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Les prêtres du futur : l'évêque Fritz Lobinger

fait une proposition pour les communautés sans eucharistie

Juan Cejudo
Cet article n'a pas été publié dans une de nos revues

Les communautés des disciples de Jésus de Nazareth se réunissent dans leurs maisons (Cfr I Co 16, 19).


Fritz Lobinger, évêque né en Allemagne, mais qui exerce son ministère depuis 1986 à Aliwal Nord, Afrique du Sud, 78 ans, a écrit un livre intéressant où il expose comment devraient être les prêtres du futur.

Il tente de répondre à un problème urgent pour l'Église d'aujourd'hui, et plus encore de demain, dû à la pénurie de prêtres pour rencontrer les besoins de millions de fidèles dans tant de pays du monde.

Le document, préfacé par l'évêque Demetrio Valentini et avec une longue introduction à l'édition brésilienne par le prêtre Antonio Jose de Almeida, est proposé par Proconcil où on peut le lire en entier.

“C’est une conviction de foi profonde que la présidence des célébrations d’une communauté ne doit pas être simplement acceptée et confirmée par la communauté, mais que c’est par principe la communauté qui doit fournir les fondements et la légitimation de la fonction”. (Kerk & Ambt, Conseil des Dominicains hollandais en 2007)

Comme le document de Lobinger est composé de 104 pages et qu’un commentaire détaillé de tout le document serait très étendu, nous allons seulement souligner les principales idées forces qu'il propose et qui nous paraissent assez convaincantes.

Il est évident qu'énormément de paroisses dans le monde ont disparu ou ont dû fermer par manque de prêtres. Parfois deux ou trois prêtres doivent s'occuper des nombreux groupes d'anciennes paroisses. Beaucoup de fidèles ne peuvent accéder à l’eucharistie que 4 ou 5 fois par an.

Lobinger a visité personnellement plusieurs de ces paroisses dans plusieurs parties du monde. Elles sont de différents types. De manière générique, pour ne pas les nommer, il les décrit ainsi :

1. - Paroisse asiatique rurale avec 69 communautés ouvertes

2. - Dans une paroisse urbaine d'Asie avec 86 communautés

3. - Dans une paroisse urbaine du Brésil, composée de 14 communautés

4. - Dans une paroisse rurale africaine avec élection de chefs de la liturgie

5. - Dans une paroisse rurale d'Afrique, avec catéchistes de villages

6. - En Europe : 15 paroisses rurales, avec deux prêtres

7. - En Europe ou Amérique du Nord : un prêtre pour 5 petites paroisses

8. - En Europe ou Amérique du Nord : 3 communautés avec un seul prêtre

9. - En Europe ou Amérique du Nord : une seule grande paroisse urbaine

Lobinger parie sur l'ordination de prêtres mariés, appartenant à ces mêmes communautés chrétiennes en des lieux séparés. Il les appelle des “prêtres de communauté” qui coexisteraient avec les prêtres diocésains actuels. Ils pourraient être mariés, ils seraient liés aux communautés, ils travailleraient en équipe et se distribueraient les tâches entre eux.

Que dire de cette proposition ?

Pour beaucoup d’entre nous, qui visitons depuis des années les communautés chrétiennes de base, nous pouvons dire que cette proposition nous paraît très intéressante : les responsables de l'Église devraient la proposer en urgence pour la mettre en pratique d'une manière plus institutionnelle.

Mais beaucoup de communautés la pratiquent déjà dans pas mal de parties du monde de manière très ouverte, et cela depuis des années et sans attendre l'approbation du Vatican. Même s’il nous semble que la question ne doit pas être “Comment doivent être les prêtres de demain” mais : “Comment doit être l'Église de demain”.

Et nous pensons qu’elle doit être une église non cléricale, où on ne donne pas la priorité aux prêtres. C'est la communauté qui doit avoir la priorité, comme l’indique très bien le Conseil des dominicains hollandais de 2007. C'est la communauté qui organise et distribue entre tous les différents services à effectuer.

Beaucoup de communautés chrétiennes font aujourd'hui l'eucharistie sans la présidence d’un prêtre. Nous avons conscience que c’est la communauté chrétienne toute entière qui doit faire l'eucharistie.

Chaque personne de la communauté, homme ou femme, célibataire ou marié, peut assumer la présidence ou la coordination de l'eucharistie où tous participent de manière égale et où chacun des membres apporte aux autres le meilleur de lui-même.

Aujourd’hui les structures actuelles de type paroissial sont assez petites.

Beaucoup de personnes parmi nous se sentent très loin d'une Église très hiérarchisée, liée à un pouvoir centralisateur, trop préoccupée de ce que pense Rome, très loin des problèmes réels du peuple et trop centrée sur les problèmes d'argent, de sexe, d'orthodoxie morale et dogmatique.

