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Un deuxième synode africain à l'automne 2009

Maurice Cheza
Publié dans SONALUX n°66 (9/2008)


La structure « Synode des évêques » a été mise sur pied à la suite du Concile Vatican II. Il s'agissait de donner une forme institutionnelle permanente à la collégialité épiscopale vécue et affirmée au Concile.

Le Synode des évêques connaît trois sortes d'assemblées : générales ordinaires (tous les deux ou trois ans), générales extraordinaires (rares) et spéciales (pour une région ou un continent). Très prochainement (automne 2008) se tiendra la 12e assemblée générale ordinaire. Elle portera sur la Parole de Dieu. Les assemblées spéciales ont concerné les Pays-Bas (1980) et le Liban (1995) et surtout chacun des cinq continents, en particulier en préparation du grand Jubilé de l'an 2000.

Tous ces synodes sont purement consultatifs. Ils se sont tous tenus à Rome. Leurs membres sont nécessairement évêques ou au moins prêtres. En effet, plusieurs supérieurs religieux (prêtres) y sont appelés. Si, lors du synode sur la vie consacrée (1994), plusieurs supérieures générales féminines ont été invitées, elles l'ont été non comme membres mais comme simples « auditrices ». Ceci correspond bien au fait que dans l'Église catholique actuelle les « vrais » pouvoirs ne sont exercés que par des ministres ordonnés : par exemple, les nonces et les « cardinaux sans peuple » sont (presque) toujours ordonnés évêques, alors que leur fonction ne le nécessite pas. Les premiers sont des diplomates, les seconds, des électeurs de l'évêque de Rome ou, au pire, des bénéficiaires d'une super décoration, ce qui fut le cas, par exemple, pour l'ancien condisciple de Jean-Paul II, Staaf Joos, prêtre du diocèse de Gand. Le cardinalat ne l'a pas empêché de dire des bêtises.

Bref, depuis sa création, le Synode des évêques s'est progressivement mis au service de la centralisation romaine plutôt que de la collégialité et au service d'une perspective hiérarchique plutôt que communautaire. On est loin de ce qu'écrivait le cinquième document du Groupe des Dombes sur Le ministère de communion dans l’Église universelle : « Nous souhaitons que les actuelles assemblées continentales d'évêques reçoivent, avec une reconnaissance canonique, un large domaine de compétence en ce qui concerne l'organisation des Églises, la nomination des évêques, la liturgie, la catéchèse, etc. Ainsi se constitueraient de 'grandes Eglises' continentales qui seraient des formes renouvelées et adaptées des patriarcats anciens. Une telle décentralisation, véritable metanoia par rapport à la pente centralisatrice de l'Église catholique, serait particulièrement opportune au moment où de nombreuses Églises sont confrontées aux tâches de l'inculturation »[1].

Le synode africain

Dès 1977, des voix s'étaient fait entendre en Afrique en faveur de la convocation d'un concile africain qui aurait été délibératif. Juridiquement, la chose était possible pour autant que le pape l'accepte. Il y eut des manœuvres romaines via les nonciatures pour contrer cette hypothèse. En janvier 1989, une « assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des évêques » est annoncée. Elle se tiendra effectivement au printemps 1994.

II est difficile d'en faire une évaluation complète. Les contacts des évêques entre eux et avec des experts furent nombreux, même si le Saint-Siège (qui n'avait pas oublié la leçon de Vatican II) s'efforça de les freiner. Parmi les interventions épiscopales, certaines furent intéressantes voire novatrices. Le thème de l'Église famille, présenté par le Burkina Faso, fut nettement affirmé. Dans la pratique cependant, il bute sur les représentations que l'on peut se faire de la famille : hiérarchique? machiste? Le synode se conclut par un message final et 64 propositions (en principe secrètes) qui, transmises au pape, devaient lui permettre de rédiger l'exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Africa. Ce document est important, mais on aurait tort de ne recourir qu'à lui pour saisir les meilleurs moments du Synode.

