage de la liberté d'expression, de la recherche, de l'accueil aux questions nouvelles qui se posent et aux indispensables évolutions. Un épiscopat, réuni en concile, qui donne durant des années l'exemple d'une ouverture d'esprit, d'une clairvoyance, d'une attention aux réalités contemporaines. [...]’.

En face de cela, une non-écoute du laïcat dans des problèmes qui le concernent et mettent en cause sa vie quotidienne; une encyclique qui ne fait nullement droit à la recherche la plus qualifiée; une prise de position qui tranche d'autorité, sans référence à la conscience des intéressés; qui assimile entièrement l'Église à sa hiérarchie; qui identifie l'enseignement de l'autorité à la loi même de Dieu, tout en disant que ‘ce sont les foyers eux-mêmes qui se font apôtres et guides des autres foyers’ (n° 26) ; qui demande avant tout la docilité (n° 25) et l'assentiment (n° 28): un assentiment ‘dû, non pas tant à cause des motifs allégués que plutôt en raison de la lumière de l'Esprit Saint, dont les pasteurs de l'Église bénéficient à un titre particulier pour exposer la vérité’ (n° 28). Au cœur d'une Église, dont la hiérarchie réunie en concile vient de donner l'exemple du dialogue, de la recherche, de l'attention aux réalités contemporaines, de la place primordiale du peuple de Dieu, une décision autoritaire, qui tombe comme un couperet, n'accordant aucun crédit aux convictions d'un très grand nombre de conjoints. » (Pierre de LOCHT, Morale sexuelle et magistère, Paris 1992, pages 49-50)

Plus récemment, dans ses Mémoires, le cardinal Etchegaray n’hésite pas à parler du ‘premier schisme après le concile’, un schisme ‘silencieux, mais qui a fragilisé partout l’autorité du magistère’. Car au-delà du contenu du texte lui-même, le fait que Paul VI ait passé outre à l’avis de la commission officielle ne fut pas sans conséquence sur le ministère du pape et la manière dont les catholiques peuvent le recevoir aujourd'hui.

Qu’en est-il aujourd’hui de cette ‘réception’ ou non des normes romaines ? Sur un sujet aussi intime, reconnaît un sexologue français, il est difficile de connaître les choix des gens : mais son enquête indique que 54 % des femmes catholiques concernées ont recours à la contraception, 13 % à une combinaison entre les méthodes, et 33 % utilisent les méthodes naturelles. (in La Croix du 24 juillet 2008)

Certains catholiques sont d’ailleurs de plus en plus critiques vis-à-vis de l’argumentaire lui-même : « Ce n’est pas crédible. Vouloir parler du respect de la femme en le basant uniquement sur le respect de son cycle, c’est quand même prendre les choses par le petit bout de la lorgnette. C’est aberrant sur le plan de l’ancrage intellectuel de l’analyse. C’est pour cela que les gens ne pouvaient pas adhérer. » Ou encore : « Ce sont les fondements du texte qu’il faut revoir. Il faut viser le respect de l’autre, de la vie humaine, plus que le respect du rythme de la nature. » (in La Croix)

Quelque chose a donc bel et bien changé : le discours de l’Église ne culpabilise plus, au contraire… Mais à force de continuer à parler de la sorte (c’est ce que Benoît XVI vient encore de faire en dénonçant la sexualité comme une ‘drogue’), on finit par dévaluer tout discours sur un possible ‘ordre moral’, qu’il soit d’ailleurs religieux ou non… Et le fossé qui se creuse entre les gens et les ‘autorités religieuses’ devient si large qu’il sera un jour impossible de pouvoir encore y jeter des ponts…

Pierre COLLET


"Humanae Vitae" : Déclaration du mouvement international IMWAC - ‘Nous Sommes Église’

Le mouvement international “Nous sommes Eglise” continue à appeler à une éthique chrétienne tournée vers l'avenir et fondée sur la responsabilité

