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Quelques témoignages...

Jean-Marie Culot
Publié dans HLM n°113 (9/2008)

Les témoignages me touchent – je l'avoue, à l'affût des concordances et disparités avec mon (intéressante!) histoire personnelle – parfois d'émotion, parfois d'étonnement. Quatre itinéraires sont évoqués ici[1], mais c'est plutôt leurs résonances mutuelles que je vous propose d'écouter avec moi.

Un itinéraire spirituel a un début. "En apparence tout allait bien. J'avais des amis, un travail, un appartement et un petit ami. Mais je cherchais un sens spirituel à mon existence. Pourquoi suis-je sur terre ? Comment me dépasser ?" Après six mois de communauté bénédictine, "je doute très souvent, mais je sens que je dois aller au bout de mon expérience".

Les deux religieuses parlent de leur mue, en femmes : "Finalement, raconte Véronika la moniale, après un débat houleux, les religieuses acceptent ma requête. La cérémonie est émouvante et solennelle. Devant les bénédictines et mes amis, je fais la promesse de respecter les vœux de conversion de vie et obéissance à la règle de saint Benoît. Je m'incline devant l'abbé Lucas qui me remet les insignes de l'ordre : la robe de cérémonie, le voile et l'anneau, symbole de mon entrée définitive dans la communauté. Raphaela m'aide à enfiler ma robe et remplace mon voile blanc de novice par un voile noir. L'orgue retentit. Je suis très émue."

Dans une autre tonalité, Andréa Richard la carmélite : "Je me ferais violence, je supporterais la laideur de l’habit par pur amour de Dieu. […] Je remarquai aussitôt qu’ainsi affublée, je produisais un effet différent sur les vieux pensionnaires qui m’avaient d’abord regardée curieusement. Les commentaires que j’avais premièrement suscités : "[…] Mais non, elle est beaucoup trop jeune pour entrer en religion" se transformèrent vite en exclamations respectueuses : “Oh ! Ma Petite Sœur !”, “Laissez-moi la toucher”. Pourtant, quelques minutes à peine venaient de s’écouler. Personne n’aurait même songé à me toucher, moi, Andréa, alors que je n’étais encore qu’une simple demoiselle, c’était tellement ordinaire. Mais une fois le costume réglementaire endossé, Andréa n’existait plus. Le personnage symbolique, la “Petite Sœur” qu’on voulait toucher parce qu’elle renfermait déjà quelque chose de sacré venait de naître. Déjà, je n’étais plus moi-même. En quittant mes habits civils, je me délestais du même coup de mon identité."

On interroge Franco Barbero, le bouillant contestataire, sur son souvenir. "Là, posé sur le sol de la cathédrale, on pense peu, on pleure de joie et d'émotion. À ce moment-là, je le sais, je veux de tout mon cœur devenir un prêtre passionné de Dieu et des pauvres. Ma conception culturelle, politique et théologique était alors très différente de celle d'aujourd'hui, mais le centre, pour moi, est resté le même. Chaque année, je remercie Dieu pour ce 29 juin 1963 ..."

Décisive, l'expérience de l'obéissance. "Tout n'est pas rose à l'abbaye. Certains jours, le manque de liberté me pèse vraiment. Et je déteste obéir aux ordres […]. Et les intérêts de la communauté passent toujours avant les préférences personnelles…", se souvient Véronika et elle rappelle la réticence de consœurs lors de son admission : son manque de souplesse. Andréa considère que c'est l'identité personnelle qui est en danger : "Lorsque ma prieure me fit appeler […], je compris immédiatement que je ne pourrais même pas rester au monastère pendant les trois jours convenus. J’aspirais maintenant à retrouver ma totale autonomie et le climat de dictature du cloître me parut plus évident encore. J’éprouvais même une grande pitié pour les sœurs que je retrouvais et qui m’apparaissaient comme des petites filles naïves et soumises." Franco tranche, radicalement : "Lors de la promesse, 'obbedienza' et 'riverenza', ce sont les deux mots, je croyais naïvement que l'obéissance à mon évêque était l'antichambre de l'obéissance à Dieu. Je me suis rendu compte que les fonctionnaires du temple sont les exécuteurs d'ordres d'une entreprise qui n'a rien à voir avec l'évangile. Et donc, j'ai vite acquis la douloureuse mais claire conviction d'un abîme entre l'obéissance à la hiérarchie et l'obéissance à Dieu. Obéir à Dieu plutôt qu'au magistère, ce n'était pas naïve rébellion, mais mûrissement spirituel."

