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Nous relier pour construire

AG de p.a.v.é.s. le 18/9/2004 à Quaregnon

Sylvie Kempgens
Publié dans CEM n°64 (10/2004)

PAVES a tenu son Assemblée générale à Quaregnon le 18 septembre dernier.

Le groupe PAVES Hainaut occidental a donc accueilli une bonne trentaine de personnes à la Maison Ouvrière de Quaregnon, lieu par excellence d'accueil, de luttes et de vie.

L'invitation avait été largement envoyée, et les organisateurs se sont particulièrement réjouis de la participation de deux observateurs envoyés par le Réseau Résistances (Bruxelles), et d'un membre de Chrétiens en Route (Liège).

En introduction, Max Coupremanne, membre hennuyer du Bureau de PAVES, a rappelé que depuis bientôt dix ans, depuis la révocation de Jacques Gaillot, nos groupes réagissent à l'autoritarisme de l'Eglise, appelant de leurs vœux plus de recherche de sens, de démocratie et de cohérence entre le faire et le dire.

Max a présenté ensuite le rapport des activités du Conseil, qui est constitué d'un membre de chaque groupe et d'une secrétaire. Au cours des deux dernières années, le Conseil a consacré un temps certain à ses documents " statutaires " : le règlement d'ordre intérieur et la charte, dont PAVES s'est doté il y a deux ans afin de mieux structurer son fonctionnement, de proposer une base d'adhésion claire, et de s'assurer que ses prises de position publiques rencontrent l'approbation du plus grand nombre des membres.

Au cours des derniers mois, le Conseil a envisagé notamment l'amélioration des points qui posent problème aux groupes de Liège et de Bruxelles (groupes fondateurs de PAVES mais qui n'adhèrent pas au réseau dans sa forme actuelle) ; le Conseil s'est engagé dans une médiation avec le groupe bruxellois Réseau Résistances ; il a mis en place le Bureau exécutif et en a élu les membres pour trois ans ; il a encouragé le groupe " journal " à réfléchir à une publication commune pour toute la Belgique francophone ; il a lancé l'élaboration d'un site Internet, qui dans une certaine mesure prend pour l'instant le relais du journal commun. PAVES a enfin pris part à l'organisation d'une série de conférences données par Jacques Neirynck, l'auteur du " Manuscrit du St-Sépulcre ".

Pour entamer la rencontre, les groupes membres de PAVES (Hors-les-Murs, le Mouvement Chrétien pour la Paix, Solidarité Namur Luxembourg, PAVES Hainaut occidental, Démocratie dans l'Eglise, les Communautés de Base et Evangile sans Frontières) se sont ensuite présentés, chacun retraçant son histoire et soulignant ses spécificités (voir sur ce site pour le détail).

Quant aux groupes non membres, les représentants du Réseau Résistances ont dit leur souhait de travailler avec tous les groupes, et insisté sur l'importance du pôle " société " : si Jacques Gaillot a été révoqué, c'est en raison de son type d'ouverture au monde. Les membres de Chrétiens en Route, pour leur part, sont en pleine réflexion, tout en étant bien d'accord sur l'essentiel : offrir une parole libre, et un autre visage de la vie chrétienne.

C'est ensuite le coordinateur du CEFOC, le théologien namurois Thierry Tilquin, qui a pris la parole, proposant aux participants de prendre un peu de distance, avant de rejoindre la perspective de construire ensemble.

Thierry Tilquin estime que les questions de société sont liées à notre engagement dans l'Eglise, et il est d'avis d'aborder les choses par le côté " Eglise et foi ". En fait, pour lui, l'enjeu fondamental, c'est l'avenir d'une foi chrétienne signifiante et pertinente pour le monde à venir.

Nous sommes situés entre un futur, qu'il nous faut imaginer (par exemple au moyen d'une utopie, comme " un autre visage d'Eglise et de société "), et notre passé (personnel et historique) avec des traditions dont nous voulons faire mémoire, à commencer par le souvenir de Jésus Christ. Et, en tant que catholiques progressistes, nous naviguons dans des lieux-frontières (sur le parvis de l'Eglise ; entre le social et au-delà du social ; entre l'espace public et la sphère privée). C'est exactement là qu'il s'agit de faire l'expérience d'une espérance féconde pour l'avenir, si nous voulons transmettre la foi. Pour porter ce message, Thierry Tilquin nous indique deux impératifs : apprendre à vivre comme minorité et nous inscrire dans la durée.

