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Richesse de la simplicité :un outil de conscience et de disponibilité

?meline De Bouver
Publié dans Bulletin PAVÉS n°26 (3/2011)

De tout temps, des prophètes, des poètes, des mystiques, des leaders politiques et parfois même des économistes nous ont encouragés à adopter un mode de vie plus simple. Aujourd’hui, dans nos sociétés opulentes, des voix s’élèvent à nouveau pour nous inviter à nous désencombrer, à réduire notre consommation, à dépouiller nos espaces et nos agendas.

Arrivée des États-Unis et du Québec, la simplicité volontaire a fait son entrée depuis quelques années en Belgique par le biais principal des Amis de la Terre, association d’éducation à l’environnement. Un disciple de Gandhi, Richard Gregg est à l’origine du concept.  Adopter la simplicité volontaire, c’est faire le choix de réduire sa consommation, de se désencombrer tant au niveau de l’espace que du temps.

 

Réchauffement climatique, inégalités économiques, catastrophes humanitaires, les défis à relever collectivement sont de taille et tétanisent beaucoup d’entre nous, découragés d’avance. Pour les simplicitaires[1], modifier nos modes de vies, changer nos quotidiens, c’est une manière de faire un pas, de se mettre en mouvement, d’expérimenter un autre rapport à la vie, d’agir à échelle humaine pour dépasser la paralysie du constat. 

Entamer un chemin vers plus de simplicité, c’est pour eux s’engager concrètement pour l’écologie. C’est mettre en pratique chaque jour un mode de vie plus respectueux de la nature. « L’énergie la plus verte est celle qu’on ne consomme pas ». Consommer moins, c’est réduire la quantité de ressources utilisées, c’est réduire la quantité de déchets rejetés dans l’écosystème. Vivre simplement, c’est plus que consommer vert et autrement : c’est consommer moins. Le vélo ou le train plutôt qu’une voiture verte : et pourquoi pas moins se déplacer…

En réduisant leur consommation, les simplicitaires affirment poser un choix solidaire. S’inspirant de M. Gandhi (« Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre »), la simplicité est, pour eux, le seul mode de vie qui permettrait à chacun de vivre dignement sur terre. Pratiquer la solidarité pour les simplicitaires c’est plus que deux heures de bénévolat hebdomadaire, plus qu’envoyer 50 euros par mois pour soutenir des associations humanitaires ; c’est penser l’interdépendance, penser chaque geste, chaque acte en relation avec son impact sur le reste du monde.

Renoncer à la quête de l’opulence, d’un confort matériel souvent présenté comme idéal, c’est pour le simplicitaire une manière de choisir le confort d’une vie conforme à ses valeurs, une vie écologique et solidaire.

Vivre plus simplement, c’est aussi libérer du temps. Diminuer sa consommation, c’est diminuer le revenu nécessaire et ouvrir la possibilité de travailler moins. Adopter la simplicité volontaire passe par une conscientisation du temps consacré aux objets : le temps passé à travailler pour pouvoir les acheter, le temps passé à les choisir et les acheter, le temps passé à les entretenir,  les réparer, les nettoyer[2]. Au fur et à mesure que les objets se multiplient, une petite maison ne suffit plus pour stocker  vêtements, vaisselle, électroménagers, meubles accumulés. En conséquence, il faut travailler plus pour acheter plus grand. Résultat ? Plus d’espace… Et plus de temps passé à nettoyer et à entretenir, ou travailler plus pour gagner de quoi payer quelqu’un qui pourra s’occuper de cette grande maison. Qui ne se plaint pas de manquer de temps? Les simplicitaires sont amenés par leur choix à questionner ce qui remplit leur temps et tentent de mettre leurs priorités en accord avec ce choix.

Le temps que les simplicitaires tentent de libérer est aussi collectif. Un simplicitaire expliquait dernièrement que, regarder une poubelle, pour lui, c’était comme regarder du temps perdu. Tout ce temps et cette énergie passés à fabriquer des emballages, des objets, de la nourriture qui finissent à la poubelle. A l’heure où nos poubelles se multiplient, consommer moins c’est aussi mener une réflexion sur ce à quoi, collectivement, nous allouons notre temps.