N'est-ce pas en terme d'obéissance qu'Alain entendait sa vocation : "Ma volonté ferme d'être prêtre à l'appel de Dieu ‑ confirmé par l'Église ‑, enrichie de ma grâce d'état, entretenue par une vie spirituelle sérieuse depuis mes premières années de formation, m'assurait, me semblait‑il, l'accomplissement de la volonté de Dieu." C'est aussi à travers cette catégorie de l'obéissance qu'il interprète la rencontre avec l'élue : "Si le Seigneur avait désiré que je reste dans le ministère, il le sait, j'aurais dit oui de toute mon âme, en sachant combien la vie de célibataire consacré est périlleuse pour moi. Marie-Claude est la parole que Dieu m’a donnée dans la nuit de l’épreuve. Elle est pour moi un chemin de salut. Notre amour m’apparaît comme un don de Dieu."

La suite (y a-t-il une fin ?) des histoires. "La spiritualité prend toujours une place importante dans ma vie, confie Véronika. D'ailleurs, bien que je ne sois plus engagée dans la religion catholique, j'ai tenu à ce que notre fille soit baptisée." Andréa connaîtra bientôt l'avantage (?) de voir son récit porté à l'écran. Alain et Marie-Claude viennent de se marier, à Gubbio. Et depuis plusieurs années, Franco, plus prêtre que jamais, fondateur d'une communauté de base, célèbre (aussi), au scandale des cours et basses-cours d'Italie, des mariages d'homosexuels et de prêtres ainsi que des secondes noces, et prêche la vie à pleine voix : "La malédiction papale est devenue ma bénédiction : je n'ai jamais eu autant de demandes de ministère, d'occasions de rencontrer des personnes saines et honnêtes, plus occupées à résoudre des problèmes qu'à posséder des certitudes."  Ou encore : "La question que je me pose n'est pas comment vous faites l'amour, mais si vous vous aimez." Et encore : "La tendresse est une des valeurs absolues de la vie. Nous devons garder jalousement le souffle de la vie : rêver, créer, respecter et ne pas envahir."

Souhaitant bon vent (et cuir coriace) à ce roboratif animateur, nous laisserons cependant le mot de la fin à Marie-Claude : "La rencontre avec Alain a été comme l'apparition d'un arc-en-ciel dans un ciel où de lourds nuages gris acceptent de se dissiper enfin." Pouvait-il y avoir plus charmante déclaration de la part d'une jolie – au dire de son énamouré – hôtesse de l'air, et un flash de couleur plus souriant dans les austères pages de notre revue ?


Jean-Marie Culot (Hors-les-murs)

Notes :
[1]    "(Véronika) Mariée après douze ans au couvent", Femme actuelle, 10 mars 2008, pp. 54-55 – Interview (librement traduite) de Franco Barbero 67 ans, ordonné en 1963, religieux italien réduit à l'état laïc en 2003, in Vocatio n° 67, 2008 et sur son blog – Alain Percivalle in Chemins Nouveaux (Prêtres Mariés France-Nord), n° 30, mai 2008 – Femme après le cloître : parue en 1995, l’autobiographie d’Andréa Richard, a été rééditée il y a deux ans et sera portée à l'écran en 2009.



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