Le cadre ecclésial est aujourd'hui morcelé, du fait d'abord de deux courants : la tendance culturelle moderne d'individuation des convictions, et corollairement, une forte revendication d'identité qui mène à la recomposition de " tribus " (p.ex. des communautés). En outre, de puissants courants démocratiques imposent le pluralisme à tous les niveaux. Enfin, l'Eglise a perdu son poids idéologique parce que de nos jours, toutes les idéologies ont mauvaise presse. Thierry Tilquin voit en fait le Vatican comme une bête blessée qui se défend. Cette institution, qui ne veut pas qu'on cherche, qu'on réfléchisse, n'inspire plus. Il n'est d'ailleurs pas sûr qu'une Eglise ait jamais pu être porteuse d'une parole évangélique ... Mais aujourd'hui, nous en sommes arrivés à une Eglise sans chrétien (à part quelques " purs "), à une structure qui se vide et tourne sur elle-même, soucieuse de sa seule survie, incapable de proposer une (bonne) vision du monde.

Et à côté de cela, on trouve des chrétiens sans Eglise, en quête d'une foi autre : ceux qui n'entretiennent plus que quelques liens ténus, ravivés à l'occasion de certains événements de la vie (célébration d'un mariage, p.ex.) ; d'autres qui se tournent vers des alternatives communautaires : communautés spirituelles (célébrations, lectures bibliques, lien éventuel avec une action pluraliste, lieux de ressourcement,), communautés de vie (comme la Poudrière) ou de réflexion (revue, formations, …).

Pour envisager de recréer du lien après la rupture, et face à une telle diversité, Thierry Tilquin suggère une vision de l'Eglise non plus totalitaire, mais en fragments ; une religion qui ne prétende plus rassembler les gens, mais les re-lier. Inhérent à une identité et une vie croyantes, le lien communautaire sera validé dans les deux dimensions du temps (histoire, mémoire : p.ex. une référence au Jésus de l'Evangile, pour savoir si nous " sommes dans le bon ") et de l'espace, par la reconnaissance réciproque entre communautés.

Pour finir, Thierry Tilquin nous fait cadeau, pour reconstruire des liens, d'une " boîte à outils " :
- la rencontre, l'écoute, l'échange, la confrontation, le débat, qui permettent à chacun de se ré-interpréter, de se ré-interroger, d'approfondir sa pertinence ;
- la liberté et l'autonomie de chaque groupe (à opposer à la concurrence et à la contre-dépendance) ;
- de la structure, un minimum : elle seule permet d'assurer la participation, l'égalité, et la durée ;
- une dimension d'actions collectives (des choses à faire ensemble) ;
- de l'amour : une qualité de relation, au-delà du fonctionnel ; le don, la réciprocité, le pardon ; pouvoir avouer ses faiblesses et se reconnaître vulnérable. N'est-ce pas ce qui fait la spécificité de notre référence chrétienne ?  Essayer, risquer, douter, tenter quelque chose même si on sait que peut-être cela ne fonctionnera pas, que la Croix peut être au bout de la route …


Pour insuffler ce souffle à leur réseau, les participants se sont alors rassemblés en carrefours. En sont ressorties les recommandations suivantes :

PAVES doit rester réseau : ne pas prétendre fédérer les groupes, mais assurer un lien entre eux, les coordonner, enrichir leur travail, encourager les initiatives de la base sans imposer des projets de l'extérieur ; sa structure restera légère, mais appuyée sur des personnes fiables. Il est bon qu'une médiation ait été entreprise avec l'équipe d'articulation du Réseau Résistances.

L'assemblée souhaite que PAVES organise des conférences et crée des événements mobilisateurs, dont les participants repartent heureux et " nourris ". Les AG doivent effectivement être largement ouvertes.

Il faut aussi que PAVES rende son site Internet plus maniable pour les néophytes (y ajouter si possible une table des matières latérale). Enfin, un bulletin commun est indispensable, du style Le Réseau des Parvis en France : une mosaïque qui reflète l'ensemble des groupes, un outil pour se faire connaître et pour s'affirmer unis malgré les différences.


Louis Fèvre a ensuite fixé rendez-vous aux participants en février prochain : le Réseau Résistances organise en effet une conférence-débat avec Jacques Vermeylen.

A signaler également l'appel relayé par IMWAC (International Movement We-Are-Church) pour demander aux évêques d'interpeller le synode 2005 sur le manque croissant de célébrants officiellement reconnus pour assurer l'eucharistie telle que le Vatican la préconise dans ses instructions !

L'assemblée a clôturé sa rencontre et sa réflexion par un moment de célébration, où le groupe a notamment repris à son compte cette prière du Néo-Zélandais Michael Leunig :

Que Dieu nous aide à changer.
A nous changer nous-mêmes et à changer notre monde.
A reconnaître la nécessité du changement.
A en assumer la douleur.
A en ressentir la joie.
A entreprendre le voyage sans en connaître la destination.
L'art d'une douce révolution.
Amen.

Et merci encore aux amis de Quaregnon pour leur formidable accueil !


Pour le Bureau de PAVES,
Sylvie Kempgens

Sylvie Kempgens (Communautés de base)


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