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L'éléphant est puissant, mais les fourmis sont nombreuses (D. Helder Camara)

Echos d'un séjour à Monterrey (Nuevo Leon, Mexique), 31 mai - 15 juin 2008

Marie-Paule Cartuyvels
Publié dans CEM n°80 (9/2008)

Les droits des humains sont souvent bafoués, ignorés. Les lieux où des hommes et des femmes, ensemble, se dépensent pour les faire respecter sont nombreux. Nombreux, émouvants et souvent méconnus.

J'ai eu l'occasion, ces derniers mois, de participer de près aux efforts déployés en l'un de ces endroits sensibles, de percevoir les risques encourus par des citoyens qui osent affronter les détenteurs du pouvoir pour préserver les conditions de vie collectives et individuelles.

Le Mexique est doté d'institutions démocratiques, il tient sa place dans les réunions internationales.

Et pourtant !  Depuis les dernières élections, le caractère policier de l'Etat mexicain s'est fortement accentué. En février, le Parlement a voté une réforme pénale de type sécuritaire qui, selon les ONG, implique un grave recul pour les droits humains. Dans ce grand pays aux traditions multiethniques, la démocratie ne fonctionne, pour une large part, qu'au bénéfice des classes aisées.  Un journal local de Monterrey, analysant la situation, parle de « ploutocratie ». Dans les prisons, il n'y a pas de riches !

Monterrey est une belle ville, à 200 km des Etats-Unis. Le CADHAC, « Citoyens en appui aux Droits humains » y a été fondé il y a quinze ans par Consuelo Morales. Notre appartenance commune à une congrégation religieuse nous a mises en contact...

Il y a quelques semaines, le CADHAC avec d'autres associations de Monterrey a été amené à s'intéresser, à un double point de vue, à une belle et grande montagne qui borne la ville, la Huasteca. Cette zone de la « Vallée des rois », reconnue comme Parc national en 1939, joue un rôle important dans l'approvisionnement en eau de la région.

Des petits propriétaires y ont bâti des maisons. Mais un groupe bancaire, la Banorte, convoite ce territoire pour y établir des habitations de luxe et un terrain de golf...

L'Etat veut nationaliser les habitations déjà existantes, en interdit l'accès.

Les propriétaires veulent s'opposer à la confiscation – peu ou mal indemnisée – de leurs maisons : manifestation festive, slogans... Les associations de défense des Droits humains et de l'environnement se mobilisent pour la préservation du Parc national. Intervention massive des polices, fédérale et de l'Etat, arrestations – un avocat, un membre de CADHAC, des propriétaires... – La majeure partie des personnes arrêtées est libérée après quelques heures. Un avocat, deux membres d'associations, la fille du propriétaire du terrain vendu restent en prison (la procédure pourrait durer un à deux ans).

CADHAC proteste contre les conditions d’arrestation : pas de chef d'accusation, incommunication.

C'est alors que se déclenche contre CADHAC et, en particulier, contre sa Directrice, Consuelo, une campagne d'intimidation: injures téléphoniques répétées, une auto menace d'emboutir l'auto du CADHAC, des photographes inconnus viennent prendre des photos du bureau, une dame, membre de la Ligue des Droits humains – et bien informée – avertit confidentiellement Consuelo que son arrestation, décidée par un certain nombre de représentants de la Justice devra se faire « entre 20 jours et deux mois », vol de documents dans l'auto d'une collaboratrice...

CADHAC informe ses partenaires qui prennent la chose au sérieux : Amnesty International lance une « Action urgente » : lettres adressées aux responsables de l'Etat de Nuevo Leon; cette campagne recueille un franc succès.

Le Centre national de Communications sociales et le Centre ProDH des Jésuites de Mexico publient un dossier de plusieurs pages qui fait un historique et un éloge circonstancié du CADHAC et de sa directrice.

Même menacé dans son existence, le CADHAC n'abandonne pas un seul jour sa tâche quotidienne : le soutien aux droits bafoués des uns et des autres : prisonniers torturés, une maman en prison sur qui le service social fait pression pour qu'elle donne ses enfants en adoption...

En même temps, les membres du CADHAC, des autres ONG, les innombrables soutiens de CADHAC dans les milieux plus aisés, les amis s’inquiètent : plus encore que l'arrestation – qui serait sans doute une gaffe magistrale, vu la popularité de Consuelo – ils redoutent le « mauvais coup » d'un homme de main à la solde des gens que le CADHAC dérange, les entreprises qui ont des vues sur la Huasteca.

Durant mon séjour, j'ai l'occasion d'apprécier le courage, l'engagement... la cordialité de l'équipe du CADHAC et de ses amis, de vivre cette ambiance : la réponse aux appels quotidiens, les contacts innombrables avec la presse, les associations, les amis de toutes provenances, les autorités. Quotidiennement, l'équipe évalue la situation – la stratégie du Gouvernement pour déstabiliser les associations – , les démarches à faire, dossiers à introduire, voies juridiques les plus efficaces, visites, coups de fil...

Un message de l'Organisation des Etats américains offre à Consuelo et à l'équipe du CADHAC son intervention auprès du Gouvernement du Mexique pour qu'il leur fournisse des « mesures officielles » de protection.

... affaire à suivre ... par toutes les fourmis démocratiques !

 

Marie-Paule Cartuyvels (Communautés de Base)


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