Ainsi, par exemple, un évêque du Kenya (devenu cardinal depuis lors) avait suggéré de « créer des ministères laïcs auxquels les femmes auraient le droit de participer et (selon lui) il faudrait prendre des mesures pour bien les préparer et bien les former à ces ministères. Les femmes devraient avoir le droit de conduire les services du dimanche qui se font là où il n'y a pas de prêtres à disposition ». La proposition 48 avait souhaité « que l'Église établisse des ministères pour les femmes et intensifie ses efforts pour favoriser leur formation ». Dans l'exhortation apostolique, l'érosion est manifeste : « Il est opportun que les femmes, ayant reçu une formation adéquate, prennent part, aux niveaux appropriés, à l'activité apostolique de l'Eglise» (n° 121)[2] .

V ers le deuxième synode

Le deuxième synode africain est annoncé. Il aura lieu du 4 au 25 octobre 2009 sur le thème : « L'Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix : 'Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde' (Mt, 5, 13.14) ». Voilà bien un sujet d'une importance capitale pour l'Afrique. Les Lineamenta (premier texte officiel) ont été publiés. Ils se terminent par un questionnaire destiné à stimuler la réflexion.

Ce synode aura lieu à Rome et non en Afrique. C'est évidemment très dommage, car quantitativement, le centre de gravité du monde chrétien s'est déplacé. On peut rétorquer que la logistique serait difficile sur le continent noir et que les autorités politiques locales chercheraient à récupérer l'événement, mais de grands rassemblements œcuméniques ont pu se réunir en Afrique dans le passé. La surveillance est évidemment plus facile à Rome et les chefs de dicastères de la Curie romaine qui participeront n'auront que la rue à traverser. Mais si l'on fait contre mauvaise fortune bon cœur, on peut espérer que, tenu à Rome, l'assemblée aura une plus grande répercussion sur les autres continents.

À Louvain-la-Neuve, en prévision de ce synode, le Centre Vincent Lebbe a mis au point un plan de travail dont la première étape a eu lieu le 13 mai dernier. Un public très diversifié d'une bonne centaine de personnes y a participé. Trois ateliers se sont constitués : réconciliation, justice et paix, communautés ecclésiales vivantes. Une journée d'approfondissement théologique aura lieu le 14 octobre 2008.

Qu'espérer de ce synode? Il ne peut se réduire à un texte final, mais il met en route toute une dynamique ecclésiale. L'assemblée elle-même favorisera de multiples rencontres et permettra une expression de tous les évêques. Mais il y a un amont à la prise de parole des évêques. Ainsi, lors de la rencontre de Louvain-la-Neuve, le scheutiste Pierre Lefebvre[3] a estimé que «deux conditions sont nécessaires pour que le synode serve à quelque chose. D'une part, le processus synodal doit être vécu par l'ensemble des chrétiens comme lieu de prise de conscience et de parole. D'autre part, la réflexion doit partir des situations réelles, analysées par ceux qui la vivent. En effet, la théologie africaine naît des communautés africaines. De plus, l'avenir de l'Afrique n'est pas d'abord un problème d'Église, il concerne prioritairement les hommes et les femmes qui vivent sur le continent. » Le mot même de «synode» ne signifie-t-il pas «chemin parcouru ensemble» ?

Les évêques africains ne manqueront pas de faire connaître au monde des situations concrètes de souffrance et d'adresser un cri à la conscience mondiale. Les décisions commerciales et politiques qui appauvrissent tellement l'Afrique se prennent dans les pays riches dont la plupart sont de culture chrétienne. Il est probable que les pères synodaux demanderont aux Européens et aux Nord-Américains (mais avec beaucoup de délicatesse) d'intervenir auprès des autorités de leurs pays pour mettre en cause les mécanismes de domination du Nord sur le Sud. De plus, les évêques africains sont certainement très sensibles aux marques de solidarité collégiale que pourraient leur adresser leurs collègues des autres continents. Puisse le deuxième synode africain renforcer et faire connaître le dynamisme des chrétiens et chrétiennes du continent noir qui se battent pour se faire respecter.

 

Maurice Cheza

Notes :

[1]  Congar et Thils allaient également dans ce sens et même le théologien Joseph Ratzinger, dans Le Nouveau Peuple de Dieu, Paris, 1971, p. 69.
[2]  Voir M. CHEZA, Le Synode africain. Histoire et textes (ed.), Paris, Karthala, 1996 et R. LUNEAU, Paroles et silences du Synode africain, Paris, Karthala, 1997.
[3]  Vous trouverez dans le prochain numéro de Sonalux un article au départ des réflexions de Pierre Lefebvre : «L'avenir de nos paroisses ».



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