La vie simple rend généralement plus disponible par le temps libéré mais aussi parce que ce mode de vie permet d’y voir plus clair. Quotidiennement assaillis d’informations, étourdis par nos multiples activités, alourdis par toutes nos possessions, quel espace reste encore disponible pour donner une orientation à nos vies ? Quand nous occupons-nous de définir ce vers quoi nous courons nos vies entières ?  Les simplicitaires tentent de récupérer du temps en apprenant à discriminer l’essentiel de l’accessoire. Vivre simplement, c’est apprendre à faire le tri entre envie, besoins et désirs, c’est s’aider de la matière pour se connaître mieux. C’est porter l’attention à régulièrement faire du vide, créer de l’espace.

Vivre simplement n’est pas toujours facile. Nos consommations sont autant de stratégies maladroites pour remplir des besoins fondamentaux comme le montre dans deux registres différents Ch. Arnsperger ou Th. D’Ansembourg. L’objectif de la simplicité volontaire n’étant pas de créer une société de frustrés insécurisés, vivre simplement c’est donc aussi accéder à une plus grande connaissance de soi et développer sa créativité pour répondre autrement aux besoins de sécurité, de reconnaissance,…  Se construire une sécurité intérieure, tisser des réseaux locaux de solidarité, apprendre à faire soi-même et gagner en résilience sont autant de stratégies que les simplicitaires expérimentent pour pouvoir lâcher les possessions qui les rassurent et les définissent.

Être simples, conscients et disponibles pour quoi ?

Les différents éléments soulignés jusqu’ici constituent une forme de plaidoyer pour la simplicité. Habitués à penser l’écologie ou la solidarité en dehors de nous-mêmes, à rechercher les responsables autour de nous, la démarche à laquelle nous invitent les simplicitaires vise à nous recentrer, à nous donner des moyens d’agir où que nous soyons, à prendre une plus grande part de responsabilité dans la construction de notre futur. Mais va-t-on changer le monde à coup de simplicité ?

La simplicité volontaire nous parait un outil indispensable pour faire évoluer nos sociétés mais encore s’agit-il de l’utiliser avec sagesse. Saurons-nous utiliser ce temps et cette énergie récupérés ?  Même si chacun d’entre nous peut entamer une démarche de simplicité, nous ne sommes pas tous sur un pied d’égalité. Prendre le temps de réorienter sa vie est un luxe que certains peuvent difficilement se permettre. Comment permettre à d’autres d’accéder à cette qualité de vie ? Les principes de M. Gandhi sur lesquels repose la simplicité volontaire comportaient l’importance de la simplicité mais aussi celle de s’engager au côté des plus démunis. Vivre simplement est un outil indispensable pour nous libérer, mais sera-t-il aussi utilisé pour libérer ceux à qui manque encore ce luxe de pouvoir choisir ?

Dans notre société de distraction comme la nomme Christiane Singer, faire le tri régulièrement dans nos espaces et nos activités est indispensable pour y voir plus clair, pour rester centrés sur ce qui nous semble essentiel. « Seuls les poissons morts suivent le courant » : par ce slogan, les simplicitaires nous invitent à être bien vivants, à nous mettre debout pour choisir l’orientation de nos vies et ne pas nous laisser dériver dans l’océan de la consommation. La simplicité, c’est  déjà un outil de vigilance, un garde-fou, un outil vers plus de conscience et de disponibilité. La simplicité pourrait aussi être un outil de transformation radicale de notre société. Reste à savoir comment elle sera utilisée…

?meline De Bouver

Notes :

[1]  Nom donné par le Réseau Québécois de la Simplicité Volontaire aux personnes adoptant cette démarche.

[2]  J. Schor dans The Overworked American développe remarquablement cette thématique.




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