Une Église que fréquemment nous voyons s’identifier avec les forces conservatrices et nous savons comment les jeunes s'en éloignent, les travailleurs, les classes populaires… et avec la présence quasi exclusive de personnes très âgées dans les églises, presque toujours des femmes. Avec une liturgie ennuyeuse et fade.

Nous avons cherché pendant des années des espaces alternatifs où nous puissions tous nous exprimer, participer, coexister humainement entre amis et non comme des inconnus, et chercher réponse à notre désir de vivre un Evangile vivant, en donnant priorité à la Parole et aux gestes de Jésus, avec des applications pour notre vie concrète et des implications dans la vie sociale ou civique. Nous vivons des célébrations festives, heureuses, créatives…

Nos lieux de rencontre ne sont pas les temples, ce sont nos maisons accueillantes et ouvertes pour toute la communauté, un espace ouvert où nous pouvons tous nous sentir dans une ambiance plus familiale, ou alors nous utilisons de grands bâtiments civils pour nos célébrations religieuses.

Sans aucun doute l'Église du futur sera communautaire, charismatique (au meilleur sens du terme : église ouverte à l'Esprit) et sera missionnaire parce qu’elle parlera la langue du peuple ; elle pleurera avec ses tristesses, se réjouira de ses joies et participera à ses luttes.

Le prêtre marié et qui vit de son travail… est l'image d'une Église capable de transmettre aux gens d'aujourd'hui, dans leur langage, la Bonne Nouvelle de Jésus Ressuscité et du Royaume déjà présent bien que pas en plénitude. Surtout, comme dit Pablo Freire dans son éducation à la liberté, parce que en voulant libérer, nous sommes libérés ; en essayant de transmettre la Bonne Nouvelle, il découvrira avec tous les hommes sa présence agissante, au milieu de notre histoire la plus quotidienne.

Au niveau institutionnel, l'Église devrait laisser la liberté d'action à chaque évêque pour que chacun d'eux permette ce type de communautés avec les caractéristiques que signale l'évêque Lobinger : des prêtres qui pourraient être mariés, hommes ou femmes, liés aux communautés et qui les acceptent comme un plus entre tous.

Il serait positif que ces communautés sachent que leur évêque les soutient et qu’elles maintiennent un certain type de relation avec lui. Et il pourrait coexister des façons plurielles de vivre les ministères dans l'Église. Prêtres mariés et laïcs, choisis par la communauté, doivent ouvrir les expériences ministérielles… en soulignant la priorité de l'assemblée communautaire, comme lieu de discernement de ce que promeut l'Esprit et en soulignant la coordination des communautés en réseau, comme lieu de la présence multiculturelle de l'expérience ecclésiale…

Le manque de prêtres est un signe de l'Esprit. Il est nécessaire de donner à nouveau priorité aux communautés chrétiennes où l'Esprit suscite des ministères pleins de richesses et de nouveauté. Nous devons étendre ce processus que quelques communautés ont initié il y a des années déjà dans beaucoup de parties du monde. Un processus qui devra apprendre à respecter le rythme des plus lents et ne pas bloquer toutefois la capacité créative des plus avancés.

Ces nouvelles expériences enrichiraient sans doute la vie des communautés dans l'Église. Et elles sont spécialement nécessaires dans les pays du Tiers Monde, dans de nombreuses communautés chrétiennes de base d'Europe, qui le font déjà depuis de nombreuses années, et en beaucoup d'autres endroits du monde où on vit déjà des expériences communautaires nouvelles et intenses, y compris œcuméniques. Ces expériences sont menées sans la présence de prêtres qui ne peuvent pas s'occuper de tant de communautés si dispersées et éloignées, comme l’indique bien Lobinger dans son livre, et où c’est la communauté qui a toute la priorité. Ces communautés répandues dans beaucoup de régions du Tiers Monde, en Europe, USA etc. participent déjà à l'eucharistie avec une riche diversité communautaire…

L'Église du IIIe millénaire devra être une Église qui sait souffrir, combattre, rire et pleurer avec les peuples où elle est implantée. Comme dit Vatican II:

“Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur.” (Constitution pastorale sur l'Église dans le Monde de ce temps)

Elles doivent par conséquent être des communautés chrétiennes très engagées dans les problèmes concrets de leur peuple, en prenant part à leurs luttes, à leurs revendications, en soutenant les mobilisations populaires dans la rue et toutes les causes justes des secteurs les plus défavorisés de la société.

Juan CEJUDO (Cadix) et Gabriel SÁNCHEZ (Montevideo),

2 février 2009



 


Juan Cejudo (Communautés de base - Espagne)

Notes :

En français : Fritz LOBINGER, Qui ordonner ? Vers une nouvelle figure de prêtres, Ed. Lumen Vitae, 2008, 123 pages, 16 €.
Cet article est traduit de l’espagnol par P. Collet. Il se trouve e.a. sur le site web de Redes Cristianas





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