“Il est urgent que l'Eglise catholique romaine porte un nouveau regard sur la sexualité – humain, aimant, libéré de la peur. La sexualité est une énergie porteuse de vie, présente en tout être humain créé par Dieu et aimé de lui”, affirme le Mouvement international Nous sommes Eglise(IMWAC), commentant le 40e anniversaire de l'encyclique Humanae Vitae, qui fut publiée le 25 juillet 1968. “L'Eglise catholique ne devrait pas se barricader plus longtemps derrière des murs vieux de plusieurs siècles. De même elle ne saurait ignorer plus longtemps les connaissances les plus éprouvées des sciences humaines sur la sexualité et sur l'éthique sexuelle”, affirme aussi Nous sommes Eglise.

Le but de cette encyclique était de valoriser l'amour dans le partenariat du mariage et de construire une sexualité dépassant le seul projet de transmettre la vie. Mais ce but n'était pas perceptible pour le peuple des croyants et le mouvement catholique de réforme le déplore : trop dominant était le message que "la conception ne peut être empêchée que par des moyens 'naturels' ". Qui plus est, cette doctrine vient d'être confirmée par le pape Benoît XVI, sans nuances.

Rappelant la proclamation d' Humanae Vitae, il ne faut pas oublier que la grande majorité de la commission mise en place en 1962 par le pape Jean XXIII et élargie par le pape Paul VI avait voté pour une parenté responsable sans proscrire aucun moyen de contraception. C'est le pape Paul VI qui ne suivit pas ce vote majoritaire mais proclama le vote opposé minoritaire comme doctrine officielle de l'Eglise. Ce fait a eu des conséquences fatales : l'encyclique n'a pas été reçue et l'Eglise catholique a largement perdu sa compétence et sa crédibilité dans le domaine de la sexualité humaine et de la vie sexuelle.

Fonder une éthique sexuelle tournée vers l'avenir, fondée sur la responsabilité, exige des études, analyses et réflexions sur les changements que connaît la société dans tous les domaines mais sans condamnations. C'est le point de vue de Nous sommes Eglise. L'Aggiornamento de l'éthique sexuelle pourrait être un succès sur les bases qui suivent.

· Il est essentiel d'accepter les connaissances scientifiques les plus récentes concernant la sexualité humaine, comme l'homosexualité et d'abandonner des appréciations fondées sur l'ignorance.

· La situation des femmes, des hommes et des familles qui ont changé à cause de développements globaux, sociaux, politiques et techniques doit être prise en compte.

· Nombre de conférences épiscopales ont fait des déclarations interprétant avec soin la doctrine traditionnelle de la conscience. Leurs arguments restent valables et doivent être pris en considération.

· Le problème du SIDA était inconnu à l'époque de l'encyclique mais de nos jours c'est un problème urgent en même temps que la conséquence d'une croissance rapide de la population mondiale. Il convient d'y apporter des réponses plus ajustées que la prohibition catégorique du préservatif ou l'appel à l'abstinence.

· Toutes les religions ayant fait place dans leur doctrine à la protection et à la transmission de la vie, le temps est venu de dépasser les frontières des confessions et religions pour formuler des principes directeurs généralement acceptés et effectifs pour une éthique sexuelle humaine.

Une approche positive de la sexualité est une des cinq exigences du référendum de Nous sommes Eglise (1995) qui recueillit plus de 2,3 millions de voix en Autriche et en Allemagne seulement et fut à l'origine du Mouvement international Nous sommes Eglise aujourd'hui présent sur tous les continents.

Issu de la base, il coopère avec d'autres mouvements de réforme dans le monde entier. Il a pour but de soutenir le processus de réforme dans l'Eglise catholique engagé par le second concile du Vatican (1962-1965) et interrompu ces deux dernières décennies.

Ce communiqué est soutenu par le Réseau Européen Eglises et Libertés. Traduction Hubert Tournès
http://www.we-are-church.org


Pierre A. Collet (Réseau PAVÉS)


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